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Institué depuis quelques mois suite au Forum sur les prix des produits de première nécessité exigé par l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), le Conseil national des prix n’arrive guère à combler les attentes des Maliens dont la majorité ignore même son existence.

Cet éléphant blanc est-il la manifestation d’une connivence entre les pouvoirs publics et des partenaires nationaux pour calmer l’opinion ?

Les Maliens ne sont pas encore au bout de leurs peines en matière d’accès aux produits de première nécessité. Eux qui, malgré leur scepticisme, avaient espoir en le Conseil national des prix qui, pensaient-ils allait un tant soit peu changer leur train de vie. Aujourd’hui, plus qu’hier, c’est la désolation au sein de l’opinion tant on ne voit aucune trace de cette structure sur le terrain. A commencer par ceux qui ont exigé sa création.

Parlant de ce conseil lors d’une conférence de presse, il y a quelque temps, le secrétaire général de l’UNTM, Siaka Diakité avait affirmé : « les résultats se font attendre ». Par ces propos, M. Diakité voulait dire que ce conseil n’existe, en fait que de nom. Il reste passif alors que les produits ne prennent plus l’ascenseur, mais montent à la vitesse du son jour après jour.

La conjoncture internationale et l’argumentaire consistant à dire que le conseil est à peine installé peuvent paraître courts. Mais il est tout à fait logique que quelque chose aurait pu se faire face à la flambée des prix de certains services qui ne sont aucunement liés à la conjoncture internationale. L’on ne peut pas parler de ce dernier argument quand les blanchisseurs ou les réparateurs de moto renchérissent.

Visiblement, l’UNTM ne peut que déplorer que le Conseil s’avère inefficace. La centrale syndicale reste toujours indolente et ne prend aucune initiative contraignant les autorités à de véritables dispositions pour atténuer les coûts des produits.

Si l’option du Conseil national des prix ne marche pas, pourquoi l’UNTM ne peut pas pousser les pouvoirs publics vers d’autres alternatives ? Or c’est sa crédibilité et sa capacité de décision qui sont en jeu en cette période des plus difficiles.

L’une des missions du Conseil national des prix est l’affichage et l’étiquetage des prix sur le marché. Où en sommes-nous aujourd’hui quand on sait que des commerçants spéculent librement sans crainte des représailles de qui que ce soit.

Complicité ?

La fixation de prix plafonds conjoncturels par produit et par localité, pour les opérateurs économiques qui ont bénéficié d’exonérations de droits et taxes sur l’importation des produits de première nécessité, reste toujours en souffrance.

Malgré ces exonérations, les prix flambent sur le marché dans l’indifférence du Conseil.

Peut-être qu’il se réfugie derrière le président de la République qui le 8 juin dernier, en réponse à un confrère et à toute la nation sur la spéculation du prix du riz (375 à 475 F CFA) avait sèchement affirmé que le stock de riz issu des exonérations était écoulé. Pour l’application des autres mesures à laquelle le Conseil national des prix devait s’atteler, c’est toujours le silence radio.

C’est pourquoi, des citoyens n’hésitent pas à qualifier ce conseil d’entourloupe pour davantage renforcer le martyre des consommateurs.

D’ailleurs sa composition peut entretenir le doute en ce sens que le bureau est composé de personnes ressources œuvrant dans le secteur depuis belle lurette. Si ceux-ci n’ont pas pu répondre efficacement à la montée des prix jusqu’à son seuil tolérable, il est à se demander s’ils pourront faire quelque chose maintenant.

Composé de 21 membres, le Conseil est présidé par une conseillère technique du ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce en la personne de Mme Sissouma Aïda Koné. Il comprend sept membres de l’administration et 14 autres postes repartis entre la société civile et le secteur privé. Les structures représentées sont la douane, les impôts, la police, la direction nationale de la statistique et de l’informatique, la CCIM.

Il compte également dans ses rangs les principaux opérateurs économiques importateurs du riz de la place : Bakorè Sylla, PDG de GGB (Grand grenier du bonheur) et Modibo Kéita, PDG de GDCM (Grand distributeur céréalier au Mali).

La mise en place de ce conseil correspond aux recommandations du Forum national sur les prix des produits de première nécessité, qui s’est tenu en décembre dernier. La structure est un instrument institutionnel de suivi et d’évaluation de la politique nationale du prix. Mais pour quel effet ?


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

27 Juin 2008