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Un rapport confidentiel du groupe d’experts des Nations unies sur la Côte d’Ivoire établit une connexion entre les pro-Gbagbo, les jihadistes d’Ançar Eddine et l’ex-junte militaire malienne dirigée par le capitaine Sanogo. Connexion visant à déstabiliser la Côte d’Ivoire. Une information accueillie avec réserve par la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci).

Le contenu du rapport pour le moins explosif a été rendu public par RFI samedi dernier. Le document de 26 pages couvrant la période d’avril à septembre 2012 doit très prochainement faire objet d’un débat au Conseil de sécurité de l’ONU.

Le document, selon RFI, révèle que « le 12 juillet dernier, une réunion s’est tenue à Takoradi, au Ghana, où trois groupes d’exilés – composés, chacun, de militaires et de civils – ont décidé d’unir leurs forces et de définir ensemble une stratégie pour reprendre le pouvoir à Abidjan. Ainsi (sans que cela soit exhaustif), l’ex-directeur du Port d’Abidjan, Marcel Gossio, le pasteur Moïse Koré, Charles Blé Goudé, Justin Koné Katinan ou encore la seconde épouse de Laurent Gbagbo, Nady Bamba, soutiendraient politiquement et financièrement les opérations armées menées depuis le Ghana et le Liberia »…

Plus étonnant encore, toujours selon ce rapport, une connexion a été établie ces derniers mois entre ces exilés ivoiriens et la junte malienne, mais aussi avec les jihadistes d’Ançar Eddine. L’objectif des militaires et des islamistes maliens étant de compromettre, à tout prix, les actions de la Cédéao et de son président en exercice, afin de stabiliser le Mali.

Selon les informations des experts des Nations unies, fin juin 2012 s’est tenue, dans un camp militaire de Bamako, une réunion entre cinq membres de la junte malienne – dont le capitaine Sanogo – et deux envoyés de Damana Pickass – un leader de la galaxie patriotique ivoirienne aujourd’hui réfugié au Ghana…

Durant cette rencontre, les militaires maliens auraient souligné à leurs deux visiteurs – le lieutenant Diby, plus connu sous le nom de « Sandokan », et un certain M. Fofana – leur intérêt à soutenir des opérations de déstabilisation qui compromettraient les efforts de la Cédéao et de son président en exercice – en l’occurrence, le président ivoirien Alassane Ouattara…

Plus surprenant encore, ces deux Ivoiriens ont, selon les enquêteurs de l’ONU, rencontré un représentant des islamistes d’Ançar Eddine à la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Objet de la discussion : la mise en œuvre d’une possible coopération future – notamment via la mobilisation de mercenaires – en vue de menacer la paix et la sécurité dans la sous-région. A ce sujet, des SMS interceptés en août – trois jours après l’attaque du camp d’Akouedo – sont « éloquents ».

Dérobade

Joint par nos confrères (KOACI), la porte parole de l’Onuci, Mme Sylvie van den Wildenberg tente maladroitement de démentir : « Attention il y a ONU et experts indépendants. Il faut bien faire la distinction entre l’ONU et des experts indépendants chargés de rapporter au Conseil de sécurité, dans le cas présent à aucun moment il ne s’agit d’experts de l’ONU comme rapporté dans la presse ».

En clair, à en croire, le porte-parole de l’Onuci, le rapport conflictuel a été établi non par les « experts de l’ONU », mais plutôt par des « experts indépendants de l’ONU ». Un rapport, en tout état de cause, commandé par l’institution onusienne. On voit mal la différence.

On retiendra surtout que le document a été rendu public au moment où le débat d’une intervention militaire au Mali fait rage à l’ONU. La France, sous l’impulsion de son président François Hollande, s’apprête en effet à déposer une résolution pour « préparer le terrain à une intervention militaire au Mali ».

M. Hollande n’a pas caché son optimisme lors d’une conférence de presse vendredi dernier. « Il y a des pays qui peuvent être réticents, mais ils ne sont pas ceux qui vont au Conseil de sécurité faire obstacle puisque nul ne fera obstacle », déclarait-il en substance. Et de souhaiter « qu’il puisse y avoir une résolution au Conseil de sécurité, et ensuite une intervention qui puisse être réussie, mais qui doit être menée, organisée par la Cédéao et l’Union africaine ».

En clair, le rapport produit par les experts de l’ONU révélant la connexion entre jihadistes, pro-Gbagbo et militaires maliens ne manque pas de relents. La coïncidence ne serait pas du fait du hasard. « Préparer le terrain à une intervention militaire au Mali », avait annoncé le président Hollande.

B. S. Diarra

Les Echos du 9 Octobre 2012