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L’Union pour la République et la Démocratie (URD) tiendra, ce week-end, son congrès extraordinaire. Au cours de ces assises, il sera certainement question de procéder à un changement à la tête du parti, en trouvant un successeur à Younoussi Touré jugé “amorphe”.

Pour faire donc bouger les choses, surtout à quelques encablures des Communales, il faudrait un homme du sérail. Sans compter que le parti nourrit de grandes ambitions pour 2012.
Faudrait-il prendre le 1er vice-président, Abdoul Wahab Berthé; qui s’occupait du parti, même si, depuis sa nomination au poste de ministre, il a décidé de rester dans l’ombre? Ou faudrait-il confier les destinées du parti à Oumar Ibrahim Touré, ministre de la Santé, et non moins 2e vice-président de l’URD qui ne cesse de s’agiter ?

D’après des militants de l’intérieur, Younoussi Touré reste un président fortement méconnu du peuple URD. Lorsque Oumar Ibrahim Touré l’a constaté, il a tout de suite cru légitime, pour lui, de tenter de faire basculer les choses en sa faveur. Parce qu’il pense que ses actions sur le terrain contribuent à redorer le blason du parti, tant physiquement que financièrement. Et le congrès qui arrive est l’occasion de se trouver une place au soleil.


La carte Oumar I. Touré ?

En se déclarant candidat à la présidence du parti, Oumar Ibrahim Touré ne devait pas, en principe, s’attendre à une levée de boucliers aussi prompte de Soumaïla Cissé. Car son acte relèverait plus d’une stratégie que d’un affrontement frontal avec Soumaïla Cissé.

D’ailleurs, il a dû confier à certains que ses propos ont dépassé sa pensée, et qu’il ne briguera pas la présidence de l’URD. A croire qu’il s’estime satisfait, après avoir atteint un double objectif.

Primo : briser un mythe à l’URD en démontrer que son parti n’est pas serein.

Secundo : prouver que Soumi n’est pas intouchable. Ce que Soumaïla lui-même ne peut nier, depuis qu’il est arrivé dare-dare à Bamako, à la suite de déclaration de Oumar I. Touré.

C’est qu’en fait, pour un Soumaïla Cissé, ce n’était pas une simple candidature. Oumar Ibrahim Touré, en tant que président de l’URD, éloignerait Soumaïla de son rêve : celui de devenir Président de la République en 2012.

En effet, que le ministre de la Santé, et non moins 2e vice-président de l’URD, se hisse à la tête du parti, cela arrangerait-il son fondateur Soumaïla Cissé, qui entend monter à Koulouba en 2012?

En fait, les deux frères (Soumaïla Cissé et Oumar I. Touré) sont tous deux originaires des régions Nord du Mali. Alors, avec Oumar Ibrahim Touré, président de l’URD, et Soumaïla Cissé, candidat URD à l’élection présidentielle de 2012, cela risque ; fort malheureusement, de bousculer les convenances au Mali.

En plus, Soumaïla Cissé et Oumar Ibrahim Touré n’ont pas les mêmes agendas. La meilleure chose que peut donc faire ce dernier est de se battre et bien se positionner au sein du parti, en vue de conforter sa position dans le gouvernement.

Puisqu’il peut atteindre cet objectif sans être à la tête du parti, pourquoi Oumar Ibrahim veut-il coûte que coûte briguer la présidence de l’URD? Pourquoi veut-il aussi devenir président du parti et tout de suite? Soumi craint-il que son frère Oumar, une fois président de l’URD, ne le double, en jouant pour un autre candidat? Mais qui donc? Il s’avère trop tôt de le savoir.

Néanmoins, de l’avis de certains observateurs, et au delà d’être taxé de parti régionaliste, Oumar Ibrahim pourrait constituer un obstacle à l’ambition de Soumaïla. Or, Soumaïla et ses conseillers politiques veulent surtout donner à l’URD un contenu et un sens pour son image de parti rassembleur.

En effet, de part les adhésions massives qu’elle enregistre, l’URD doit se donner une forte dimension nationale en vue de pouvoir ratisser large, lors des élections futures, à commencer par les municipales de 2009 avant les élections présidentielle et législatives de 2012. Dans ce cas, l’URD a-t-elle besoin d’être taxée de “parti régionaliste” ou “éthniciste” ?

Ou celle de Me Abdoul Wahab Berthé ?

C’est pourquoi à l’URD, des voix commencent à s’élever pour réclamer la conformité avec les convenances au Mali, et pour ne pas créer une sorte de psychose dans la tête des électeurs, relative à la voie dans laquelle le parti, une fois au pouvoir, entraînera le bateau Mali.

Il faudrait donc, à la tête de l’URD, un président susceptible de faire l’unanimité. Ce président peut-il être Me Abdoul Wahab Berthé, l’actuel 1er vice-président de l’URD?

A l’URD, une telle carte ne paraît pas surprenante, car ce choix, dit-on, se justifierait dans la mesure où l’homme est déjà réputé être un grand rassembleur au sein du parti, puisqu’on dit que c’est lui qui s’occupe du parti depuis le départ de Soumaïla à Ouaga.

C’est dire donc qu’il a la légitimité avec lui. Et si, au sortir du congrès, le peuple URD le portait à la tête du parti, ce serait la reconnaissance d’un travail bien fait. Aussi, Abdoul Wahab à la tête de l’URD, ce serait également une mauvaise nouvelle pour les autres partis qui sont aussi dans une logique de conquête du pouvoir en 2012.

Ces partis pourraient bien avoir des difficultés pour contrer le duo Abdoul Wahab-Soumaïla Cissé. Puisque c’est la meilleure combinaison politique qui tient compte des réalités sociologiques du pays. Inutile donc de dire que face à une telle perspective, l’ADEMA éprouverait déjà une peur bleue, car face à Soumi, il va lui falloir réfléchir mille fois pour se trouver un candidat de poids.

Mais attention, Oumar Ibrahim veut de nouveau, “rebondir“, malgré ses assurances données, après ses différents tête-à-tête avec Soumaïla à Ouaga et à Bamako.

Qui donc, de Oumar Ibrahim Touré qui anime l’aile des démissionnaires de l’ADEMA pour fonder l’URD, ou de Abdoul Wahab Berthé qui représente celle des nouveaux adhérents au parti, suite à des fusions ou démissions, aura les faveurs des congressistes pour remplacer Younoussi Touré ?

A défaut, faudrait-il s’attendre à voir surgir un troisième larron?

Oumar SIDIBE

23 avril 2008.