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Le scrutin législatif à Gao au terme duquel l’ADEMA a raflé les trois sièges en compétition selon les résultats proclamés par le ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales continue de susciter d’intenses débats et commentaires dans la cité des Askia. Les deux camps : ADEMA contre le duo URD – RPM s’accusent mutuellement de fraudes, de votes multiples et d’utilisation abusive et illégale de procurations signées à blanc. Après les menaces verbales, l’heure est à la conquête de l’opinion et à la saisine de la Cour constitutionnelle. Les déclarations contradictoires se suivent et la tension monte d’un cran entre les deux pôles concurrents.

C’est le duo RPM – URD, soutenu par sept autres formations politiques et deux associations qui ont d’abord rendu public un communiqué lundi dernier (voir L’Indépendant d’hier). Vingt quatre heures après, l’ADEMA et ses alliés ont de leur côté rédigé une déclaration dans laquelle ils se défendent et soutiennent que «…l’opposition est en train de mettre dos à dos les populations du cercle de Gao sur la base d’arguments fallacieux et dangereux…».

Dans la déclaration rendue publique par l’ADEMA, sept autres partis politiques (CNID, MPR, RDS, UDD, USRDA, PCR, RAMAT), six associations (Mouvement Citoyen, MS ATT, AMRE, Grace ATT, Horizons 2007 et la coordination des Mouvements des femmes du cercle de Gao) ainsi que le président de l’ADP, Sadouh Diallo, les signataires «invitent les habitants de la cité légendaire des Askias à ne pas se laisser entraîner par des personnes qui ne visent que leur propre intérêt au détriment de l’intérêt général et de la paix sociale».

Le parti de l’abeille et ses alliés estiment que leurs adversaires pratiquent «une campagne dangereuse pour la paix sociale distillée dans la ville de Gao par l’opposition politique soutenue par certains membres de l’ADP reconvertis, faisant des habitants et ressortissants des communes rurales sédentaires et nomades des citoyens de seconde zone».

Les partis et associations politiques ci-dessus énumérés proclament leur appartenance à la mouvance présidentielle et affirment que «l’opposition politique s’évertue depuis quelques jours, à travers une campagne intensive de dénigrement, à faire croire que sa victoire dans le cercle de Gao a été usurpée par l’ADEMA à l’aide de votes douteux dans certaines communes rurales du cercle, particulièrement celles d’Anchadj, Intillit, Soni Aliber et Gounzoureye, tout en oubliant la commune de Gabéro où elle a été largement battue. Par ce comportement l’opposition est en train de mettre dos à dos les populations du cercle de Gao sur la base d’arguments fallacieux et dangereux. Sinon, comment comprendre la tempête créée autour du vote de certaines communes telles que Anchadj, Intillit, Sonni Aliber, Gounzoureye, Gabéro. Au même moment, le cas de la commune de Tilemsi et celui de la commune urbaine de Gao que l’opposition a largement gagné, ont été allégrement passés sous silence».

Les supporters de Assarid Ag Imbarcawane soutiennent mordicus que les procurations exhibées ne proviennent pas de leur camp, encore moins de leurs alliés. En la matière, ils relèvent que l’ADEMA et ses alliés ont scrupuleusement respecté les règles de bonne conduite requises. Avant d’indiquer que «d’ailleurs aucune réserve des délégués de cette opposition politique et des assesseurs des bureaux de vote, n’a été signalée dans les procès verbaux».

De plus, ils prennent la défense du gouverneur de Gao qui selon eux, «a eu une conduite exemplaire durant ces élections législatives. Longtemps absent de la ville de Gao pour cause de déplacement à Bamako, il n’a de quelque manière que ce soit interféré dans le choix des électeurs, encore moins donné des directives à l’administration pour favoriser quiconque. Il sert aujourd’hui de bouc émissaire pour justifier, en partie, une douloureuse défaite».

Concernant le vote multiple effectué en faveur de l’ADEMA, les signataires de la déclaration persistent et signent que «c’est une vue de l’esprit». Ils contre-attaquent en ces termes : «il est le fait de l’opposition politique, elle-même, dans les quartiers de la commune urbaine de Gao et s’est effectué à l’aide de cartes d’électeurs non distribuées ou irrégulièrement acquises dans les centres de distribution de cartes électorales».

S’agissant de la rétention des résultats durant vingt quatre heures, la «mouvance présidentielle» réfute cette accusation et relève «qu’aucun résultat de bureaux de vote, n’a fait l’objet d’un retard de 24 heures, malgré l’étendue et l’enclavement de certaines communes. Par ailleurs, la loi ne prévoit pas dans ce cas aucun délai pour l’acheminement des résultats au niveau de la commission de centralisation des résultats».

Enfin, l’ADEMA et ses alliés croient dur comme fer que le fait majoritaire dont se réclame l’opposition n’est pas étayé par des arguments patents. En conséquence, ils «demandent à leurs militants et sympathisants de garder leur calme et leur sérénité devant les provocations d’où qu’elles viennent».

Chahana TAKIOU

11 juillet 2007.