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Les conditions de détention des militaires interpellés après les violences du 30 avril font couler actuellement beaucoup d’encre et de salive. Dans le cadre de l’affaire dite des « bérets rouges », une trentaine d’officiers, de sous-officiers et militaires du rang ont été interpellés et sont détenus au camp militaire de Kati.

Des informations persistantes, émanant notamment des avocats des personnes emprisonnées, faisant état de conditions de détention insupportables, circulent. Afin de se faire une idée exacte de la situation, le procureur de la République près le tribunal de la Commune III, qui a en charge le dossier, leur a rendu visite mercredi. A l’issue de sa visite, il a publié un communiqué pour confirmé qu’il s’était « rendu le 13 juin 2012 à Kati pour s’enquérir des conditions de détention des personnes qui font l’objet de poursuites pour les faits d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat par l’emploi illégal de la force armée, association de malfaiteurs, assassinat, coups et blessures volontaires, détention illégale d’armes de guerre et complicité ».

Sombé Théra explique avoir constaté « une amélioration sensible de leurs conditions de détention » avant de relever que « les détenus aussi bien que leurs conseils ont fait part de certaines préoccupations auxquelles la justice s’attellera rapidement à apporter des solutions conformément à la loi ». En conclusion le procureur de la République assure que « tout sera mis en œuvre pour un respect scrupuleux des droits des personnes détenues ». Le procureur général près la Cour d’Appel de Bamako, Souleymane Coulibaly, que nous avons interrogé, reconnaît qu’au tout début, les conditions de détention étaient difficiles mais qu’elles sont effectivement en train de s’améliorer. Il était notamment difficile d’accéder aux détenus.

Certains parmi eux se plaignaient de l’alimentation qui leur était donnée mais qui est la même qui est distribuée au camp de Kati. À ce jour, 28 personnes ont été entendues et inculpées. Le magistrat assure se faire de grands soucis pour ces personnes qui doivent bénéficier de la présomption d’innocence tant qu’elles n’auront pas été jugées. Il mettra tout en œuvre pour préserver leurs droits. Après la visite du ministre de la Justice, Malick Coulibaly, les détenus ont obtenu le droit de recevoir de la nourriture de leurs proches. Ils peuvent aussi rencontrer leurs avocats. Suite aux instructions du ministre Coulibaly qui avait demandé un assouplissement des conditions de détention en leur trouvant des couchettes acceptables, le parquet s’est exécuté en achetant des matelas et des draps neufs.

Souleymane Coulibaly rappelle que les avocats ont été associés à toutes les phases de la procédure. Pourquoi les détenir au camp militaire de Kati et pas ailleurs ? Le procureur général souligne qu’habituellement les militaires mis à la disposition de la justice sont détenus au Camp I de la gendarmerie, mais que là-bas les locaux sont insuffisants vu le nombre des détenus. « On avait pensé à les mettre en détention à Faladiè, mais ce serait confier des officiers à des élèves gendarmes. Si la justice trouve, même demain, un endroit plus conforme, elle est prête à les transférer », assure le procureur général. Qu’en pensent les avocats ?

Pour Me Harouna Coulibaly du cabinet Amidou Diabaté qui a des clients parmi les détenus, les avocats ont des reproches à faire sur les conditions de détention. Pour eux, leurs clients sont détenus dans des conditions contraignantes. Enfermés en permanence, ils n’ont pas le droit à la promenade. Les avocats dénoncent aussi ce qu’ils considèrent comme une entrave au droit à la défense. Il s’agit du droit d’un détenu à s’entretenir avec son avocat en privé. A Kati, assurent-ils, ils sont contraints de s’entretenir avec leurs clients en présence d’un militaire en arme. Ils réclament la fin de cette pratique qui jure avec les droits de la défense.

Allaye Lam

L’Essor du 15 Juin 2012