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Le monde entier vit, depuis quelques temps, une conjoncture économique assez difficile liée à une inflation galopante que rien ne permet de croire, en l’état actuel des choses, qu’elle sera maîtrisée. La situation est particulièrement difficile pour l’Afrique où les économies nationales sont fragiles et exposées aux aléas de facteurs structurels.

En Occident, le dollar, référence mondiale, est en chute libre, malmené par la hausse et le renchérissement des prix des hydrocarbures et d’autres matières premières. La récession est telle qu’en France, mais aussi ailleurs, Nicolas Sarkozy s’était présenté comme le candidat du pouvoir d’achat qu’une fois élu, il ne parviendra pas à relever.

En Afrique, cela s’est traduit par la flambée des prix de tous les produits, phénomène assez notable en ce qui concerne les denrées de première nécessité, qui intéressent en premier lieu le citoyen moyen. Le constat est qu’aujourd’hui le pouvoir d’achat des Africains, qui était déjà à mal, compte tenu de la faiblesse des revenus sur le continent s’est effondré. Donnant lieu à certains mécontentements populaires.

Dans certains pays, cette grogne a été récupérée par la classe politique décidée d’en faire une arme de déstabilisation. Il s’agit de pays dans lesquels l’opposition ne semble pas pouvoir se prévaloir d’autres arguments pour faire vaciller le pouvoir en place. A titre d’exemples, on peut citer le Niger, le Cameroun, le Burkina Faso, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Ces pays ont vécu des manifestations populaires récupérées et drivées par une opposition en manque d’argumentaire.

Au Mali, qui connaît les mêmes problèmes liés à une inflation rampante, si le malaise existe et persiste, il ne s’est pas encore traduit par des manifestations de rues. Les populations, les associations de défense, les syndicats et les autres organisations de la société civile ont sans doute perçu la volonté des autorités de juguler le phénomène et d’atténuer ses conséquences. D’importantes mesures ont été prises et communiquées par le gouvernement.

En premier lieu, l’augmentation des salaires. Mais également, le plafonnement des prix rendu nécessaire par l’incivisme et la cupidité de certains opérateurs économiques qui ont cru judicieux d’augmenter le prix des produits concomitamment à l’amélioration des revenus des travailleurs. En décidant d’étendre les mesures d’exonérations des droits de douanes sur l’importation de certains produits à tous les opérateurs économiques intéressés, l’Etat veut contenir les prix et éviter la surenchère. Pour le moment, cela lui réussit. En effet, à l’heure actuelle, sans occulter une certaine augmentation des prix de certains produits de première nécessité, les Maliens sont surtout confrontés à des problèmes de « vouloir d’achat » que ne peuvent solutionner leur pouvoir d’achat. Cela doit-il pourtant aboutir à des frustrations ?

Une certaine frange de la classe politique le pense et est décidée à faire de cette légère insatisfaction une illégitimité. Exaspérée, en effet, de voir la population subir sans mouvements de colère la récession, l’opposition entend se saisir de cette situation pour créer une grogne généralisée. « La cherté de la vie, la hausse des prix, la rareté des produits » sont sans cesse invoqués dans des réunions politiques, des articles de presse, des discours circonstanciels, etc. Comme si cela ne suffisait pas, elle a décidé de monter d’autres chevaux de bataille.

La recrudescence des troubles dans le nord malien et la crise scolaire, deux problèmes récurrents depuis des années, sont tout trouvés pour mettre la pression sur un gouvernement dont certains ministres, il est vrai, tardent à trouver leurs marques. Ce qu’on aurait tort d’occulter, c’est que ces deux questions pourraient trouver des solutions sinon définitives du moins durables si une certaine frange de la classe politique se décidait à ne pas s’abaisser dans la récupération et la démagogie.

Demander aux forces armées et de sécurité d’évacuer le nord malien dont la région de Kidal est une composante du territoire national, ne procède ni plus, ni moins que de la volonté de certains jusqu’au-boutistes à consacrer une partition de fait. Aussi, la collusion entre les bandits armés et certains responsables politiques ne vise pas autre qu’à déstabiliser le pays. Comme cela a été le cas au début des années 1990, quand malgré les accords signés entre la rébellion et le gouvernement, les auteurs de vols, viols et attaques à main armée d’origine touarègue ont été considérés comme « démocrates en armes » par les dirigeants du « Mouvement démocratique » qui avaient trouvé là une aide inespérée et opportune pour faire vaciller l’ancien régime.

Depuis, le peuple averti a compris que ce n’étaient là que des manœuvres pour atteindre des intérêts personnels et individuels.

Les principaux maux du système scolaire remonte à la même époque. Les mêmes dirigeants du même « Mouvement démocratique » avaient fait croire aux élèves et étudiants qu’ils pouvaient décrocher la lune sous un nouveau régime et qu’il fallait juste contribuer à renverser Moussa Traoré. Les scolaires n’ont pas tardé à déchanter. Quelques mois seulement après l’installation des nouveaux maîtres du pays, il leur a été signifié que leurs revendications étaient démagogiques et que le pays n’avait jamais eu les moyens de satisfaire à toutes leurs doléances, que celles-ci étaient du bidon. Quand les élèves et étudiants, excédés, sont descendus dans la rue, ils ont été sauvagement matés.

L’opposition, dans ses velléités de déstabilisation, pourrait faire, si ce n’est déjà fait, une connexion avec une autre entité dont beaucoup se demandent encore les motivations et surtout l’utilité. Il s’agit de la centrale syndicale, UNTM. Son secrétaire général a récemment animé un point presse au cours duquel il a lancé des flèches vers le gouvernement actuel par rapport, non seulement, à ces deux questions mais aussi au protocole d’accord signé le 18 juillet dernier entre sa centrale, le patronat et le gouvernement.

Mauvaise foi ou ignorance, le secrétaire général de l’UNTM a semblé ne plus maîtriser le dossier, notamment en ce qui concerne l’exécution des différents points inscrits à cet accord. Par contre, il n’a pas manqué de tomber dans le chantage en brandissant l’arme des manifestations populaires comme à « Ouaga et Yaoundé ».

Le syndicaliste ignore, sur ce point également, que dans tous les pays où la rue s’est manifestés, elle l’a fait spontanément d’abord, excédée contre les pouvoirs publics, avant d’être récupérée par les syndicats (par exemple au Cameroun) et les partis politiques de l’opposition.

Au Mali, tout laisse à croire que les syndicalistes veulent inverser la tendance, c’est-à-dire impulser un mouvement d’humeur populaire. Si ce n’est de la manipulation, sous d’autres cieux, ce serait incitation aux troubles à l’ordre public.

Cheick Tandina

03 Avril 2008.