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Mot d’ordre : la sécurité

C’est parti pour la tenue de la conférence sous-régionale pour la paix et le développement dans la bande sahélo saharienne. Le Mali vient de nommer les membres de la commission préparatoire. Quels sont les enjeux de cette rencontre ?

En nommant les membres du comité préparatoire de la conférence sous-régionale pour la paix et le développement dans la bande sahélo saharienne, sous l’égide du ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale, le Mali vient d’enclencher un processus attendu dans plusieurs capitales non seulement de la sous région, mais également d’autres pays à travers le monde.

Cette idée qui est en train de se concrétiser, le chef de l’Etat malien l’avait lancée au cours de sa traditionnelle cérémonie de présentation de vœux à la nation, en janvier dernier. Si cette nouvelle a été favorablement accueillie dans plusieurs autres pays, c’est parce que la question revêt une importance internationale.

En effet, il s’agit de l’insécurité dans la bande sahélo saharienne que partagent plusieurs nations, en particulier l’Algérie, le Mali et le Niger, pour ne citer que ces trois pays qui en pâtissent le plus.


Logique de paix et de sécurité

Le Mali s’était déjà inscrit dans une logique de sécurisation et de pacification de la sous région. En collaboration avec les Etats-Unis d’Amérique, il participe au « Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme », programme qui lui a permis d’accroître ses capacités de surveillance et de contrôle à ses frontières et sur son territoire, à « l’African contingency operations assistance, ACOTA ».

Par ailleurs, le Mali a accueilli, en février dernier, le général William E.Ward, commandant du centre américain de commandement pour l’Afrique (AFRICOM), qui fournit une aide militaire aux pays africains.

Cette logique répond à plusieurs enjeux : l’insécurité, bien sûr, mais aussi le sous-développement, le terrorisme et le banditisme qui favorisent l’instabilité politique, la forte émigration et les risques de guerre civile. Malgré toute leur bonne volonté, les autorités maliennes ne peuvent à elles seules, faire face à ces enjeux.

D’où l’appel du président Amadou Toumani Touré pour l’implication d’autres pays dans le cadre d’une solidarité internationale.

En plus de la Libye, de la Mauritanie, de l’Algérie, du Niger et du Tchad directement concernés par les questions sécuritaires dans le Sahel, d’autres pays ont été invités à se prononcer sur le problème et à apporter leur soutien.

Parmi les pays participants, certains devraient également donner des engagements fermes, notamment de tenir des promesses de ne plus porter aide, assistance et protection aux groupes armés. La sécurité et la paix dans la sous région sont à ce prix.

En prélude à la conférence des chefs d’Etat qui se tiendra avant la fin de juillet, une fois que les différents calendriers seront harmonisés, le ministre malien des affaires étrangères et de la coopération internationale présidera une réunion des experts chargés de faire des propositions concrètes.


Le sahel, couloir de contrebande et de trafics

Pour rappel, il faut préciser que, depuis quelques années, cet espace géographique est devenu la proie de bandes d’origines et d’activités diverses.

Il y a plusieurs raisons à cela. La bande est une zone désertique, avec une vaste étendue, une faible densité, une forte mobilité des populations, essentiellement, nomades, la faiblesse des infrastructures notamment routières, caractérisée par le manque de ressources naturelles et la précarité de la vie.

De ce fait, elle a suscité peu d’intérêt pour les pouvoirs publics qui n’ont jamais pu y intensifier les mesures de contrôle et de surveillance.

Par contre, cette zone a toujours attiré les contrebandiers qui ont trouvé en elle un no man’s land où s’adonner à leurs activités de ravitaillement de populations qui n’avaient pas toujours accès aux produits de première nécessité.

Ainsi, lait, sucre, huile, pâtes alimentaires, dattes et hydrocarbures étaient importés de l’Algérie vers ses voisins démunis.

Qui la ravitaillaient à leurs tours en viande, tabacs et autres produits manufacturiers difficiles à trouver dans le sud algérien. La relative sécurité dans laquelle se déroulaient ces échanges a fini par donner des idées à une autre race de contrebandiers : les trafiquants d’armes et de drogues. Ceux-ci ont trouvé là le couloir idéal pour ravitailler l’Europe en drogues diverses et le Moyen-Orient en armes.

En outre, la bande sahélo saharienne est devenue l’idéal pour accueillir les bases arrière des groupes islamistes armés qui sévissaient en Algérie et de camps d’entraînement pour mercenaires. La situation va vite dégénérer, avec les différentes rebellions au Niger et au Mali. Avec la conjonction entre groupes islamistes armés, notamment le GSPC, et le réseau international de terroristes Al Qaïda.

Avec également la collusion entre ex-rebelles touaregs et les cellules africaines d’Al Qaïda infiltrées dans la bande. La situation a atteint le seuil critique lorsque les groupes armés maliens ont demandé le retrait de l’Armée, entraînant les autorités dans une logique d’affrontements et de ripostes.

Dès lors, s’est imposée la nécessité de sécuriser et de pacifier le nord. Mais cela ne peut se faire sans l’implication de tous les pays riverains de la bande sahélo saharienne.


Cheick Tandina

07 Juillet 2008