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La cérémonie d’ouverture de cette importante rencontre a commencé par le discours de bienvenue adressé aux différentes délégations par le maire du District, Moussa Badoulaye Traoré. Dans ses propos, il a exprimé toute la joie ressentie par les populations du District pour la tenue dans la capitale les travaux de cette importante rencontre.

Après le maire du District, l’honneur est revenu à Mme Emma Bonino présidente de No Peace Without Justice (NPWJ) de faire un grand plaidoyer sur la campagne internationale pour la ratification du protocole de Maputo et pour l’abandon des MGF.

Ensuite, ce fut le tour deux autres interventions sur la santé génétique et les mutilations génitales féminines, les stratégies de lutte pour l’abandon de l’excision en Afrique de l’Ouest et une réflexion sur l’abandon des pratiques par le représentant de la directrice régionale du Plan Afrique de l’Ouest ; du représentant de la Directrice du FNUAP New York au Mali et du représentant de la Direction de l’UNICEF. Tous ont mis l’accent sur le côté négatif de la pratique des mutilations génitales féminines.

Dans son intervention sur les aspects juridiques et politiques liés à la pratique de l’excision dans la sous-région, Docteur Touré Lalla Badji Haïdara, conseiller régional pour la santé de la femme et du nouveau né a fait un procès de la pratique. En effet, dira Docteur Touré Lalla Badji Haïdara dans son discours, la pratique de l’excision se perd dans la nuit des temps et remonterait à 5 ou 6.000 ans avant Jésus Christ.

D’origine païenne, selon elle, l’excision s’est donc développée bien avant l’apparition des religions monothéistes. Coutume transmise de génération en génération, pour Docteur Touré Lalla Badji Haïdara, elle n’a rien avoir avec la religion.

A l’exception du Yémen et de Oman, les pays du golfe comme l’Arabie Saoudite et une grande partie des pays Islamiques ne la pratiquent plus, a-t-elle signalé avant de déclarer qu’aucune sourate, aucun hadith ne reconnaît l’obligation de l’excision.

Docteur Touré Lalla Badji Haïdara informera aussi que l’OMS estime que 100 à 140 millions de femmes et de filles à travers le monde ont subi l’une ou l’autre des MGF/E.

Compte tenu des taux de natalité actuels, selon elle, on peut considérer que chaque année, environ 3 millions de filles sont victimes de l’une de ces pratiques. Et la plupart des filles et des femmes qui l’ont été, vivent dans 28 pays d’Afrique et certains autres de l’Asie, a-t-elle déclaré.

Par ailleurs, Docteur Touré Lalla Badji Haïdara signalera qu’il est à déplorer que ces pratiques font de plus en plus de victimes en Europe, en Australie, au Canada et aux Etats Unis, essentiellement parmi les immigrantes venues d’Afrique et de l’Asie du Sud-Ouest.

Il s’agira, selon Docteur Touré, d’une pratique dangereuse et irréversible qui a des répercussions négatives sur la santé des femmes et des filles, leur aptitude à mettre des enfants au monde et leur éducation.

C’est pourquoi, elle expliquera que l’élimination de toutes les formes de MGF/E est un élément indispensable à la réalisation d’au moins quatre (4) des objectifs de développement pour le Millénaire à savoir : promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle et la réduction du VIH/Sida.

Docteur Touré indiquera aussi que les mutilations génitales féminine/l’excision constituent une violation fondamentale des droits des filles et des femmes tels qu’ils sont énoncées dans de nombreuses conventions internationales.

Mieux, ajoutera t-elle, il s’agit d’une pratique discriminatoire qui prive les femmes et les filles de leur droit à l’égalité des chances, de leur droit de disposer des meilleures conditions possibles de santé, de leur droit de vivre à l’abri de toutes les formes de violence physique et mentale, de préjudices corporels ou de maltraitance ; de leur droit d’être protégées des pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants et des femmes ; de leur droit de vivre à l’abri des préjugés et d’autres pratiques fondées sur l’infériorité ou la supériorité présumée de l’un des deux sexes ou sur l’attribution aux hommes et aux femmes de rôles stéréotypés et de leur droit de prendre des décisions en matière de procréation sans être victimes de discrimination, de coercition et de violence.

Egalement elle a signalé que la pratique de l’excision n’est pas conforme à l’esprit et à la lettre des divers traités signés par presque tous les pays du monde. Parmi ceux-ci, elle a cité la convention relative aux droits de l’enfant; la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le protocole de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits de la femme en Afrique (convention de Maputo) signé par 53 Chefs d’Etats et ratifiés à ce jour par 17 pays africains dont le Mali.

C’est aussi pourquoi, dira-t-elle : “le moment est venu pour nous, pays africains, de transformer nos ratifications des traités internationaux, et de passer à l’action en adoptant des mesures légales, qui constituent un élément fondamental d’un environnement protecteur, témoin d’un engagement politique fort”.

Quand la loi inscrit l’excision sous un angle plus large incluant la santé de la reproduction, elle pourrait aider à façonner la perception de la communauté sur la pratique, expliquera aussi le docteur Touré dans son discours.

Dans son discours prononcé pour marquer l’ouverture solennelle de cette conférence, l’épouse du Chef de l’Etat Mme Touré Lobbo Traoré dira qu’au Mali fort heureusement, en ce qui concerne la lutte pour l’abandon de la pratique de l’excision, nombreux sont aujourd’hui les acteurs qui, grâce à leur conviction, sont engagés aux côtés du gouvernement et des associations pour mettre fin à cette pratique nocive.

La première donc du Mali a attiré l’attention sur le fait que les résultats positifs enregistrés, dans le domaine de l’information, de l’éducation et de la communication constituent un facteur de performance avant de se réjouir aussi du changement qui est perceptible ces dernières années dans les idées et les comportements, face au phénomène.

Il faut signaler que cette importante rencontre placée sous la présidence de l’épouse du Chef de l’Etat est initiée par le Ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille en collaboration avec l’ONG internationale No Peace Without Justice.

Elle est organisée grâce au soutien technique et financier de plusieurs partenaires. Les participants à cette conférence doivent surtout durant les échanges, axer la réflexion sur les stratégies de lutte contre la pratique des mutilations génitales féminines MGF.

Laya DIARRA

Au sortir de la salle à l’occasion de la « Conférence sous-régionale sur les Mutilations Génitales Féminines et la Mise en Oeuvre du Protocole de Maputo », tenue hier au Centre International de Conférences de Bamako, nous avons tendu notre micro à certaines participantes.


Elles ont dit…

Mme Diakité Fatou N’Diaye sage-femme : « L’excision n’est pas du tout une bonne chose. J’aurais souhaité que des moyens puissent être trouvés pour un abandon total de sa pratique dans notre pays. Au moment de l’accouchement, les femmes ayant subi l’excision sont confrontées à d’énormes problèmes qui peuvent souvent conduire à la mort. Si on pouvait faire disparaître l’excision dans notre société, ça serait vraiment une très bonne chose.
Les femmes en Afrique et ailleurs, nous devons nous donner la main pour combattre vigoureusement les MGF et jouir pleinement de notre corps
».

Mme Ascofaré Oulématou Tamboura, députée à l’Assemblée Nationale : « Je suis foncièrement contre l’excision. Elle est une pratique néfaste à la santé de l’enfant ; du coup elle nuit sur tous les plans. Par rapport à la procréation, les conséquences de l’acte chirurgical peuvent entraîner beaucoup de maladies comme le VIH/Sida, le tétanos etc.
Par rapport à la condition de femme même, l’excision est nuisible. Nous les femmes au Mali, nous allons nous battre contre cette pratique. Ce n’est pas par mimétisme, ce n’est pas non plus pour remuer quelques valeurs que ce soit. Nous pensons qu’aujourd’hui, on connaît les conséquences néfastes de cet acte sur la santé de la femme. Je pense vraiment qu’il faut l’arrêter. C’est enraciné dans les cultures, c’est difficile, mais il faut y aller résolument. Je pense que des rencontres de ce genre sont salutaires à ce point de vue. On est arrivé à une phase où il faut mettre en synergie les actions.
Ce n’est pas une pratique propre à un seul pays en Afrique. Tous ceux qui connaissent l’excision, doivent se mettre ensemble pour la dénoncer et faire en sorte qu’on l’arrête aujourd’hui, puisque nous en connaissons toutes les conséquences. Encore une fois, cette synergie peut nous amener à arrêter la pratique de l’excision dans notre pays.
»

Ina Dramé, participante : « La rencontre à laquelle nous venons de prendre part, est au bonheur de toutes les femmes et de tous les hommes. L’excision a ses origines dans la tradition certes, mais de nos jours les temps ont beaucoup changé. Par exemple dans les foyers ou ailleurs, les femmes non excisées sont totalement différentes de leurs soeurs qui ont subi les MGF. Le sentiment au lit, n’est pas du tout le même. L’excision fait reculer la féminité de façon générale. Les hommes et les femmes, nous devons nous comprendre pour faire cesser la pratique. Nous allons lutter jusqu’au bout. Mme la Première Dame du Mali a fait appel à ces femmes d’autres horizons du monde pour échanger nos idées. C’est pour que nous nous donnions la main ».

Fanta Sow, étudiante : « Je suis vraiment contre la pratique de l’excision, puisque ça pose beaucoup de problèmes. Au niveau de l’accouchement par exemple, il y a des femmes, qui, à cause du fait qu’elles sont excisées, ne peuvent pas accoucher normalement. Pour lutter contre le phénomène, nous devons engager des actions concrètes qui consistent entre autres à organiser des marches en montrant à l’opinion nationale et internationale que l’excision est une entrave à l’épanouissement de la femme. Mon mot de la fin, c’est stop aux MGF ».

Mimi Haïdara, étudiante : « L’excision cause des dégâts irréparables sur la santé physique et mentale de la femme. Nous devons toujours continuer à lutter contre les MGF tant qu’elles existent. En tout cas, moi, mes enfants ne seront pas excisées ».

Rassemblés par
Goudia KONATE

MME DIARRA H. ADAMA AÏCHÉ, FEMME D’AFFAIRES
L’excision est un acte criminel

Hier ont démarré au Centre International de Conférences de Bamako les travaux de la « Conférence sous-régionale sur les Mutilations Génitales Féminines et la Mise en Oeuvre du Protocole de Maputo ». Nous avons demandé les impressions Mme Diarra H. Adama Aïché, femme d’affaires de son état sur l’excision. Elle nous a parlé également de l’avenir politique de la femme au Mali.

Le Soir de Bamako : Présentez-vous à nos lecteurs !

Diarra H. : Je m’appelle Adama Aïché dite Diarra H. Je suis une femme d’affaires ambitieuse et déterminée.

Le Soir de Bamako : Comment voyez-vous l’avenir politique de la femme au Mali?

Diarra H : Les femmes, que ce soit au Mali ou partout dans le monde, ont beaucoup progressé politiquement. Il y a eu des femmes ministres, directrices, députés…
Nous sommes impliquées pratiquement dans tous les domaines. Les femmes et les hommes ont tendance à être sur le même pied d’égalité.

Le Soir de Bamako : Que pensez-vous des Mutilations Génitales Féminines au Mali ?

Diarra H : C’est une question très importante. L’excision est un acte criminel. C’est une idée vraiment révolue. Je pense qu’il faut voter une loi pour interdire cette pratique d’autres époques.

Le Soir de Bamako : Quel appel avez-vous à lancer aux autres femmes?

Diarra H : Nous devons nous mettre ensemble pour combattre la pratique de l’excision. Il faut passer l’information aux mères, filles, soeurs, hommes, décideurs, religieux pour en finir.

Entretien réalisé par
Goudia KONATE

22 février 2006.