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« Il n’y a pas de réfugiés maliens au Burkina Faso ». Le président de la République fait cette déclaration après avoir précipité son ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale auprès de son collègue Burkinabé. Mais, le président ne semble pas mieux informé qu’avant la visite de son ministre.

ATT refuse-t-il de voir l’évidence ? 24 Heures après la conférence de presse d’ATT, France 24 revient avec un reportage qui est sans ambages. Il y a bel et bien des réfugiés touareg au stade de Ouagadougou, qui ont fui les combats meurtriers que se livrent l’armée et la rébellion au nord Mali.

Il y a des questions, des réalités et faits sociaux qu’on ne peut guère cacher au monde. La question des réfugiés est de ces réalités. Elle dépasse vite les frontières, comme les populations civiles fuient les champs de combats quand ce ne sont pas elles qui ont décidé de prendre les armes pour s’entretuer dans le cadre d’un conflit ethnique.

Au Mali, nous ne sommes pas en présence d’un conflit ethnique, mais de combats fratricides meurtriers entre l’armée et une partie de la population de notre pays, majoritairement touareg et arabe. L’Etat malien parle variablement de rebelles et de bandits armés.

Ces dernières semaines, les combats entre notre vaillante armée (qui a révélé des indices apparents de mal gouvernance au sommet) et les groupes armés du nord ont été d’une rare violence, faisant de nombreux héros tombés sur le champ de l’honneur, dans la défense de la patrie.

Ces combats dont les intervalles se rapprochent de plus en plus, rassurent de moins en moins les populations exposées.
Au nord, l’étendue des terrains est telle que la plupart des zones peuvent se transformer en lieux de combats meurtriers, y compris certains lieux habités.

Fort de l’expérience des conflits des années 90, certaines populations touareg ont préféré prendre le devant que d’être surprises, un petit matin par l’intensité d’un affrontement dont il sera difficile de s’en sortir avec tous les siens. Cette réflexion leur a vite ouvert la voie de l’exil vers un pays voisin et frère, le Burkina Faso.

Il ne sert à rien de cacher cette réalité qu’il faut au contraire partager avec tous pour y trouver solution, par les moyens et l’assistance des autres. Ils sont des centaines de nos compatriotes maliens touareg à se réfugier au pays des hommes intègres où ils sont, semble-t-il, bien traités. Selon un adage bamanan, « si tu vois un crapaud dans l’arbre, c’est qu’il fait très chaud en bas ».

C’est alors craignant la récidive des années 90 où des populations civiles, aussi bien noires que blanches, ont fait les frais de la situation conflictuelle que certains se sont décidés à changer de statut en devenant réfugiés. Sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, comme dans un syllogisme, ils n’ont pas attendu que la résultante se vérifie par l’accomplissement d’une seconde composante.

Le refus du président de la République de reconnaître l’évidence ne change rien dans la chose. Le reportage de notre confrère F.-X. Freland de France 24, en date d’hier 9 juin, est clair : « pour fuir les combats entre l’armée régulière et les rebelles touaregs, hommes et femmes touaregs maliens se réfugient au Burkina Faso.

Depuis deux mois, les stades de Ouagadougou se transforment en refuge … Ils craignent, comme par le passé, des exactions contre les populations civiles. Issa Ag Agalass a fait plus de mille kilomètres à pied et en camion, pour trouver refuge au Burkina Faso.

Trois fois par jour, un repas chaud est servi. Un plat de pattes et un peu de viande. Le reste du temps, les hommes discutent entre eux autour du thé et écoutent sans espoir, les dernières nouvelles de là-bas. Les femmes quant à elles lavent le linge et s’occupent en confectionnant des porte-clefs ».

Régulièrement, la Croix-Rouge visite ce camp de fortune pour apporter des matelas et couvertures aux nouveaux arrivés et faire le point sur l’état de santé et le moral des réfugiés.

Face aux tensions grandissantes au Nord du Mali, le Burkina Faso craint l’arrivée massive de réfugiés Touareg. Cet accueil a un prix. Le pays lance un appel à la communauté internationale. Si les Touaregs, issus d’un peuple fier et endurant, ne se plaignent jamais, beaucoup ici, trouvent le temps long, loin, très loin de l’immensité saharienne, selon le reporter de France 24.

B. Daou

10 Juin 2008