Partager

Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra sait-il qu’il n’est bon que lorsqu’il se veut sincère. Avant hier soir, devant les téléspectateurs du JT de l’ORTM, nous étions encore réduits à apprendre et voilà qu’il se faisait comprendre de tout le monde, donnant des réponses fortes à nos appréhensions.

Disons-le, s’il n’avait pas choisi de parler ainsi à ses compatriotes, il ne se serait pas conduit en témoin irréprochable d’un gouvernement en préparation de guerre. Il nous a pas été donné d’accorder souvent des circonstances atténuantes au Premier ministre en tout ce qu’il a eu à faire, mais ici et maintenant, il est nécessaire qu’on le salue. Le sage a dit : « Si ceux-là (les hommes) se taisent, les pierres parleront… ». Devant les micros, Cheick Modibo Diarra donnait en partage, aux regards des téléspectateurs, sa haute silhouette et la physionomie d’une liberté retrouvée. Qu’a-t-il dit ? Il invite prestement tous ses compatriotes, à l’endroit où ils se trouveront et à une date et à une heure donnée, le samedi 8 décembre prochain, dès 11 heures, à se manifester de la façon qu’ils jugeront la plus appropriée, et ce, pour faire connaître d’une seule voix aux instances onusiennes le refus d’une autre attente.

Si nous parlons d’une seule voix, nous aurons des chances de nous faire entendre de ceux-là mêmes qui trainent encore les pieds pour donner le feu vert à une force d’intervention armée au Nord du Mali. Voici un message dicté de Cheick Modibo Diarra qui n’a pas été long à comprendre. Un message qui rentre en droite ligne des attentes de son Président Dioncounda Traoré et du Capitaine Amadou Haya Sanogo qui, depuis lundi dernier, faisait le tour des casernes pour dire aux soldats de se tenir prêts pour le combat de la libération. Le délai, pour punir les ennemis du Mali, ne devait plus être que le temps de les connaître.

Nous devons aller au devant de toutes les objections pour boucher les fissures du raisonnement contre une intervention

Il y a un moment pour dire la vérité quand la vertu semble congédiée dans les relations internationales. L’ONU porte présentement nos noirs chagrins depuis les sorties devant micros de certains hauts responsables occidentaux. Face à cela, le plus grand danger n’est pas dans la ferveur d’un zèle, dans l’exaltation de nos passions, mais c’est bien la peur de notre propre courage. Ce samedi, si tout est dit et se pratique, nous allons entendre ouïr un formidable bruit tout de mesure, et s’il y a un boucan orchestré, ce sera le signal d’un tocsin, celui de la charge. On pourra dire que les premiers jours de la reconquête du Nord commencèrent ici. C’est un message de réconfort qui s’adresse ainsi au Collectif des ressortissants du Nord s’engageant dans un autre forum national sur la gestion de la crise du Nord du Mali. Les cœurs, leurs instincts et leurs principes chez nos concitoyens étaient disposés les uns au-dessous des autres depuis cette triple crise du Nord. Ces trois choses n’étaient jointes que par une ligne brisée. On ne peut pas singer le patriotisme sans tuer la liberté.

Le Premier ministre, vous l’aurez remarqué, n’a pas dit un traître mot sur le MNLA, si habile à expliquer ses trahisons par des prétextes de bien communautaire. C’est le MNLA qui a apporté sa virulence à tout ce qui nous arrive depuis le 17 janvier 2012. Ançardine ? Voilà bien là un regroupement de croyants au Nord du Mali qui rend la République bien malheureuse. La plus criarde de toutes les erreurs qu’ils ont commises, c’est cette guerre qu’ils nous font porter. Rarement la peine renonça à poursuivre le crime qui la précède, comme nous dit Horace. Le silence, là-dessus, serait la plus grande persécution. Cheick Modibo Diarra ne sera peut-être pas ce chef de gouvernement au bruit des canons contre les hordes sauvages au Nord du Mali, son discours suffira à rassembler l’opinion. Comme si, à la fin des fins, on rechercherait un forum converti en cour judiciaire. Non ?

S. Koné

Le Combat du 6 Décembre 2012