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Le 4 mars 2012, de gigantesques explosions dans un dépôt d’armes et de munitions d’une caserne militaire dévastaient le quartier Mpila, à Brazzaville. Dix ans après, la plupart des quelque 17.000 sinistrés recherchent toujours un logement digne.

Dans une ruelle de Mpila, débouchant sur un ruisseau qui se jette en contrebas dans le fleuve Congo, se trouve la maison de Paul Lando.

Soufflée par les explosions, cette bâtisse de sept pièces attend toujours d’être reconstruite. Tout le toit a été emporté. Sur un pan de mur lézardé, les cornes d’un buffle demeurent accrochées.

Père d’une famille nombreuse, Paul Lando, la soixantaine, a érigé un hangar, fait essentiellement de tôles, tout près de la maison envahie de mauvaises herbes.

« Mon hangar suinte de partout quand il pleut. Quand il y a un grand soleil, la chaleur est insupportable. C’est dans ces conditions que je vis depuis dix ans, dans l’indifférence totale des autorités », se désole M. Lando auprès de l’AFP.

« Mais je reste et je resterai toujours ici pour ne pas trahir la mémoire de mon père qui m’avait laissé cette parcelle », explique cet ouvrier et pêcheur, « ce dont j’ai besoin, c’est la reconstruction de ma maison. C’est tout ».

Ces derniers mois, M. Lando et ses voisins ont bravé la police en battant le pavé pour revendiquer des réparations.

– Tsunami –

« Quand vous voyez nos maisons, c’est comme si un tsunami était passé par là il y a quelques jours, alors qu’elles sont dans cet état depuis une décennie », déplore lui aussi Anaclet Mouango, 50 ans, assureur de formation.

« C’est un désastre. Les gens continuent de vivre dans la précarité, à la belle étoile », affirme pour sa part Raymond Mpassi, un autre sinistré.

Les explosions du 4 mars 2012 ont fait au moins 282 morts, plus de 2.300 blessés dont 114 invalides, plus de 25.000 déplacés dont 17.000 sans abri. Au moins 22.000 élèves avaient dû changer d’école à la suite de la destruction de leurs établissements.

A l’époque, des ONG avaient affirmé que le nombre de morts était sous-estimé.

En septembre 2013, six militaires ont été condamnés pour « incendie volontaire et atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat ».

Mais ces ONG auraient voulu un procès de l’Etat, qu’elles accusent d’avoir laissé les populations s’installer autour d’une caserne contenant des armes dangereuses, dont la nature n’a d’ailleurs jamais été révélée.

« C’est désolant de constater qu’au lieu d’un procès contre l’Etat pour négligence, homicides involontaires et destruction de biens, il y ait eu finalement un procès politisé », en forme de règlement de comptes entre caciques du pouvoir, dénonce Roch Euloge Nzobo, défenseur des droits de l’Homme.

– Nouvelles casernes –

Le coût de la reconstruction du quartier est officiellement estimé à 233 milliards de FCFA (plus de 355 millions d’euros). En 2021, l’Etat a payé un acompte d’un milliard de FCFA à un millier de sinistrés et compte verser un autre acompte de six milliards en 2022.

« Nous avons demandé au gouvernement » de solliciter des fonds « auprès des partenaires internationaux » pour indemniser les sinistrés et calmer leur colère, indique Bruno Ossété, président du « Collectif des bâtis de Mpila » qui représente les sinistrés.

Après les explosions, l’Etat a proposé aux sinistrés sans abri de s’installer provisoirement sur un site de 1.000 logements construits à Kintélé, à 25 km au nord de Brazzaville, en attendant des solutions définitives.

Mais ceux qui y habitent se plaignent de leurs conditions de vie, de l’éloignement du centre de la capitale où les gens vont travailler et s’approvisionner. « Aller faire les courses à Brazzaville n’est pas chose facile, le transport coûte cher », témoigne Monique, une mère de famille.

L’épicentre des explosions et les zones d’habitation ont été déminés après le drame, avec l’aide des Nations unies.

Sur le site de l’explosion a été érigé un bâtiment flambant neuf, la mairie du 6e arrondissement de Brazzaville, dans la cour de laquelle flotte le drapeau vert-jaune-rouge du Congo. Aux alentours, des logements sociaux sont également sortis de terre mais restent inoccupés, pour une raison inexpliquée.

L’Etat a également construit de nouvelles casernes, cette fois à la périphérie de la ville.

Source: AFP