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Le contrat de 2 milliards signé entre l’instance dirigeante du football malien et la société française IFAP-Sports a tout l’air d’un scandale annoncé. Déjà, des observateurs s’attendent à une opposition de la Confédération africaine de football. Et pour cause.

Les droits d’images des rencontres internationales, même celles rentrant dans le cadre des éliminatoires combinées CAN/Mondial 2010, seraient déjà cédés à Sportfive par la Confédération africaine de football (CAF).

Ce, à la suite d’un accord, signé le mercredi 3 octobre 2007, suivant lequel la société de gestion des droits d’images est devenu l’agent exclusif de la CAF pour l’ensemble de ses droits marketing et médias de 2009 à 2016.

Cet accord englobe les compétitions suivantes : la Coupe d’Afrique des nations 2010, 2012, 2014, 2016 ; la ligue des Champions de 2009 à 2016, la coupe de la Confédération de 2008 à 2016 et le championnat d’Afrique juniors 2009 à 2015.

L’instance dirigeante du football africain avait adressé une lettre circulaire aux différentes associations membres pour leur demander de réagir favorablement ou défavorablement à la décision dans un délai prédéfini.

Les fédérations de certains pays dont le Cameroun ou la Côte d’Ivoire avaient réagi défavorablement au motif qu’ils avaient les moyens de rapporter plus de leurs images sans passer par la CAF.

Les fédérations qui n’ont pas réagi dans les délais, dont la FEMAFOOT, ont été considérées comme consentantes et donc concernées par la cession des droits d’images à Sportfive, le leader européen dans la gestion des droits marketing et audiovisuel avec un positionnement axé essentiellement sur les droits du football.

C’est justement dans ce cadre que la société serait rentrée en contact avec l’ORTM pour déterminer les conditions de retransmission des rencontres du Mali.

Les européens avaient, à l’occasion, formulé la recommandation fondamentale de laisser vierges tous les panneaux publicitaires, à l’intérieur du stade de compétition.

Mais le 2 mai 2008, la fédération malienne de football, faisant fi des contours de cet engagement entre la CAF et Sportfive, s’est engagée avec la société française IFAP Sports jusqu’en 2012.

A cette société, et contre la somme de 2 milliards de francs CFA, la FEMAFOOT cède les droits d’images du football malien y compris ceux des Aigles du Mali déjà acquis par Sportfive à travers la CAF. Dès, lors il est aisé de comprendre que les responsables du football malien se sont lancés dans une véritable impasse.

Selon nos sources, la CAF aurait déjà exprimé son opposition à ce contrat.

Interrogé sur la question, des responsables de Malifoot disent avoir bien compris les disposions de l’accord entre la CAF et Sportfive.

Mais, disent-ils, l’avantage du contrat avec IFAP Sports est qu’il leur permet de s’engager avec d’autres sponsors, sans problèmes. Toutefois, à propos de droits d’images et audiovisuels, on parle surtout d’exclusivité. Là, se trouve justement le problème.

Au-delà de cet imbroglio annoncé avec la CAF, ce contrat de sponsoring souffre déjà de nombreuses réticences.
Certains clubs de première division expriment leurs inquiétudes, car ne sachant à quoi s’en tenir.

On leur propose seulement le montant de 10 millions de F CFA par an, sans leur déterminer les engagements préalables.
Par ailleurs, soupçonné d’avoir torpillé le contrat avec Orange Mali, le département des sports a été mis devant les faits accomplis.

La fédération l’a seulement informé, par simple courrier, d’être en contact avec un sponsor pour ensuite s’engager avant qu’il ne réagisse. Au département des sports, on est néanmoins disposé à laisser le contrat aller à son exécution. Un réchauffement des relations entre le ministère et la FEMAFOT n’est pas exclu au sujet de ce contrat.

Encore que ces derniers temps, la fédération tend à ignorer le département dans ses démarches. Elle profite alors excessivement de la main libre que lui laisse le ministre des Sports. A Malifoot, on estime détenir une délégation de pouvoir du département des Sports, sans être obligé de l’associer à toutes les prises de décision.

Dès lors on se croit permis de faire des engagements sans au préalable associé la tutelle, tout comme les clubs et ligues peuvent faire leur engagement sans en référer à la fédération. Mais cette fois, comme on est face d’un engagement portant sur 2 milliards, l’Etat devrait avoir absolument son regard.

A l’analyse, l’on comprend qu’en réalité ce contrat annoncé est loin d’être si intéressant qu’on le fait croire. International football advertising and promotion ( IFAP-SPORTS), est une société de marketnig sportifs qui se lance à la recherche de sponsors après avoir obtenu un contrat. Autrement dit, le fait consiste à acheter les droits du football malien pour aller les revendre.

Dès la signature de l’accord, IFAP Sports aurait même relancé Orange Mali dont les responsables sont restés campés sur leur position. Selon toute vraisemblance la société de téléphonie mobile qui se signale comme un gros sponsor du sport malien n’a pas suffisamment eu confiance en l’orientation de Malifoot dont les responsables n’ont pu proposer un plan d’action pour le football.

Face à la réticence d’Orange Mali, IFAP Sports se serait proposé de passer par Orange France pour s’imposer à Orange Mali qui ne lui a pas fait mystère de son autonomie.

En attendant, il y a un fait troublant à signaler : le contrat aurait été signé par un des vice présidents sous le nom de Salif Kéita, le président « démissionnaire », et avec le cachet du secrétaire administratif. Toutes choses qui poussent à s’interroger sur la moralité de l’engagement.

Souleymane Diallo

26 Mai 2008