Partager


Au Mali, les routes sont financièrement entretenues à 80% par le Budget national, et à 20% par des ressources constituées par les péages routiers, la redevance d’usage routier sur les carburants et la redevance à l’essieu appliquée aux véhicules lourds.

Malheureusement, à cause des contraintes du Trésor public, les fonds provenant de ce Budget national sont difficilement mobilisables. Ce qui génère des retards, notamment sur les travaux d’entretien routier. Quant auxdites ressources propres, elles restent largement insuffisantes pour couvrir les charges strictement nécessaires des travaux routiers.

Constats et adoption des pays de l’UEMOA

En Décembre 2005, les pays de la zone UEMOA ont adopté une approche sous-régionale de la règlementation des charges et gabarits à l’essieu des véhicules lourds. Cette mesure prévoit, pour les camions, une charge maximale de 11,5 tonnes à l’essieu. Elle est directement applicable dans tous les Etats membres de l’UEMOA, avec une période transitoire de 12 mois.

Malgré cette règlementation, la quasi-totalité des véhicules de poids lourd qui empruntent les voies principales du Mali -et des autres pays de la zone UEMOA- présentent une surcharge importante, voire exagérée.

En effet, un récent contrôle, effectué au Mali sur un échantillon de 33 véhicules, a démontré que… 32 étaient en infraction, avec des charges parfois de plus de 20 tonnes à l’essieu, soit presque le double de la norme règlementaire. Cette surcharge des véhicules lourds constitue le principal facteur de dégradation des routes. En effet, avec la surcharge à l’essieu, l’usure du revêtement et des sous-couches d’une route augmente très rapidement. Or ces routes exigent des investissements lourds, pourtant essentiels pour le développement du pays.


Création de postes

Face à ce problème, et pour préserver le patrimoine routier du pays, le département de l’Equipement et des Transports, en partenariat avec l’Union Européenne (U.E.) -le premier bailleur de fonds du Mali dans le secteur des Transports-, ont exppriméé le besoin de trouver des solutions. Ainsi, parmi les actions mises en place par le ministère de l’Equipement et des Transports et par les autres bailleurs actifs dans le secteur pour assurer la durabilité des routes, on note la création de postes de péage et de pesage sur les grands axes routiers.

Au total, 18 postes -14 de pesage-péage, et 4 de péage- seront installés suivant un schéma directeur élaboré par l’Etat. Ainsi, 5 se trouveront aux postes frontaliers de Zégoua (frontière avec la Côte d’Ivoire), Hérémakono (frontière avec le Burkina Faso), Diboli (frontière avec le Sénégal), Kourémalé (frontière avec le Guinée Conakry), et Gogui (frontière avec la Mauritanie). Cinq postes sont déjà prêts à être mis en service, dont ceux de Kati et du pont de Wabaria, à Gao. Les treize autres postes sont en projet.


Des mesures à respecter

Les ressources financières provenant des postes de péage sont directement versés au Fonds d’entretien routier géré par l’Autorité routière. Ces redevances d’usage de la route remplacent les Droits de Traversée Routière (DTR) autrefois perçus, mais dont la finalité restait indéfinie : mauvaise gestion, dilapidation des fonds, ou les deux?…

En tout cas, une augmentation des ressources propres (principalement les redevances sur carburant et les péages) permettrait non seulement de sauvegarder des rentrées financières indépendantes des soucis du Trésor public, mais une réalisation plus adéquate des programmes d’entretien dépendant également des saisons.

A Kati, où le poste de pesage-péage a été inauguré depuis le 10 Janvier 2008, les tarifs ont été mis en place, en tenant compte des capacités des usagers à s’acquitter des redevances, de la fréquence d’utilisation des routes et de la catégorie des véhicules. Tout cela, à la satisfaction des autorités et des populations.

En fait, un premier barème de paiement avait été jugé trop élevé par les usagers qui n’ont pas manqué d’exprimer leur mécontentement. Tous les acteurs concernés se sont alors concertés pour parvenir à une solution acceptable pour tous.

Courant 2008, et progressivement, tous les véhicules qui se présenteront au poste de pesage-péage de Kati avec une charge supérieure à 11, 5 tonnes par essieu devront éliminer leur surcharge et payer des pénalités. Toutefois, l’objectif de cette opération vise, en premier lieu, à parvenir à une surcharge de zéro, et non à en profiter pour obtenir coûte que coûte des ressources financières supplémentaires…

C’est la surcharge qui demeure la cause principale de la destruction du réseau routier national. Et il y a lieu d’éviter cette surcharge, surtout quand on sait que nos nouvelles infrastructures routières ont permis de juguler bien des revers économiques, tout en concrétisant un vieux rêve : le désenclavement du pays.

Oumar DIAWARA

16 Juin 2008