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Si les responsables du CE Adéma avaient mesuré la colère de leurs militants des douze sous-sections de la Commune III du district, ils allaient réfléchir par deux fois avant de les rencontrer. Ce ne sont pas en tout cas le Pr. Sall, le député Mahamane Santara, Mme Zouré Fatoumata Maïga, Boubacar Bah, Cheick Pléa et Abdel Kader Sidibé qui nous démentirons. Ils ont, en effet, passé une sale demi-journée samedi en essayant de convaincre leurs militants sur certains choix politiques effectués récemment par le comité exécutif.

C’est le président de la section de la Commune III, Modibo Diallo qui, dans un discours virulent d’une vingtaine de minutes, donnera d’abord le ton avec des appréhensions et des interrogations sur le soutien du parti au président ATT, la décision de l’exclusion du 1er vice-président et de certains camarades. Le parti, dit-il, n’est pas à l’abri de déchirures que le CE a voulu éviter en ne présentant pas de candidature à la présidentielle. Il a ainsi exprimé les vives inquiétudes de sa section avant d’attirer l’attention des uns et des autres sur les conséquences de certains choix. A peine, finit-il son intervention que le député Santara s’empare du micro et lance que « ce n’est pas normal de revenir sur des sujets comme le soutien à ATT. Ce débat est déjà clos. Nous sommes là avec des sujets d’ordre de jour qui n’ont rien à voir avec ce qui est passé ».

Le venin des militants

Le chef de la délégation, Pr. Sall énoncera alors les cinq points à l’ordre du jour : mise en œuvre des résolutions de la 7e conférence nationale, correspondance du CE aux sections, la signature de l’ADP, préparatifs de la 8e conférence nationale les 27 et 28 janvier prochains et des élections générales de 2007. La salle a protesté et exigé que soient prises en compte les questions relatives au choix du candidat à la présidentielle et à l’exclusion de certains camarades du parti. Santara proteste de nouveau, mais le président de séance lâche du lest.

Les débats s’ouvrent et le premier intervenant lance les hostilités. « Notre parti a été crée pour conquérir le pouvoir. Et pour cela, l’on ne doit occulter aucun sujet », dit-il avant de fustiger le comportement de Santara. Le président prône de nouveau l’apaisement. Les prochains intervenants, riches en paraboles, remettent sur la table la question du choix du candidat présidentiable. Morceaux choisis : « Ce choix d’ATT est comme un fagot de bois qui demande à un passant dans la brousse de le porter ». « Nous étions au pouvoir pendant 10 ans et quelqu’un nous l’a retiré et vous voulez qu’on soutienne ce dernier. C’est comme si un homme enlève ta femme et le jour de leur mariage, tu vas jouer au tam-tam sans honte. Est-ce normal ? ». « L’avenir de notre parti dans 10 ans nous inquiète. C’est honteux ce qui se passe actuellement. Le CE peut-il dire qu’il n’y a aucun cadre valable capable de gérer le pays ? Il est vraiment temps que le CE devienne sage ».

D’autres appellent à la sagesse, « nous avons trop souffert. A quand la fin de la tourmente des militants Adéma ? Je donnerai raison à Bakary Koniba qui disait que le CE ne peut pas supporter le parti. Il est temps que le CE devienne sage », ajoute un autre intervenant. Sur cette première vague d’interventions, Pr. Sall tente de s’expliquer. Sans convaincre. « C’est la dernière conférence nationale qui a décidé de transformer notre soutien politique en soutien électoral à ATT au cas où il sera candidat à sa propre succession. En faisant ce choix, nous voulions éviter les déchirures de 2002. Pour ceux qui ne le savent pas ATT a participé aux activités du parti bien avant la chute de Moussa Traoré… Et comme retombées de ce soutien électoral, ATT a reçu les responsables de l’ADP et leur a demandé de se préparer à un réajustement ou un remaniement ministériel », explique-t-il.


La nécessaire refondation


Ces propos provoquent la colère de certains militants qui claquent la porte. Dans cette atmosphère de tohu-bohu, Mme Zouré Fatoumata Maïga prend le micro et met le pied dans les plats. « Le parti, commence-t-elle, a souffert de ses responsables. Il faut qu’on soit honnête, franc et sincère entre nous. Personne n’est indispensable pour sa famille à plus forte raison pour le parti. Boubèye était là en 2002 et en 2004 mais cela n’a pas empêché le parti de perdre la présidentielle tout comme les législatives en Commune III. Si Boubèye est grand aujourd’hui, c’est grâce à l’Adéma. Ça suffit, il faut qu’on redescende sur terre ».

Vives protestations dans la salle. Le président peine à rétablir le calme. Le débat sur l’exclusion de Soumeylou s’ouvre. Soumeylou a-t-il oui ou non violé les textes ? Pr. Sall se lance dans des explications saugrenues évoquant les textes du parti et des exemples sur la politique française du temps Mitterrand. Il est interrompu par un militant de taille Moustaph Soumaré qui proteste, « il n’y a que des contradictions dans ce que vous dites. Vous sortez des textes pour soutenir ATT et quand un militant du parti décide de se porter candidat, vous faites recours aux textes pour le sanctionner. Où est la conformité ? », s’interroge-t-il.

Dans la même lancée, Adama Samassékou dira que la question de la conformité des textes est politique et non juridique. Pour lui, le parti est très malade et il a besoin de se refonder, de retrouver ses valeurs d’antan. « Nous avons commis des erreurs, des bêtises pendant 10 ans. Nous devons faire notre mea culpa », confie-t-il avant de critiquer l’argumentaire du CE selon lequel, « nous soutenons ATT à la présidentielle et il nous enverra l’ascenseur aux législatives. Ça ne se dit pas ».

La tension remonte de nouveau quand Samassékou et Modibo Diallo se lancent des flèches au point que le Pr. Sall qualifie le débat de bizarre et retire le micro pour une seconde fois au secrétaire général de la section. Des militants continuent de vider la salle, « ils ne vont rien dire de nouveau », lance un voisin avant de se sauver. Entre-temps, Santara, revenu à de meilleurs sentiments, présente ses excuses au public avant de lire le contenu de la plate-forme ADP et les lettres de proposition d’exclusion des camarades dans un brouhaha indescriptible. Car, dehors, un pro et un anti-Soumeylou se lançaient des insanités au point d’en venir aux mains. Dans la foulée, Mme Zouré s’éclipse… Et nous aussi.

Sidiki Y. Dembélé

15 janv 07