Partager


Après les évenements douloureux survenus entre populations de Siradiouba et Dalagouè (Mali) et leurs voisins de Niani et Dalakan (Guinée), les autorités maliennes et guinéennes sont enfin sorties de leurs réserves.

Ce sont « Les Echos » le premier (voir le n°2924 du 17 juillet et 2932 du 31 juillet) qui a levé le lièvre en se rendant sur le terrain à la frontière Mali-Guinée par deux fois en 3e région.

Là-bas, les populations de Siradiouba et de Dalagouè sont opposées respectivement à leurs voisins guinéens de Dalakan et Niani. Ces conflits fonciers frontaliers entre ces villages voisins et bien d’autres des deux pays se sont toujours soldés par la perte en vies humaines et des biens matériels ou du bétail emportés par les assaillants.

Les conflits, qui touchent presque toute la bande de la frontière Mali-Guinée en 3e région, ont atteint leur paroxysme en juillet dernier quand les affrontements ont causé la mort dans les villages maliens de Dalagouè et Siradiouba.

A Siradiouba, les paysans n’ont pas cultivé leurs champs de peur de se voir tués comme des lapins. Le chef de village de Siradiouba, Seydou Sidibé, n’en pouvant plus, avait même rallié Bamako afin de rencontrer personnellement le président de la République pour qu’il prenne la décision qui s’impose, c’est-à-dire l’installation d’un camp militaire.

Nos autorités, qui sont restées sourdes comme s’il n’existait pas de contentieux entre nos deux pays, sont enfin sorties de leur réserve en organisant une rencontre samedi 4 août dernier à Selingué afin de trouver une solution durable au conflit.

Preuve qu’elles reconaissent maintenant l’existence d’un contentieux entre le Mali et la Guinée. Seulement, il est à regretter que nos Etats ne s’occupent de leurs contentieux frontaliers que lorsque les affrontements entre populations font des dizaines de morts.

Toujours est-il que les ministres maliens de l’Administration territoriale et des Collectivités locales ; de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, général de division Kafougouna Koné et général de brigade Sadio Gassama ont discuté avec leur homologue guinéen chargé de l’Intérieur et de la Sécurité Dr. Mamadou Beau Kéita.

L’ordre du jour a occulté l’essentiel, car le communiqué final était laconique et passait par perte et profit les morts et les destructions de biens.


En attendant la matérialisation

Maliens et Guinéens ont décidé de relancer les rencontres périodiques. Ces rencontres auront désormais lieu une fois l’an pour les ministres chargés des questions frontalières, une fois par semestre entre les gouverneurs des régions frontalières et une fois par trimestre entre les préfets frontaliers.

Mais, en dehors de ces périodicités, les deux parties ont convenu de rencontres ponctuelles à chaque fois que le besoin se fait sentir, note le communiqué à l’issue des échanges. Ainsi, dès ce 15 août, le gouverneur de la région de Sikasso rencontrera son homologue de Kankan à Balandougou en République de Guinée.

S’agissant de la matérialisation des frontières, les deux délégations ont décidé de la relance des travaux de la commission mixte de matérialisation de la frontière. En effet, tout porte à croire que cette commission mixte de matérialiation de la frontière battait de l’aile puisque sa dernière réunion remonte au 23 avril 2003.

La commission devra se rendre à Dakar et aussi dans l’Hexagone afin de fouiller les archives du colonisateur pour mieux définir les frontières.

C’est dire que cette matérialisation de la frontière, susceptible de mettre fin aux hostilités entre voisins maliens et guinéens, n’est pas pour demain.

Et en attendant, un accent particulier a été mis sur la relance du protocole d’accord de coopération en matière de sécurité, notamment l’organisation de patrouilles mixtes le long de la frontière en vue de combattre la criminalité et la délinquance transfrontalières.

Depuis des décennies les populations des villages partageant la frontière entre les deux Etats en 3e région ne connaissent pas la paix à cause de conflits fonciers frontaliers récurrents.

Denis Koné

15 août 2007.