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Battu à la régulière par Joe Biden à la présidentielle de novembre 2020, l’ex-président américain, Donald Trump, est resté dans la contestation permanente de sa défaite jusqu’à quitter la Maison Blanche et même bien après. A 10 000 lieues de là, son exemple semble avoir fait des émules dans la savane africaine, notamment  au Niger où l’ex-président Mahamane Ousmane, trois mois après la prestation de serment de Mohamed Bazoum, son rival au deuxième tour de la présidentielle de 2020, ne s’avoue toujours pas vaincu. C’est ainsi qu’il a entrepris de saisir la Cour de justice de la CEDEAO où une requête contre l’Etat du Niger a été déposée la semaine dernière, apprend-on de certaines sources. Si l’on peut saluer la démarche républicaine du perdant qui a fini par choisir,  en lieu et place de la rue où il a failli laisser des plumes et se brûler les ailes,  les voies légales de recours supranationales comme la législation nigérienne lui en donne le droit après qu’il a été débouté au plan national,  reste que l’on se demande ce que recherche véritablement le candidat malheureux du RDR-Tchanji, en saisissant l’instance judiciaire de l’institution sous-régionale dans un contentieux électoral qui paraît, à bien des égards, relever désormais du passé. 

On voit mal la CEDEAO remettre en cause le délibéré de la Cour constitutionnelle du Niger

Si ce n’est pas pour mettre du sable dans le couscous déjà consommé de Mohamed Bazoum, on se demande à quel autre objectif répond son action. En tout cas, si c’est dans le but d’être installé au palais de Niamey, la cause semble définitivement et irrémédiablement entendue. Car, on voit mal les instances de la CEDEAO remettre en cause le délibéré de la Cour constitutionnelle du Niger qui a entériné la victoire de Mohamed Bazoum, au point d’ouvrir à son rival, les portes du palais présidentiel pour s’y installer. C’est dire si les dés sont déjà jetés. Au mieux, Mahamane Ousmane  pourrait obtenir une condamnation s’il obtient gain de cause devant la CEDEAO, en vue d’une refonte des institutions mises en cause, en l’occurrence « la Commission électorale nationale indépendante chargée d’organiser les élections, et la Cour constitutionnelle, l’institution de l’Etat chargée du contrôle de la régularité et de la transparence des élections » qu’il accuse de ne pas avoir « joué leurs rôles ». Et à y regarder de près, l’on se demande si ce n’est pas véritablement cela l’objectif recherché, dans la perspective des prochains scrutins électoraux. Quoi qu’il en soit, en attendant de savoir si ses cris dans le désert du Ténéré parviendront à traverser les murs bétonnés et les portes capitonnées de la juridiction communautaire d’Abuja pour être entendus comme il le voudrait, on se demande si Mahamane Ousmane n’est pas engagé dans un combat perdu d’avance. Un combat qui a vu des opposants africains comme le Gabonais Jean Ping, le RD Congolais Martin Fayulu et plus près de lui, le Togolais Agbeyomé Kodjo,  sûrs de leur fait et mus par la volonté inébranlable de se rendre justice par tous les moyens, perdre finalement toutes leurs illusions au bout d’un combat qui s’est révélé in fine un combat contre des moulins à vent.

Même Donald Trump a fini par savoir raison garder

 Au point que leurs cris d’orfraie ont fini par s’éteindre d’eux-mêmes pour ne plus être audibles aujourd’hui, alors que certains d’entre eux avaient, de toute apparence, des arguments autrement plus solides de revendiquer la victoire que ceux de l’opposant nigérien dont le parti a, soit dit en passant, subi une bérézina aux législatives couplées à la présidentielle. Mieux, à ce jeu de la contestation électorale, même Donald Trump a fini par savoir raison garder. C’est pourquoi l’on a des raisons de croire que Mahamane Ousmane est bien parti pour connaître le même sort. D’autant que les décisions de l’instance sous-régionale n’ont jamais su s’imposer avec une force exécutoire aux pays membres dont plusieurs, à l’image du Sénégal, du Burkina Faso et du Togo, les ont royalement ignorées en son temps quand ils ne les ont pas simplement balayées du revers de la main.   En tout état d cause, si cette action en justice de Mahamane Ousmane a pour but de mettre d’une façon ou d’une autre la pression sur le pouvoir de Niamey afin de le contraindre à lâcher du lest, il faut craindre que cela ne produise l’effet contraire en braquant davantage le pouvoir de Bazoum contre le truculent opposant. Ce dernier  pouvant très rapidement se retrouver dans la peau de l’ennemi de la République, au moment où le Niger a visiblement d’autres priorités, notamment en termes de défis sécuritaire et sanitaire lié à la pandémie du Covid-19. Des challenges qui donnent déjà suffisamment et d’insomnies au successeur de Mahamadou Issoufou. 

« Le Pays »