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nécessité. Cette hantise est fondée. Il ne manque pas en effet de commerçants sans scrupule qui jugent l’occasion propice pour jongler avec les étiquettes des produits les plus fortement demandés, c’est-à-dire le riz, le mil, le sucre, le lait et l’huile. C’est pour contrecarrer ce genre de phénomène que depuis quelques années, le ministère en charge du Commerce a institué un cadre de concertation avec les commerçants et les partenaires sociaux pour mettre en place des dispositifs permettant de faciliter l’approvisionnement correct du marché en produits de forte demande et de contrôler l’évolution des prix tout au long du mois de jeun.

Cette année, les prix tirent sur la laisse (voir l’Essor du 29 août 2008). Cette situation d’accalmie est en partie dû aux dispositions prises par les pouvoirs publics qui ont accordé des facilités aux importateurs de sucre, de riz, de lait et d’huile à travers l’opération « Exonération« .
Cependant, il faut reconnaître que cette opération n’a produit tous les résultats escomptés à cause l’approvisionnement insuffisant des différents marchés en marchandises exonérées.

Les consommateurs perdaient un temps fou à chercher ces produits vendus moins cher. Pour réduire cette difficulté majeure, le ministère de l’Économie, du commerce et de l’industrie à travers la Direction nationale du commerce et de la concurrence en collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie et la Coordination des associations et groupements des commerçants détaillants du Mali a identifié sur les différents marchés de la capitale des sites qui ont reçu la qualité de magasins témoins et qui se dédient à l’écoulement des produits subventionnés. Au total, 120 magasins, boutiques et alimentations – soit 20 par commune – ont été sélectionnés pour assurer l’écoulement correct des produits dans le respect des prix (le kilo de riz à 310 francs, le kilo de sucre à 380 francs ou 400 francs, le lait en poudre à 2905 francs et le litre d’huile à 815 francs).

Pour se rendre compte de la réalité des magasins témoins, le ministre de l’Économie, du commerce et de l’industrie s’est rendu le mercredi dernier dans les marchés de la Commune VI. Il était accompagné du président de la CCIM, Jamille Bittar, du responsables des commerçants détaillants Hama Abba Cissé et de représentants des partenaires sociaux.

De Sénou à Banankabougou en passant par Sokorodji marché, Sogoniko auto-gare et Faladié, la délégation ministérielle a visité une dizaine de magasins témoins. Partout, Ahmadou Abdoulaye Diallo a tenu le même message rassurant à l’adresse des consommateurs. Il tenait à s’assurer lui-même de la suffisance des stocks et du respect des prix. La réalité constatée sur le terrain est mitigée. Sur la dizaine de magasins témoins visités, seulement deux disposaient un stock d’une demi-tonne de riz exonéré. Les tenanciers de ces magasins ont d’ailleurs souligné avec insistance les problèmes de ravitaillement.

« C’est hier seulement que nous avons reçu une dotation de 10 sacs de riz. Cette quantité s’est écoulée dans la journée même. Car la demande est très forte« , a indiqué Harouna Traoré, commerçant détaillant au marché Banankabougou. Pour lui, il faut s’attaquer en priorité à l’irrégularité de l’approvisionnement. « Nous versons ce que nous devons pour avoir notre dotation, mais il nous arrive fréquemment d’attendre une dizaine de jours avant que n’arrive un nouveau stock. Cela décrédibilise l’opération aux yeux des clients« , a souligné notre interlocuteur.

Chez Mme M’Bodj Alimata Anne à Sénou poste, la demi-tonne reçue a déjà été liquidée. Mais il est à noter que contrairement aux autres magasins, Mme M’Bodj a fixé des quotas dans la vente du riz exonéré. « Je ne délivre pas plus 5 kilogrammes par personne. L’affluence est tellement grande que si je dépasse ce quota, certains ne trouveront rien à payer. Cette restriction me permet aussi de contrer les spéculateurs qui n’achètent que pour revendre« , a expliqué la commerçante.
Pour ces difficultés d’approvisionnement évoquées dans la plupart des magasins visités, le directeur du Commerce et de la concurrence a assuré les commerçants qu’une solution définitive serait trouvé dans les plus brefs délais.

La délégation s’est ensuite rendue dans le grand dépôt de la société Grand grenier du bonheur (GGB) sis au Camp Digue. Là, le ministre a enregistré avec satisfaction la présence d’environ 25 000 tonnes de riz et de la même qualité en sucre. Ce qui lui fera dire que le pays est « très bien approvisionné« . « Les stocks existants couvrent les besoins de plusieurs mois, a indiqué Ahmadou Abdoulaye Diallo. Nous allons rapidement prendre des dispositions pour éviter tout rupture de stocks dans les magasins témoins« .

Rassurés sur ce point, les consommateurs représentés dans la délégation ont reporté leurs inquiétudes sur les prix. Sur ce point, les commerçants ont promis qu’il n’y aurait pas de spéculation durant le mois de Ramadan. « Nous avons plus de 60.000 tonnes de riz dans nos différents dépôts. Il n’y aura ni pénurie, ni flambée de prix« , a assuré le patron de GGB, Bakoré Sylla.

Un contraste est tout de même à relever. Les dépôts sont pleins à craquer, mais les magasins témoins sonnent creux. La représentante de la Ligue des consommateurs du Mali (Consoligue), a exprimé de manière nette ses réserves. « Ce que j’ai vu ne me rassure pas du tout. Si les dépôts sont pleins alors que les magasins sont vides, c’est qu’il y a un problème.

Je réserve donc mes commentaires pour le moment« . Certains consommateurs n’ont pas gardé leur langue dans la poche. « L’initiative des magasins témoins est très salutaire. Mais elle est venue un peu en retard. Il aurait fallu mettre en place ces magasins 10 jours avant le début du mois de Ramadan. En outre, on aurait dû passer par les médias pour diffuser la liste des magasins présents dans les différents quartiers« , constate Mamadou Sissoko, président de l’association des consommateurs de la Commune VI.

A cette dernière recommandation, il convient d’en ajouter une autre, celle se la mise en place d’un vrai mécanisme de suivi du comportement des magasins témoins. Car nous avons été informés que juste après le départ de la délégation, certaines étiquettes auraient été changées dans plusieurs magasins. Dans le sens de la hausse. Informations prises, nous avons eu confirmation de ce phénomène. Nos interlocuteurs nous ont expliqué qu’il leur était impossible de rentrer dans leurs frais (transport, manutention et emballage plastique) en vendant le riz détaxé à 310 francs. La frontière minimale se situerait pour eux à 350 francs.

Doussou DJIRE

05 Septembre 2008