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Pendant des années, Viktor Bout (l’homme surnommé le marchand de la mort) avait échappé à Interpol et aux agents des services de renseignement américains et britanniques. Ce Russe, âgé aujourd’hui de 41 ans, était devenu le trafiquant d’armes le plus célèbre de la planète, approvisionnant en fusils d’assaut, lance-roquettes et missiles une pléthore de mouvements de guérilla et de gouvernements en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

En effet la réputation Viktor Bout était telle qu’il avait inspiré le personnage du trafiquant Yuri Orlov, incarné par Nicolas Cage, dans le film Lord of War. Il avait le surnom «le marchand de mort» pour son rôle central dans les guerres civiles africaines. Sillonnant la planète malgré une interdiction de voyager décrétée par les Nations unies, l’homme était insaisissable. Jusqu’à jeudi, quand des policiers thaïlandais, accompagnés de membres de l’agence américaine de lutte contre la drogue (DEA), l’ont arrêté dans sa chambre d’un hôtel cinq étoiles du centre de Bangkok, au terme d’une opération montée depuis plusieurs mois.

Deux agents américains avaient réussi à se faire passer auprès de Bout et de son complice, Andrew Smulian, pour des représentants de la guérilla colombienne des Farc désireux d’acheter des roquettes antichar, des hélicoptères et des missiles sol-air. Plusieurs rencontres avaient eu lieu au Danemark, en Roumanie et dans les Antilles néerlandaises. Le contrat devait être signé jeudi à Bangkok.

Inculpé «d’assistance à une organisation terroriste», Viktor Bout est passible d’une peine de dix ans d’emprisonnement en Thaïlande. L’histoire de cet ancien lieutenant de l’armée de l’air soviétique est typique de l’après-guerre froide. Au début des années 90, il voit l’opportunité de puiser dans les stocks délaissés d’armements soviétiques pour satisfaire la forte demande des guérillas et de certains gouvernements de la planète en utilisant les avions de transport militaire.

Il établit une flotte d’une cinquantaine d’Antonov et fournit ses services à qui veut bien le payer. Il livre ainsi des armes aussi bien au gouvernement angolais qu’à son adversaire la guérilla de l’Unita. En Afghanistan, il approvisionne sans ciller l’Alliance du Nord comme les talibans et Al-Qaïda. « A une époque où le président Bush a divisé le monde entre ceux qui sont avec les Etats-Unis et ceux qui sont contre, Bout est des deux bords», écrivent les journalistes Douglas Farah et Stephen Braun dans Merchant of Death, leur livre document sur Bout.

Selon eux, le trafiquant a «parachuté environ 10 000 armes à la guérilla colombienne des Farc à la fin des années 90».

Entre 1998 et 2001, alors que la guerre civile fait rage au Liberia, qui est l’objet d’un embargo de l’ONU sur les ventes d’armes, les bateaux de Bout approvisionnent le chef rebelle Charles Taylor en fusils d’assaut et autres lance-roquettes, avant de repartir chargés de bois.

En Sierra Leone et en République démocratique du Congo, Bout échange ses armes contre des diamants. Inculpé en Thaïlande, Viktor Bout fait également l’objet d’un mandat d’arrêt aux Etats-Unis pour «assistance à une organisation terroriste» en liaison avec ses ventes d’armes aux Farc. Les autorités thaïlandaises, qui ont arrêté Viktor à la demande des Américains.

Avec la Cour pénale de Bangkok, Viktor Bout risque jusqu’à dix ans de prison. En ce moment Bangkok et Washington seraient en train déjà de négocier les détails de son extradition aux Etatas-Unis. Quel que soit le verdict, Bout devrait passer peu de temps dans une prison thaïlandaise. Bangkok et Washington seraient déjà en train de négocier les détails de son extradition.

Alpha Kaba Diakité

10 Mars 2008.