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« le Mali est un champion de la ratification des conventions relatives aux droits humains, mais un pays où les applications posent problème à cause des pesanteurs sociales ».Ces propos sont de la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali, Mme Oumou Touré. Elle les a tenus à la faveur d’une conférence-débat organisée par le ministère de la Justice sur « les droits économiques et socioculturels« . C’était le samedi 27 décembre dernier, dans la salle de conférence de la Dette publique.

La conférence-débat en question était la dernière d’une série qui rentrait dans le cadre de la commémoration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme que le Mali, à l’instar du monde entier, a célébré le 10 décembre.

Pour la circonstance, ils étaient cinq conférenciers à se pencher sur la problématique des droits économiques et socioculturels. Il s’agit de Me Bréhima Koné de l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), Ibrahim Maïga, du Conseil national de la jeunesse (CNJ), Mme Oumou Touré et Mme Djourté Fatoumata Dembélé, toutes les deux de la Coordination des associations et OND féminines du Mali (CAFO) enfin Mme Zouboye Fatoumata Dicko du Groupe pivot droit et citoyenneté des femmes.

Considérés comme droits humains de la deuxième génération, les droits économiques et socioculturels sont communément appelés «droits de créance». A ce titre, ils constituent des obligations pour l’Etat. Au nombre de ces obligations, Me Bréhima Koné de l’AMDH relève « le droit à l’alimentation, à la santé, au logement et à l’éducation ».

Cependant, il ajoute que « la réalisation de ces droits économiques et socioculturels dépend du degré du développement, de la disponibilité des ressources de tout Etat« . Avant de rappeler la fameuse question de la justiciabilité des droits économiques et socioculturels.

A son avis, il y a une avancée significative depuis le 10 décembre dernier, l’Assemblée générale des Nations-Unies ayant mis en place un comité qui peut désormais être saisi par tous les citoyens du monde pour les cas de violation des droits économiques et socioculturels.

Cependant, « pour saisir ce comité, il faudra que l’individu épuise tous les recours internes » a rappelé Me Bréhima Koné. Ce dernier a également, au cours de son intervention, cité les mécanismes de protection de ces droits économiques et socioculturels qui sont décrits dans les conventions ou plate-forme comme c’est le cas au Mali.

Ensuite, ce fut le tour de Mme Zouboye Fatoumata Dicko du Groupe pivot droit et citoyenneté des femmes de prendre la parole. Elle a axé sa communication sur les actions de d’information et de sensibilisation que sa structure mène à travers tout le pays, au sujet des droits économiques et socioculturels.

Quant à la présidente de la CAFO, Mme Oumou Touré, elle a soutenu que « le Mali est un champion de la ratification des conventions relatives aux droits humains, mais un pays où les applications posent problème à cause de la pesanteur sociale ». Avant de dresser un tableau peu reluisant de la situation de la femme malienne qui se caractérise, selon elle, par « la marginalisation et la sous-estimation en générale ».

Emboîtant le pas à « Mme Oumou Cafo », la quatrième conférencière, Mme Djourté Fatoumata Dembélé, a martelé qu’ « il serait illusoire de penser qu’un Etat, en l’occurrence le Mali, peut se développer laissant dernier lui les femmes ».

Avant de déplorer le fait que la loi sur la santé de la reproduction n’est pas largement diffusée.

Le cinquième et dernier conférencier, Ibrahim Maïga du Conseil national de la jeunesse (CNJ) a axé son intervention sur « le droit au travail : l’impact sur la jeunesse« .

Pour lui, « l’effectivité du droit à un travail reste dans le registre des catalogues d’intention » au regard du plus grand nombre de Maliens qui n’ont pas accès à un travail décent. Après avoir salué les efforts de l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE) et l’Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (APEJ), Ibrahim Maïga a déploré la sempiternelle question « d’expérience » que l’on jette à la figure des jeunes à la recherche de l’emploi.

En conclusion, il a soutenu qu’ « il faut avoir d’abord de l’emploi pour, ensuite, acquérir de l’expérience ».

Au cours des débats, les intervenants ont surtout mis l’accent sur la nécessité d’insuffler une nouvelle dynamique sur la politique d’information et de sensibilisation sur les droits humains.


Alassane DIARRA

29 Décembre 2008