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Au mois de juillet dernier, un violent conflit a opposé les populations et les orpailleurs de la petite localité de Kobada, cercle de Kangaba à la société ministère Afriacan Gold Groupe Mali Sarl (AGG). A l’origine un différend sur l’exploitation des sites d’orpaillages qui empiéteraient sur le domaine couvert par les permis détenus par la société minière. Des concertations engagées entre les deux parties sous l’égide du ministère de l’Industrie, des mines et du commerce sont en passe d’aboutir à un compromis devant permettre une délimitation des sites de la société et ceux d’orpaillage et par conséquent la reprise des activités au grand bonheur des populations de la zone.

Le Mandé était sur le point d’entrer en ébullition ces derniers temps. Cela, à la faveur d’un conflit entre la société minière AGG et les exploitants des sites d’orpaillage de Kobaba, un des hameaux d’agriculture et d’orpaillage du village de Samaya, commune rurale de Nouga, cercle de Kangaba, région de Koukikoro. Le village de Samaya et son hameau Kobada, situé à 140 km de Bamako et 37 km de Kangaba ont existé depuis les temps anciens car ayant accueilli Samory Touré lorsqu’il allait à la conquête de Sikasso. Ces zones disposent d’énormes potentialités aurifères et les sociétés minières s’y bousculent à la conquête de ce métal précieux au grand dam des populations locales et même des saisonniers qui tirent un profit de l’orpaillage.

Les conflits sont donc monnaie courante entre les sociétés minières et les orpailleurs car exerçant sur le même terroir. Celui qui a opposé le mois dernier les populations à l’AGG a été très violent car des gendarmes déployés par la société n’ont pas hésité à mater avec la dernière énergie les populations locales et ont même agressé les chefs coutumiers et élus locaux. Les deux parties se regardaient depuis lors en chien de faïence. Les populations, qui contestent la validité même des permis de recherche et d’exploitation délivrés par l’Etat à AGG, ont exigé le départ de celle-ci du Mandé.

Pour parvenir à un compromis, le ministre de l’Industrie, des mines et du commerce, Me Ahmadou Touré a rencontré les deux parties le mardi 7 août dernier. Il a mis dans la balance ses pouvoirs de tutelle pour les amener à s’entendre. En effet, après la confrontation, la société AGG et les populations étaient à couteaux tirés. Celles-ci avaient envoyé à la rencontre du ministre une délégation conduite par le président du Conseil de cercle de Kangaba, Boubacar Kéïta, avec trois points clés : le départ des gendarmes de la zone, la possibilité pour les orpailleurs de travailler tranquillement et la mise en garde de tous les détenteurs de permis dans le Mandé de laisser les populations tranquilles.

Les conclusions de la rencontre avec le ministre ont été restituées le jeudi 9 août dernier aux populations des villages environnants par le président du Conseil de cercle de Kangaba Boubacar Kéïta et Tahirou Diawara, conseiller municipal à la mairie de Nouga.

Les représentants de tous les villages concernés ainsi que les orpailleurs étaient venus nombreux à cette réunion. Pour les populations de Kangaba, la société AGG est venue s’installer clandestinement à Kobada courant 2006 sans permis de recherche car son 1er permis de recherche daterait du 11 Avril 2008, pour une durée de trois ans renouvelable. Aux dires de Tahirou Diawara, ce permis qui est soumis aux obligations de la convention d’établissement entre la République du Mali et la société AGG et aux obligations de la loi minière en vigueur , serait contraire à la loi. Car le permis de la société AGG sur Kobada expire le 11 Avril 2011 au regard de l’article 3 de la loi minière.

Des populations ont attaqué alors ce permis devant la justice. Une audience a eu lieu le 31 mai 2012 donnant raison à l’AGG mais les populations ont interjeté appel à la cour d’appel. « La justice de Kangaba a trainé les pieds pour l’envoi du dossier d’appel et donne à AGG la décision d’exécution de l’acte du verdict. Pire le dossier est envoyé plus tard sans la lettre d’appel et l’appel est devenu par la suite sans objet. Dans l’euphorie, la société renouvelle ses permis après le jugement pour se mettre en règle par l’arrêté N°2012-1683 MCMI-SG du 22 Juin 2012. En application de la décision de justice, AGG fait débarquer plus de 400 gendarmes sur le site d’orpaillage de Kobada qui chassent les 20 000 orpailleurs et commettent de nombreuses exactions sur les populations » explique M. Diawara.

L’arrêt des activités a permis de refroidir les ardeurs. La délégation de Kangaba conduite par le président du Conseil de cercle Boubacar Kéïta et Tahirou Diawara, conseiller municipal à la mairie de Nouga a alors rencontré le ministre après plusieurs tentatives. Ces émissaires ont expliqué aux populations le compromis trouvé entre les deux parties sous l’égide du ministère de tutelle. Sur la base de cet accord, les émissaires des deux parties se sont retrouvés le samedi 11 août sur le site minier pour délimiter les zones d’intervention de chacune d’elle, une opération qui sera suivie bientôt de la reprise des activités de part et d’autre.

Youssouf CAMARA

13 Août 2012