Partager


Là où la justice a échoué dans la résolution des conflits entre éleveurs transhumants et agriculteurs sédentaires, Helvetas est en passe de réussir. Dans 7 communes (78 villages) du cercle de Kita le cadre de concertation, à travers le projet Progesco, fait ce qu’il peut dans la résolution des différends. Le président de Helvetas en visite dans la zone l’a constaté jeudi dernier.

Mieux vaut voir une fois que d’entendre cent fois. C’est à cet exercice que le président de Helvetas, Peter Arbenz, s’est livré jeudi dernier. En compagnie du directeur national adjoint de Helvetas-Mali, M. Arbenz s’est rendu à Kassaro et N’Ganou dans le cercle de Kita pour voir les réalisations de son ONG.

Depuis 1986, Helvetas est présente dans le cercle de Kita à travers différents programmes. A partir de 2004, le Programme gestion des conflits (Progesco) a été institué. Le Progesco est un programme qui a vu le jour pour gérer les conflits entre éleveurs transhumants et agriculteurs d’une part et, d’autre part, pour s’occuper de la gestion des conflits et de la gouvernance locale. Le programme intervient dans 2 zones : le Fuladugu, composé de 4 communes (46 villages), et le Birgo qui regroupe 3 communes (32 villages).

Les transhumants de la ceinture sahélienne de notre pays sont des éleveurs, principalement des Peuls. Au cours de ces dernières années, des conflits ont éclaté entre agriculteurs et éleveurs, de même qu’entre divers groupes d’éleveurs. Les causes de ces conflits sont multiples.

La mise en culture a empiété sur les terres pastorales, y compris les pâturages et les couloirs de transhumance. En conséquence, les éleveurs voyaient leurs itinéraires occupés par des champs lorsqu’ils emmènent leurs animaux vers des pâturages de saison sèche et humide et hors de ceux-ci, tandis que les cultures sont endommagées par le passage des troupeaux. L’incapacité de la législation foncière actuelle à concilier l’utilisation pastorale et agricole des terres se trouve au cœur du problème.

De plus, la rareté de l’eau en saison sèche constitue un problème dans certaines parties. Les éleveurs et les agriculteurs font la course pour accéder aux rares points d’eau. Des représailles étaient alors organisées contre les voisins soupçonnés ou les éleveurs transhumants.

Dans la plupart des cas, les sédentaires agriculteurs et les transhumants se servaient des armes pour régler leurs comptes. C’était en quelque sorte la raison du plus fort. « Quand nos champs étaient endommagés, on n’hésitait pas à faire usage de nos armes ». Les fautifs, qui se faisaient prendre, étaient tout simplement jugés par un tribunal et le plus souvent les verdicts liés aux conflits entre éleveurs et agriculteurs étaient contestés.

Le retour de l’entente par le dialogue

Devant la gravité de ces conflits agriculteurs/éleveurs qui ont occasionné des dizaines de morts, le Progesco a sonné l’alerte. Sachant que les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont difficiles à résoudre, en raison de l’importance des différences culturelles, Helvetas à travers le Progesco a créé le cadre de concertation pour gérer les conflits entre transhumants et agriculteurs. Cette structure qui regroupe de personnes ressources de part et d’autres des communautés depuis quelques années a fait tache d’huile sur ce plan.

Autour de M. Arbenz et de sa suite, les acteurs du cadre de concertation, les élus locaux ont témoigné des acquis du Progesco. Il a été certifié que le cadre de concertation est en train de réussir ce que la justice n’a pu obtenir. 80 % des conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles ont été gérés pacifiquement. « Autrefois, en dépit des décisions de la justice, les attaques contre les transhumants se poursuivaient.

Mais, le cadre de concertation a su, à travers Progesco et différentes formation et sensibilisation, véhiculer le message aux communautés par un dialogue franc », a témoigné Maneh Diakité, enseignant retraité, résident à Kassaro.

Pour Seydou Diakité, l’arrivée du Progesco a favorisé une entente entre transhumants et sédentaires. « Avec le Progesco, nous avons compris qu’on a des droits mais aussi des devoirs. Avant, il était impossible de nouer une relation avec les Peuls transhumants, mais aujourd’hui, cette approche est de plus en plus à l’ordre du jour », a ajouté Ibrahima Djibril Sow. Et aux femmes d’ajouter que le Progesco leur a permis de s’impliquer dans les prises de décision.

Peter Arbenz a constaté que l’alphabétisation, les questions d’eau potable sont des domaines que sa structure soutient. La visite de deux mini-barrages à N’Ganou est un signal fort de l’intervention de Helvetas dans ce village. Comme à Bougouni, les deux ouvrages ont accru la production céréalière avec de très grandes surfaces de riz.

Avec l’apport de Helvetas, un comité de veille contre la coupe de bois de vênes dans la forêt classée existe. Visiblement satisfait, le président de Helvetas a réaffirmé que sa structure interviendra aussi longtemps que possible dans le cercle.

Amadou Sidibé

10 Septembre 2008