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Samedi, 18 avril, le quartier de Sotuba a connu une effervescence, dans ses cités dites « Mali Univers et village Can ». Les habitants de ces quartiers étaient sortis nombreux, non pas pour apporter leur soutien à un candidat en cette période de campagne électorale communale, mais pour dire non à des constructions anarchiques qui polluent leur environnement. 160 familles sont concernées par cette révolte.

Ils étaient des centaines d’habitants à se donner rendez-vous pour une marche de protestation le long de la voie qui traverse la zone industrielle jusqu’à Sotuba. En scandant des slogans hostiles aux autorités municipales et du district de Bamako, ils ont protesté avec véhémence contre « l’anarchie foncière » qui a permis l’installation d’un dispositif de concassage et les travaux de construction d’une usine de détergent dans le quartier. Les travaux de concassage, avec la poussière qu’ils provoquent, perturbent la quiétude des familles voisines et y rendent l’atmosphère invivable.

Les va-et-vient des gros porteurs utilisés dans le transport des pierres à concasser empêchent la libre circulation des habitants, en monopolisant le passage. Avec le cortège d’accidents de la circulation ces gros camions sont devenus un cauchemar pour les habitants de Sotuba -Mali Univers et village Can- Comme si cela ne suffisait pas, les résidents de ces cités viennent de constater avec amertume, des fondations qui sortent de terre et qui obstruent le passage des eaux de ruissellement.

Pire, l’espace compris entre le village Can et la cité Mali Univers est en train d’être construit. Le propriétaire de cette nouvelle construction n’a pas trouvé mieux que de faire entorse au plan d’aménagement, en annexant 3 à 5 m de l’espace réservé à la rue, dans le seul but égoïste d’étendre son domaine. Poussé ainsi par ce désir d’extension, l’industriel en question ne s’est pas retenu de déplacer les poteaux qui conduisent le réseau téléphonique au Crédos. Il les a tout simplement déterrés pour les replanter à 3 à 5 mètres dans la rue, afin de gagner de l’espace. A notre passage le samedi entre 9 et 11 heures, aucun travailleur ne se trouvait sur le chantier qu’on considère ici comme le site de la future usine de détergent. Nous n’avons pu vérifier cette information.

Du côté de la rue, la température montait d’un cran : « Respectez notre droit à un environnement sain », « nous exigeons l’arrêt immédiat des constructions anarchiques », « libérez les voies d’accès à nos maisons », « libérez les servitudes, halte à l’anarchie foncière », « libérez les voies de ruissellement ». Les slogans se suivaient et les manifestants se faisaient l’écho des banderoles élaborées par l’Association pour le développement et la solidarité (Adss-Mali Univers/ Village Can Sotuba). Cette association présidée par Mme Ballo Binta Hellène est l’organisatrice de cette marche. Elle était présente et l’appel de l’association avait été massivement répondu par ses membres parmi lesquels des hauts cadres de l’administration, des journalistes, des notables du quartier et les habitants de tous les âges.


« Des autorités de ce pays avaient adopté un plan d’aménagement et d’urbanisation de la ville de Bamako. Le schéma d’aménagement Aci de la zone Sotuba en est une très belle illustration… Helas, le constat aujourd’hui est alarmant. De tripatouillage en arrangements, des gens qu’on dit riches et puissants, en complicité avec des agents publics véreux, ont perverti les plans de nos ingénieurs acceptés par les autorités
», a déclaré youssoufa Maïga, porte-parole des résidents.

Conséquences de ce laisser-faire des agents corrompus de l’administration, les habitants sont « quotidiennement exposés aux mouvements incessants des engins industriels, avec le désagrément et le dépit qui les accompagnent », a souligné Youssoufa Maïga. Il a rappelé que le samedi 11 avril 2009, un camion bennes s’était renversé sur l’unique voie d’accès au village Can.

Les enfants répugnent à fréquenter les écoles situées de part et d’autres de la voie face au danger permanent et la terreur semée par les engins lourds. Il a indiqué qu’à cause des fondations anarchiques, des habitations et la mosquée de Mali Univers avaient été inondés, pendant l’hivernage 2008.

« Nous exigeons la suppression de tous les travaux à caractère industriel, (dépôt de matières chimiques, entrepôt de gravas), et des aménagements et exploitation de nature industrielle des terrains riverains des résidents de la zone », a dit le porte parole. Ils veulent la démolition des constructions qui obstruent les voies d’écoulement des eaux, et la remise en l’état conformément au plan d’urbanisme et la prise des dispositions pour prévenir les inondations et autres incommodités vécues par le passé.

B. Daou

20 Avril 2009