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Hier, jeudi 10 mai, le regroupement des intellectuels a animé une conférence de presse sur l’indépendantiste du MNLA et de leurs lobbies à la maison de la presse de Bamako. Plusieurs sommités dont le Pr Bakari Kamian, Mohamed Mahmoud Oumrany, Salem Ould Elhad, Filifing Sacko, Mahmoud A. Zouber, toutes du Collectif, ont honoré la rencontre de leur présence.

Le Pr Bakari Kamian a fait l’historique de l’Azawad. Selon lui, les Touaregs sont certainement parmi les premiers peuples à avoir habité le Sahara central. Ils vivaient autour des massifs de l’Adrar, d’Ahaggar, de l’Aïr et de l »Ajjer.

Repartis entre les différents pays comme le Mali, Algérie, le Niger et le Burkina-Faso, les Touarègues sont restés fidèles à ces Etats. D’après l’orateur, le Mali et le seul pays où il y a eu des révoltes qui dépassent tout entendement.

Dans l’exposé fait par l’éminent historien, Bakari Kamian, les Touaregs furent, pendant des siècles, les maîtres incontestés des routes commerciales du Sahara jusqu’à la fin du VIème siècle de l’ère chrétienne, époque à laquelle ils furent poussés plus au sud par les arabes hilaliens qui envahirent l’Afrique du nord. Les Touaregs possèdent leur propre écriture, un système quasi idéographique appelé Tifinagh qui dériverait de l’écriture phénicienne de l’Antiquité.

Socialement, les Touaregs se classent comme suit : les nobles (Imouchagh ou Imajaghen) qui sont des guerriers et chefs, les tribus maraboutiques (Inislimen).

Ces derniers sont très nombreux. Respectés, ils ont une grande influence sur toutes les communautés Kel Tamachaq. Quant aux Imghads, ils sont également très nombreux. La plupart d’entre eux sont des guerriers et d’autres de simples bergers. Il faut signaler qu’entre ces trois catégories, il existe d’autres classes intermédiaires ou mixtes. Il s’agit des Bellas et des Inhaden. Les premiers sont noirs, vivent en milieu touareg et parlent tamasheq. Quant aux seconds, ils sont artisans et artistes et vivent en milieu kel tamasheq.

Le choix d’Azawad comme nom de leur pseudo-Etat prouve à suffisance leur ignorance de l’histoire et du passé politique des Touaregs. L’Azawad, forme arabisée du mot tamasheq Azawa (cuvette) correspond à la bande de terre désertique située entre Tombouctou et Araouane.

Cette bande est, de nos jours et fut pendant plusieurs siècles, la zone de parcours des arabes Berabichs et de quelques tribus maraboutiques Kel Tamasheqs arabisées. Sur le plan de la gouvernance, les Touaregs n’ont jamais songé à créer des Etats structurés, même pendant les périodes où ils ont eu la suprématie dans le Sahara central. C’est ce qui explique leur manque d’expérience en matière de gouvernance. Leur seul mode de gouvernance était de soumettre les peuples dominés à des razzias ou des prélèvements d’impôts en nature.

Dans leur cohabitation avec les populations du Soudan occidental, malgré les razzias pratiqués sur les voisins du sud, les Touaregs acceptèrent d’intégrer les empires et royaumes subsahariens (Ghana, Mali, Songhoï etc.). Ils ont même été souvent sollicités pour aider à repousser les tentatives d’invasion des puissances du nord.

Dans son exposé, Mahmoud Zouber a, quant à lui, mis l’accent sur la marginalisation des touaregs au Mali. Selon lui, la question que l’on se pose aujourd’hui est de savoir si les Touaregs sont réellement marginalisés au Mali.

A ce niveau, il convient de rappeler ce qui a été fait en faveur de la communauté Touarègue depuis l’indépendance du Mali. D’abord, sous la première République, l’une des meilleures mesures prises a été d’envoyer à l’école d’administration un nombre non négligeable d’enseignants nomades dont la majorité était Touarègue. Formés dans les différentes carrières administratives, ces cadres serviront dans toutes les administrations comme chefs d’Arrondissement et Commandants de Cercle. Puis, sous la deuxième République, on vit des cadres nomades accéder aux fonctions de gouverneur, d’ambassadeur et de ministre.

Les deux représentants des régions du nord au Bureau exécutif du parti unique, UDPM, étaient Touaregs.

Enfin, sous la troisième République, après la signature du Pacte national qui mit fin à la rébellion des années 90, des milliers d’ex-rebelles intégrèrent l’armée et les services de sécurité ainsi que la douane et les autres administrations de l’Etat sans parler des fonds de développement et de réinsertion qui se chiffraient à plusieurs milliards de nos francs.

En 2002, un Targui a même été nommé Premier ministre et Chef du Gouvernement, sans compter qu’une des institutions de la République (HCCT) est présidée par un touareg.

Kléophas, stagiaire

L’Indépendant du 11 Mai 2012