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Depuis l’arrivée d’ATT, les partis politiques se sont embarqués dans le bateau « béni oui-oui chef » à la recherche du seul profit. Le chef dicte sa loi et les autres acceptent, c’est ça le consensus à la malienne.
Par définition, le consensus est un moyen de prendre une décision qui fait appel à la créativité de chacun.

C’est un processus dans lequel aucune décision ne peut être prise tant que tous les participants d’une équipe ne l’acceptent ou du moins ne soit consulté au préalable. Les minorités sont entendues au cours du processus, et pas seulement à la fin : la décision est élaborée collectivement.

Voilà un des fondements du consensus. Le consensus à la malienne prend à contre pied le système.
Qu’en est-il du consensus dans le contexte malien ? Que pense la société civile de son application ?

Au Mali, tout prouve que le consensus actuel est le fait d’individus qui ne représentent que leur personne. A son élection à la tête du pays, ATT a hérité d’une situation où les populations se détournaient du politique. Aussi, le général s’est entouré de partis politiques pour une « gestion consensuelle » du pouvoir.

Pour Issiaka Keita, de l’association pour la justice et la paix, le consensus qui se caractérise par l’absence de toute majorité à gérer le pouvoir et qui implique la participation de tous, a été instauré au Mali, après une crise profonde entre les partis politiques du pays. Pour lui, de peur d’être la cible des partis politiques comme cela a été le cas avec l’ancien président Alpha Oumar Konaré, ATT a opté pour un consensus. « Il n’avait pas le choix. Il est venu au pouvoir avec la bénédiction de plusieurs partis » dit-il.

Pour cet ancien membre de l’AEEM, « tout le problème du consensus au Mali, est qu’il n’a pas été fait dans l’intérêt du Mali, ni dans celui de son peuple. Nous avons eu droit à un consensus taillé sur mesure pour leurs intérêts personnels » a-t-il déclaré.

Divergence de point de vue

Le consensus à la malienne, à en croire M. Keita, est passé à côté des ces objectifs premiers. « Le consensus érigé en mode de gouvernance devait permettre aux Maliens de se retrouver et poser les grandes questions de la nation. Mais, malheureusement, il a servi à faire la promotion d’un certains nombre de personnes ».

On se rappelle aussi que dans une interview qu’il avait accordé à un confrère, l’ancien ministre de l’Administration territoriale du président Alpha Oumar Konaré, Dr. Ousmane Sy, avait lui aussi dénoncé avec véhémence la « clochardisation » de l’homme politique, l’unanimisme qui prévaut en lieu et place d’un vrai consensus au Mali.

En son temps, Dr Sy avait jugé le consensus d’ATT en contradiction avec ses convictions et les principes fondamentaux de la démocratie.
« Les décisions les plus importantes sont le plus souvent prises par le chef du clan qui en impose aux autres dont le rôle se limite à exécuter, assister ou obéir impuissants».

Albert Diarra, juriste pense qu’au Mali, la chanson est connue « Celui qui ne partage pas la vision du chef, celui qui n’agit pas conformément à cette vision, est libre de partir ». A défaut, la personne est poussée à la sortie par des moyens pas forcément catholiques.

Pour Aminata Diarra, économiste, le consensus d’ATT « a permis à la classe politique de se comprendre même si cela joue sur la crédibilité des formations politiques ». Pour elle, le Mali a connu une situation d’accalmie à la différence de plusieurs pays de la sous région.

Amadou Sidibé

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Le multipartisme piétiné

L’instauration du pluralisme politique était une des exigences du mouvement démocratique après plus de 20 ans de mutisme imposé par la dictature militaire et le régime de parti unique constitutionnel. Ceci explique la floraison des formations politiques au lendemain des événements de mars 1991 dans un pays où, en toute logique, 2 ou 3 grands partis politiques auraient être dû suffire.

Mais la Conférence nationale (juillet-août 1991) ayant opté pour le multipartisme intégral, il fut difficile, voire impossible, de limiter le nombre des partis politiques par la suite même lorsqu’il apparût que certains n’étaient ni plus ou moins que des bureaux ou des grins où des amis se retrouvaient pour discuter.

Le financement public des partis politiques obtenu vers 1996-1997 fut un autre motif de création des partis politiques dont beaucoup vivent le jour sans le plus souvent ni programme ni projet de société. A partir de ce moment, les partis politiques se créèrent plus pour l’obtention du financement public que pour la conquête du pouvoir politique qui reste en définitive la vocation première de toute formation politique sérieuse.

Il faut aussi ajouter que même au sein des partis politiques ayant un programme ou un projet de société, rares étaient ceux qui animaient vraiment la vie politique, formaient leurs militants et tenaient régulièrement leurs assises.

Beaucoup se contentaient de percevoir le financement public et de faire des affaires personnelles avec ce pactole.
En dépit de ces anomalies, durant ces deux mandats, Alpha Oumar Konaré fit tout son possible pour respecter les partis politiques et le jeu démocratique, même aux pires moments de l’exercice du pouvoir dans les années 1994-1995 lorsque la contestation battait son plein.

Non seulement, il ne fit rien pour empêcher la naissance d’autres partis politiques dont beaucoup ne servaient plus à rien ou presque, mais également aida à survivre ceux qui avaient de la peine à accompagner convenablement la démocratie.

Alors qu’en 1992 au moment de l’élection présidentielle, il n’y avait qu’une vingtaine de partis politiques régulièrement constitués et capables de présenter un candidat, en 1997 ce nombre était allé croissant, mais avec une multitude de partis politiques dont les 3/4 étaient insignifiants et ne représentaient que des intérêts privés cachés sous les couleurs de la politique.

Quoiqu’il en soit, l’ère d’Alpha Oumar Konaré fut une belle période pour les partis politiques qui eurent tout le loisir de mener leurs activités et d’exister convenablement. S’il y eut quelques emprisonnements de leaders politiques, ce fut à la suite d’actes excessifs posés comme le refus de reconnaître en 1997 sa légitimité alors que beaucoup de chefs de partis avaient boycotté le scrutin présidentiel de cette année.

Avec l’arrivée d’Amadou Toumani Touré au pouvoir en 2002, le jeu démocratique changea de forme et de contenu. Convaincu que son triomphe de 2002 était dû à sa seule aura et qu’il ne devrait rien aux partis politiques (il a dit à des amis qu’il ne devrait rien à personne), il ne cacha jamais son mépris des partis politiques, préférant s’appuyer sur le Mouvement citoyen pour gouverner.

Ce mouvement, issu de la société civile, était constitué d’individus refoulés par les partis politiques ou n’ayant pu s’affirmer au sein de ceux-ci par manque de grande culture politique sans doute.

Pour cette raison dès 2002, ils avaient rallié ATT qui est un président moins politique que son prédécesseur et dont la compagnie ne demande pas de grands débats d’idées comme il en existe dans les partis politiques. Non seulement, l’absence de débats est une des causes de leur cour à ATT, mais également il y a la possibilité de réaliser de bonnes affaires dans son ombre, rien qu’en vantant les mérites du PDES.

A la suite du chef de l’Etat qui de tout temps eut une piètre opinion des partis politiques qui l’ont pourtant aidé à grimper, les cadres du Mouvement citoyen firent semblant d’aller dans la même direction mais, passé le seuil de 2007, ne bénéficient plus du même appui de Koulouba et durent se faire discrets sous peine de représailles de la part de la classe politique.

En 2002, piétinant les partis politiques qui disposaient à l’Assemblée nationale d’une majorité confortable, il choisit son Premier ministre dans la société civile au détriment des chefs de partis. Lorsque Ag Hamani s’usa au pouvoir sans rien résoudre de concret, ATT le fit remplacer par O. Issoufi Maïga dont on savait peu de chose hors du fait qu’il était apolitique, mais avait fait partie d’un gouvernement d’Alpha Oumar Konaré.

Ceci n’empêcha pas pourtant les partis politiques de le soutenir massivement en 2007 au détriment des candidats portés par les partis politiques et de gagner haut les mains ce scrutin.

D’aucuns pensent que ce pied de nez aux partis politiques procède de la volonté d’humilier les cadres du mouvement démocratique qui ont renversé Moussa Traoré en 1991 ; en renfort à cet argument, ils montrent la tentative de restauration de l’ancien régime par les nombreuses nominations faites à ce niveau et l’importance politique donnée au Mouvement citoyen qui n’est, en partie, que le cadavre exhumé de l’UDPM.

A l’épreuve du pouvoir personnel, celui d’ATT, à mi-chemin entre la dictature militaire et le régime présidentiel, les partis politiques se mirent sous les ordres du chef de l’Etat, perdant du coup leur identité et leur autonomie. Un tel régime est capable de tous les revirements, y compris celui de se maintenir par la force après avoir mis aux pas toute la classe politique.

Facoh Donki Diarra

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Oumarou ag Imbarcaouane 2è vice-président de l’AN :« Le consensus nous a permis de travailler »

Le consensus vécu par le Mali depuis 2002 a permis une stabilité politique, un apaisement du climat social. Il a permis au Mali de réaliser un bond dans son développement économique, social et même politique. C’est l’avis d’Oumarou Ag Imbarcaouane 2eVice-président de l’Assemblée nationale, membre du Comité exécutif de l’Adema/PASJ qui dresse ici un bilan du consensus.

Les Echos : Comment définissez-vous le consensus politique qui a lieu au Mali en 2002?

Oumarou Ag Imbarcaouane : Le consensus politique comme l’a dit le président de la République lui-même est « gouverner ensemble, dans le respect de nos différences ». Le consensus politique signifie de se mettre d’accord sur l’essentiel, de se rassembler autour de cet essentiel pour bâtir le pays. C’est ce processus que nous avons vécu de 2002 à 2007 et qui continue jusqu’à présent en 2010.

Les Echos : Si on vous demandait de faire un bilan du consensus. Quels sont, selon vous, ses avantages et ses inconvénients ?

O.A.I: Le consensus politique a beaucoup d’avantages et a été et demeure une très bonne chose pour notre pays. Il n’est pas dit que dans le consensus il n’y a pas d’opposition. Non ! Le consensus a permis une stabilité sociale. Il a permis à ceux qui travaillent d’aller paisiblement sur les lieux de leur travail et de travailler. Il a permis d’apaiser la tension sociale de nous éloigner des querelles, des marches de protestations et autres actions inutiles qui gaspillent nos maigres ressources et nos énergies, pour se consacrer à la réalisation de nos objectifs qui n’est autre que le développement de notre pays.

On ne peut réaliser rien de durable pour le bien être des populations dans un pays en guerre. Vous savez, quand je suis à l’étranger, je suis très fier d’être Malien. Nous sommes un pays pauvre, mais nous arrivons à bien gérer nos maigres ressources, à résoudre paisiblement nos différends. Nous avons connus deux formes d’oppositions : une opposition parlementaire et une opposition extraparlementaire incarnée par l’ex-Collectif des partis politiques de l’opposition (Coppo) qui ne reconnaissait même pas les institutions de la République.

Regardez ce à quoi nous avons abouti ! De 1992 à 1994 quand on sortait de son domicile pour aller au travail, il fallait choisir sa route pour ne pas recevoir de jets de cailloux sur sa tête. De plus il y avait la rébellion et l’Etat devait faire face à ces deux problèmes. De 2002 à aujourd’hui il y a eu quelque soubresaut au nord, mais le consensus nous a permis de le gérer et de travailler, de réaliser beaucoup dans tous les domaines.

Je dis, ce pays a toujours été géré dans le consensus même si, ici à l’Assemblée nationale, il existe une opposition. Mais je dis que malgré cela, le président Dioncounda Traoré a fait de sorte que tous les groupes même celui créé récemment en l’occurrence le groupe Codem, aient de poste au niveau du bureau de l’Assemblée nationale. Je puis vous confirmer aussi que même le RPM n’a jamais eu un comportement de parti d’opposition quant bien même lui et le groupe Parena-Sadi ont toujours voté contre la Loi des finances.

Vous savez, même les députés ont été élus sur le consensus, c’est-à-dire sur des listes communes. Mais, c’est à l’Assemblée que tel ou tel député se retrouve dans l’opposition ou dans la majorité.

Les Echos : J’allais Justement vous demander comment le consensus est vécu par vous et les autres députés au sein de l’Assemblée nationale ?

O.A.I : C’est vrai que je suis là depuis la première législature de la IIIe République. A l’Assemblée nationale ici, il y a eu deux ou trois motions de censure et je dis que nous avons connus les deux formes d’opposition (parlementaire et extraparlementaire). Mais regardez ce que nous avons pu faire de 2002 à nos jours en termes d’infrastructures, de santé, d’éducation, bref dans tous les domaines. On ne peut rien construire sans paix et le Mali est un pays de paix. Une paix ne peut s’acquérir que dans un consensus.

Le consensus nous a permis d’aller à l’essentiel, c’est-à-dire nous consacrer aux défis du développement de notre pays. Et je puis assurer que pour cela, le Mali jouit d’un grand respect auprès de la Communauté internationale parce que ce consensus est unique en son genre.

Denis Koné

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Le consensus d’ATT: « Mou et boiteux », selon le RPM

« Une chose est sure, le Mali et sa démocratie sont les grands perdants », a affirmé Boubacar Touré, secrétaire chargé à la communication du Rassemblement pour le Mali (RPM).

Pour le RPM, il n’y a pas eu de mise en commun des idées, la donne a été faussée par le président Amadou Toumani Touré. Le fait majoritaire n’a pas été respecté. Afin d’éviter l’impasse dans laquelle le monde politique allait se trouver, un certain nombre de partis politiques se sont alliés au candidat indépendant Amadou Toumani Touré. Pour l’occasion, ATT avait proposé un consensus.

Telle que définie par l’ex- député RPM, Boubacar Touré, « le consensus est un accord sur la gestion avec tous les acteurs ». Il est aussi, selon lui, un rassemblement et une harmonisation d’idées pour un intérêt commun, celui du bien être du pays. Ce que, d’après M. Touré, est le créneau de son parti : le bien être et le développement du Mali.

Selon le secrétaire à la communication du RPM, le consensus d’ATT n’a pas su mettre en commun des idées, ni le choix des hommes qu’il fallait pour l’exécution de la tâche. « ATT a mis un gouvernement pour mieux démarrer sa première année présidentielle sans avoir consulté les acteurs concernés », a regretté M. Touré.

En fin 2002, lors de la Déclaration de politique générale du Premier ministre Mohamed Ag Hamani, le RPM a accepté de participer au gouvernement de transition. Cela, dit-on, par fidélité à leur décision de report de voix au candidat ATT lors du second tour des élections présidentielles de 2002. Certains membres du parti ont, à l’époque, intégré le gouvernement.

Le patriote déçu

« Nous, au RPM, nous-nous attendions à une mise en commun de l’ensemble des programmes des partis qui ont décidé d’accompagner le candidat ATT lors des élections législative, nous sommes restés sur notre faim », a déploré M. Touré. C’est dans ce cadre que, Feu Kadari Bamba, député RPM avait déclaré au nom du parti : « Nous soutenons le gouvernement qui vient de présenter sa déclaration à travers son Premier ministre, mais nous n’abandonnons pas notre âme », a expliqué M. Touré avec fierté et ajouté que le parti, malgré les débuts difficiles, assistera le gouvernement.

Afin de prouver sa volonté de bien faire, le RPM, avec son président Ibrahim Boubacar Kéita, à la présidence de l’Assemblée nationale, n’hésite pas à convoquer un ministre, même s’il est du RPM. Boubacar Touré a rappelé l’interpellation de M. Nancouma Kéita alors ministre de l’Environnement. Ce dernier se rappelle de la rigueur dont a fait preuve Touré à son égard. Touré explique que : « la camaraderie s’arrête au parti, à l’Assemblée, c’est le député et le ministre », insiste t-il.

Personnalisation de l’idée

« Malheureusement beaucoup de partis ont perdu leur âme ! Certains n’ont cherché que leur intérêt matériel. », a déclaré Touré car selon lui, un parti est créé pour conquérir le pouvoir, tout doit être fait pour que les partis puissent mener à bien leur mission. « On n’a plus le droit de donner ses opinions sans être classé pro ou anti ATT.

Est-ce que plus d’une centaine de partis sont créés pour que la majorité démissionne et dire que le pouvoir appartienne à une tierce personne ? Autant passer à la nomination ! ». Boubacar Touré estime qu’il faut réanimer la démocratie, lui redonner toute sa force et sa place, rééduquer la population malienne au combat politique, à participer aux débats d’idées, d’où le respect d’une majorité qui est donnée par les citoyens et la minorité constituée par l’opposition.

Boubacar Touré pense que : « aucun ministre même sous tutelle d’un parti, n’a le droit de travailler uniquement pour l’unique intérêt de son parti. Par contre, qu’il y ait réussite ou échec, le ministre est désigné par son appartenance ».

Aminata Amadou LAH

(Stagiaire)

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Consensus et gouvernance :Le non respect du fait majoritaire

Le consensus a été une formule politique trouvée par ATT pour gouverner le pays après son élection en 2002. Dans son esprit, il s’agissait de mettre d’accord tous les partis politiques qui l’avaient soutenu lors de ce scrutin. Mais il y avait aussi la méfiance qu’il avait vis-à-vis des partis politiques qui pour lui, luttaient seulement pour le pouvoir et non pour le développement réel du pays.

Pour bien montrer qu’il n’était d’aucun bord politique dès 2002, ATT a choisi son 1er Premier ministre hors des partis politiques en la personne de Hamed Ag Hamani. Lorsque celui-ci a été limogé, il a choisi un autre Premier ministre indépendant : Ousmane Issoufi Maiga.

Il faut dire que dans un cas comme de l’autre, ATT n’a pas respecté le fait majoritaire. Or, la règle démocratique veut que le parti majoritaire à l’Assemblée nationale ou les groupes de partis majoritaires à l’Assemblée nationale fournissent le chef du gouvernement. ATT n’à que faire de cette règle.

La plupart des grandes décisions de la nation ont été prises sans consulter les partis politiques ni même les chefs des autres institutions. Quoi qu’il en soit, la pratique a démontré qu’ATT ne respectait pas beaucoup les règles du jeu démocratique. Et son pouvoir petit à petit a évolué vers la forme de « pouvoir personnel ».

Mohamed Daou

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Le consensus:Un concept ignoré par la constitution du Mali

Le consensus donne l’impression que tout va bien alors qu’au fond, les problèmes demeurent au grand dam des populations abonnées par des politiques préoccupés à « grignoter leur part dans la gestion » du pouvoir.

Selon Kader Traoré professeur de droit public à la Faculté des sciences juridique et politique (Fsjp) la Constitution malienne ne se prononce pas sur le consensus, mais elle admet que le concept peut se dégager dans la pratique de la gouvernance.

Pour le cas précis du Mali, Kader Traoré est convaincu qu’à l’initiation du consensus en 2002 par le président de la République Amadou Toumani Touré, les perspectives étaient prometteuses dans la mesure ou le concept a même permis, croit-il, d’apaiser et de calmer à l’époque l’atmosphère sur la scène politique.

Cependant, M. Traoré pense que le consensus malien s’est dénaturé au fur et à mesure à causse des hommes politiques plus préoccupés à accéder ou conserver les postes de responsabilité que de défendre les intérêts du peuple malien.

A en croire notre interlocuteur, le pouvoir qui est par nature « flou » peu difficilement se gérer dans le consensus qui est plus une manière pour les leaders politiques de « grignoter quelque chose » que de s’engager véritablement dans la conquête du pouvoir conformément à leur mission.

Parlant de l’apaisement que pourrait éventuellement susciter la gestion consensuelle du pouvoir, le professeur de droit public pense que le consensus est trompeur car faisant croire à l’opinion, notamment internationale que tout va bien alors que les populations restent confrontées à de nombreuses difficultés socioéconomiques.
« Au Mali, des problèmes persistent à tous les niveaux, et les tentions sociales risquent de dégénérer sans que les hommes politiques ne réagissent », a regretté notre interlocuteur avant de faire allusion aux problèmes de l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) et de l’école qui n’ont, d’après lui, presque jamais préoccupés les hommes politiques.
Cette inaction, au nom du consensus, contribue à accentuer ces problèmes qui peinent à trouver un dénouement définitif.

Amadou Waïgalo

Les Échos du 25 Juin 2010.