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L’impunité, qui rend corrupteurs et corrompus à la fois arrogants et audacieux, est à l’origine de la persistance de la corruption au Mali .

La corruption n’est pas tombée du ciel. Elle tire sa source des pays développés depuis les années 1970 et s’est propagée, par la suite, au niveau des pays émergents. Plus qu’un thème d’actualité, elle est une cause majeure de la pauvreté et constitue aujourd’hui l’un des sujets qui fâche. Son institutionnalisation sape le moral et engendre l’aliénation de tout un peuple.

Ce triste constat a été dressé samedi au centre Djoliba par une conférence-débats sur le thème « lutte contre la corruption et moralisation de la vie publique au Mali : piste de réflexion sur une stratégie nationale anti-corruption durable », à l’initiative du Cercle de réflexion Djoliba et l’Alliance pour la transparence au Mali. Objectif : porter un regard critique sur le phénomène et proposer des solutions à une crise qui n’a que trop duré.

La conférence vient bien à propos d’autant qu’elle se tient à quelques encablures des Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière. Comprise par Transparence Mali comme l’action d’abuser d’une charge publique pour en tirer un bénéfice personnel, la corruption, selon le président de l’ONG, « sape les fondements même de la démocratie et de l’Etat de droit, entraîne des distorsions dans les transactions commerciales, entrave la croissance économique et prive beaucoup de leurs droits à un partage équitable des ressources économique et de l’aide indispensable à leur survie ».

Les recherches de l’Institut de la Banque mondiale montrent que plusieurs pays qui se sont attaqués à la corruption en procédant au renforcement de l’Etat de droit ont vu leur revenu national quadruplé et la mortalité infantile diminuée de 75 %.

Sévir légalement

Malheureusement, au Mali, la corruption est devenue la seconde nature des uns et des autres, d’où sa banalisation. La cause est imputable à la persistance de l’impunité. C’est la raison pour laquelle la conférence a fait des propositions allant dans le sens de l’application rigoureuse des textes et lois réprimant la corruption, la promotion des services chargés de la répression des crimes économiques, etc.

A la tribune de nombreux orateurs se sont succédé pour livrer leur perception sur un phénomène contre lequel les discours incantatoires n’ont pu rien changer depuis cinq décennies. Pour un participant, la corruption n’est pas que financière mais elle est également foncière. Il a fait valoir que la prévention n’est pas la clé de voûte de la lutte contre la corruption mais les sévices.

« C’est un entêtement voulu qui ne peut être éradiqué sans sévir. Les corrompus et les corrupteurs se nourrissent de notre faiblesse du fait que nous soyons timorés. La preuve en est que la minorité s’en est imposée à la majorité. La corruption n’est pas que financière seulement. Elle est aussi foncière et c’est terrible. Et à mon avis, il faut sévir légalement pour arrêter l’hémorragie », a-t-il proposé.

Et à la conférence de parvenir à la conclusion que notre pays a besoin de l’émergence d’une nouvelle citoyenneté vigilante des biens publics. Gageons que les propositions sur la thématique « lutte contre la corruption et moralisation de la vie publique au Mali… » serviront de levier aux Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière.


Mohamed Daou

17 Novembre 2008