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Répondre de manière durable aux besoins des populations affectées par la crise alimentaire dans la zone du Sahel ; renforcer les capacités de résistance des communautés sahéliennes afin qu’elles soient mieux armées face à d’autres crises et chocs possibles ; s’engager, au-delà de l’intervention humanitaire d’urgence, sur le long terme pour éviter que les mêmes situations ne se reproduisent à l’avenir et briser ainsi le cercle vicieux des pénuries alimentaires chroniques… Tels sont les points focaux autour desquels la Commission européenne a mobilisé le 18 juin 2012 une expertise internationale, dans le cadre d’une conférence de haut niveau à laquelle ont pris part, outre les présidents des commissions de l’UEMOA et de la CEDEAO, le Secrétaire Exécutif adjoint du CILSS ainsi que de nombreux représentants de la sous-région, de la Mauritanie au Niger en passant par le Sénégal, le Mali, le Tchad et le Burkina Faso.

Dans un contexte marqué par une crise économique et financière qui se propage à une vitesse grand V dans la presque totalité des pays développés, entraînant parfois des réflexes de repliement sur soi, l’initiative d’organiser une rencontre internationale sur la région du Sahel confrontée à des problèmes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle chronique, relevait d’une gageure. L’enjeu était double : sensibiliser davantage la communauté internationale sur l’ampleur du drame que vivent en ce moment les communautés sahéliennes, et en même temps créer un cadre de concertation et d’actions entre acteurs locaux et partenaires internationaux autour d’un ensemble d’objectifs communs.

Et c’est dans cet esprit que Katelina Georgieva, commissaire européenne chargée de la coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réaction aux crises, et véritable cheville ouvrière de l’événement, a ouvert la conférence. Après avoir rappelé que 2012 est une année pleine de défis pour le Sahel, la commissaire bulgare a insisté sur la nécessité d’agir en amont avant que les crises ne surviennent.

Misant sur le long terme et privilégiant le préventif sur le curatif, elle en appelle à la mise en place d’un partenariat global pour le « renforcement de la résilience au Sahel ». L’idée est certes ambitieuse et la formule a de l’allant. Reste que ce nouveau concept de résilience, aux contours anglicistes, gagnerait à être davantage explicité pour être sûr que tout le monde comprend.

Le décor ainsi planté, de nombreux orateurs issus d’organisations régionales ouest-africaines, des agences multilatérales impliquées dans l’humanitaire et le développement, des représentants de pays donateurs ainsi que des ONGs, se sont succédé pour apporter chacun son expertise, notamment sur les mesures qu’il convient de prendre face à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle qui frappe des millions de personnes.

Premier sur la liste des intervenants, le président de la commission de l’Uemoa, Cheikh Hadjibou Soumaré, qui, avec son homologue de la Cédéao, ont été les premiers à proposer, à l’occasion d’une visite à la Commission européenne, une réunion multilatérale sur la crise alimentaire au Sahel. Le patron de l’Uemoa est allé droit au but : « l’heure n’est plus à la bataille des chiffres ni aux dogmes des procédures mais d’agir pour qu’au sortir de cette réunion l’espoir puisse renaître aux yeux de tant de citoyens du monde libre ».

Et de décliner les 9 axes d’interventions prioritaires identifiés au sein des organes et institutions de l’Uemoa (entre autres, la maîtrise de l’eau, l’accroissement des productions agro-sylvo-pastorales, l’amélioration de l’état nutritionnel…).

Pour Soumaré, l’objectif est d’ ‘inciter les Etats membres de l’Union à soutenir de manière durable la production agricole, à faire de l’Agriculture une sur-priorité et un moyen alternatif dans la recherche de solutions endogènes pour venir à bout de crises alimentaires qui durent depuis plusieurs décennies.

Même tonalité et le même diagnostic de fond du côté des représentants de la CEDEAO et du CILSS qui ont l’un et l’autre pris appui sur les recommandations faites lors de la réunion de haut niveau des ministres de l’Agriculture, des Finances et du Commerce des pays membres des institutions précitées.

Une réunion qui s’est tenue à Lomé au Togo le 5 juin dernier et qui a permis d’approfondir la réflexion sur les causes profondes et multiples de l’insécurité alimentaire et d’adopter des solutions à la fois politiques, économiques et financières face à la crise sahélienne. Les positions dégagées au cours de cette rencontre pourraient servir de catalyseur et renforcer l’idée selon laquelle il faut accorder la plus grande attention aux propositions émanant des organisations régionales existantes.

Citons parmi les autres interventions, celle de la Britannique Valérie Amos chargée des affaires humanitaires aux Nations unies. La baronne Amos, venue apporter le message de solidarité de l’institution onusienne en a profité pour annoncer le niveau d’engagement de l’ONU par rapport aux besoins du Sahel estimés selon elle à 12 millions de dollars pour l’année 2012. Elle a par ailleurs mis l’accent sur la nécessité de « renforcer les capacités et les possibilités d’action des acteurs locaux ».

La conférence a également accordé une large place aux représentants des pays de l’Afrique. Cela a permis d’entendre la « Voix du Sahel », exprimée notamment à travers l’exposé de la ministre sénégalaise en charge de la Femme, de l’Enfant et de l’Entreprenariat féminin, Mariama Sarr. Devant un auditoire composé majoritairement d’hommes, mais sous le regard complice de son homologue du Niger, la Sénégalaise a mis en exergue le rôle des femmes dans la gestion de la crise au Sahel.

« Les femmes représentent plus de 50% de la population et constituent dans les zones rurales la principale force productive agricole, souligne t-elle, mais en dépit de la position centrale qu’elles occupent dans la production alimentaire, elles ont d’énormes difficultés d’accès, notamment à la terre, aux intrants et aux crédits », D’où l’impérieuse nécessité d’associer pleinement les femmes « dans la recherche d’une résilience durable au Sahel ».

Comme on pouvait s’y attendre, la situation sécuritaire et l’impact de la crise sahélienne dans des régions du Mali se sont invités à la Conférence. Une occasion saisie par le ministre malien de la communication Hamadoun Touré pour faire l’état des lieux concernant la situation humanitaire qui prévaut dans son pays. Une situation qui s’est aggravée avec la rébellion au Nord du Mali et qui a accentué la pauvreté structurelle des populations des régions occupées. En guise de recommandations, M. Touré a décliné un certain nombre de propositions largement inspirées par le plan d’urgence 2011-2012 du gouvernement malien.

Il s’agit notamment de : la desserte en eau potable aux populations en particulier dans les centres urbains ; l’organisation d’opérations de cash transfert (distribution aux ménages d’une somme d’argent leur permettant d’accéder à la nourriture et à un minimum de biens non-alimentaires) ; la prise en charge rapide de la malnutrition qui frappe 32.000 personnes sur les sites des déplacés…

Des doléances qui ont certainement retenu l’attention des bailleurs de fond présents autour de la table et représentant; pour la plupart; des pays membres de l’Union européenne. dans la foulée, plusieurs annonces de contributions en faveur du Sahel ont été faites… En espérant toutefois que ce bel élan de générosité qui s’est manifesté dans la capitale belge puisse se maintenir malgré les pressions économiques qui ont tendance à réduire le champ d’action des… bailleurs

En attendant, la Commission européenne a, elle, annoncé la couleur, en mobilisant 40 millions d’euros supplémentaires en faveur du Sahel. Une enveloppe qui devrait servir entre autres à des programmes généraux d’alimentation et de distribution de nourriture aux ménages les plus démunis. S’y ajoutent d’autres formes de contributions financières déclinées lors de la séance de clôture par le commissaire au Développement, André Piebalgs dont les services ont apporté une contribution déterminante pour la bonne tenue et le succès de cette conférence.

Mass Mboup – Correspondance de Bruxelles

25 Juin 2012