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La population de Missabougou s’est réveillée dans la douleur, avant-hier, dimanche 29 mars 2009. Les Caterpillar devant casser les maisons situées dans l’emprise du 3e pont de Bamako, sont arrivés à 6 heures du matin accompagnés d’une centaine d’agents de sécurité. Aucune brique n’a pu échapper à la démolition. Pis, aucun des déguerpis n’a reçu un kopek au titre de l’indemnisation. Du coup, la colère et l’indignation sont dans le cœur des habitants de Missabougou.

jpg_b-5.jpgL’irresponsabilité de l’Etat est grande et visible, à plus d’un titre. Les victimes de cette situation, jusqu’à présent, ne connaissent pas encore le sort qui leur sera réservé par le gouvernement malien. Par conséquent, elles sont en train de remuer ciel et terre pour être dans leurs droits. Mais, les autorités restent sourdes et muettes à leur requête. Impuissantes, elles s’en remettent à Dieu et lui demandent de faire la justice à leur place.

Nul n’ignore que le régime en place n’a aucune considération pour les pauvres citoyens. La gestion irresponsable et catastrophique de la crise du nord et de l’initiative riz, constituent l’illustration parfaite et palpable de ce comportement condamnable des autorités maliennes.

Aussi, à longueur de journée l’argent public est impunément volatilisé au vu et au su de tout le monde. Des centaines de milliards de Cfa sont volés, sans qu’un doigt ne soit levé pour dénoncer. C’est du laisser-aller et le peuple en a marre !

L’injustice qui a défrayé et qui continue à défrayer la chronique actuellement dans notre pays, est la démolition sans dédommagement de 81 familles au nom de la construction du 3e pont de Bamako. A brûle-pourpoint, on leur a donné un délai très court de 3 jours, pour qu’elles puissent déménager.

Obliger les chefs de famille à prendre leurs femmes, enfants et autres effets personnels pour aller se camper ailleurs comme des troupeaux. Voila décrite la situation. Des bâtisses estimées à plus de 3 milliards de Cfa, selon des experts des domaines de l’Etat, ont été démolies sans aucune indemnisation (voir les photos).


Des pluies de larmes et de malédictions sur le régime

Les milliers de personnes qui viennent d’être jetées dans la rue par ATT et ses amis, ont passé toute la journée du dimanche à maudire le pouvoir. La plupart d’entre elles versaient de larmes sans cesse. Les dégâts sont importants surtout pour ceux-là qui n’ont pas eu le temps de défaire leurs maisons, à cause du délai très court fixé par Ahmed Diané Séméga, ministre de l’équipement et des transports. Les Caterpillar n’ont rien laissé. Beaucoup de déguerpis sont en train de passer des nuits blanches dehors. Des lits, portes, fenêtres et même des ustensiles de cuisine étaient éparpillés dans les rues de Missabougou. Tout le monde cri à l’injustice.

Seul motif de soulagement, c’est que des agents de la police, de la gendarmerie et de la garde nationale déployés pour la sécurité de l’opération, étaient tous du côté de la population. Ils la soutenaient mais n’avaient pas d’autre choix.

Ils lançaient tous des regards pitoyables, et étaient gênés. En guise d’apport de soulagement, certains agents faisaient même du thé pour l’offrir aux victimes tout en les sensibilisant par des mots lénitifs. Ils les aidaient parfois à transporter les tôles et portes. Des agents de police ont estimé que l’Etat devait indemniser avant de passer à la casse.

« En venant, nos chefs nous avaient fait savoir que les déguerpis ne veulent pas céder les lieux. C’est quand nous sommes venus sur place, que nous avons su la vérité. Nos chefs nous avaient intoxiqués. Vous voyez les déguerpis sont cools. Ils ne s’opposent pas à la construction du pont. Ils demandent seulement à ce qu’ils soient indemnisés », a fulminé un agent de sécurité qui a requit l’anonymat.


Le nombre des loyers multiplié

Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit-on. Les 81 familles illégalement déguerpies sont obligées d’aller vivre en location. Ainsi, les quelques maisons vides se trouvant dans le quartier, ont été prises et le coût du loyer a été triplé par les propriétaires. Une chambre de 5000 Cfa est cédée, aujourd’hui, à Missabougou à 15 000 Cfa. Mieux, il faut verser 3 mois de caution aux propriétaires avant d’avoir les clés.

« Nous n’avons rien perçu du gouvernement au titre des indemnisations. Nous avons fait les frais de la construction du 3è pont et feront également les frais de la location », s’est lamenté Abdoul Karim Sangaré, un des fils de l’imam.

Un autre déguerpi de renchérir : « nous avons tous souhaité à ce que le 3e pont passe par Missabougou. Nous n’avons dit à personne que nous ne voulons pas quitter le site. Mais s’il est réellement vrai que nous sommes dans un pays sérieux et responsable, nous ne devons pas être déguerpis comme des chiens. -Primo, les maisons que nous occupons sont licites.

-Secundo, nous sommes des maliens comme ATT et les membres de son gouvernement. -Tertio, on devait nous assurer les frais de location en attendant les indemnisations. Aujourd’hui, ceux qui dirigent le Mali ne se soucient pas du peuple. On s’en remet à Allah ».

A rappeler que les déguerpis n’ont jamais refusé de quitter les lieux. Ils ont simplement demandé, puisque nous sommes dans un Etat de droit, même si cela est devenu un slogan creux sous ce régime, à ce qu’ils soient mis dans leur droit avant de faire quoi que ce soit.

Ils accusent ATT d’avoir cassé leurs maisons, comme s’ils sont des apatrides. Il faut aussi signaler que plus de milles personnes sont concernées par ce déplacement parmi elles 600 élèves.

Enfin, aucune date n’a été fixée pour l’indemnisation des déguerpis (voir la lettre Séméga via MATCL).

Bassidiki Dravé Touré

Le Guido du 31 Mars 2009