Partager

Depuis Accra où il a suivi de près l’arrestation et la condamnation de cinq journalistes, Me Bréhima Koné, président de l’AMDH, avertit que si nous ne prenons garde, notre pays dont des enfants ont sacrifié leurs vies pour l’avènement de la démocratie, glisse vers une dictature qui ne dit pas son nom.

Présent à Accra, le président de l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH) et de l’Union interafricaine des droits de l’Homme (UIDH), Me Bréhima Koné s’est prononcé sur la condamnation le 26 juin 2007 de cinq journalistes par le tribunal correctionnel de la Commune III.

La veille du procès, M. Koné avait déjà prévu que l’audience ne serait qu’une parodie de justice parce que le parquet voulait simplement faire plaisir au pouvoir. Les inculpations avaient été considérées comme la preuve d’un véritable recul de la démocratie au Mali depuis 1991. Me Koné s’est dit outré et surpris de l’attitude des plus hautes autorités.

Pour lui, si notre pays a eu une renommé internationale, c’est parce que la liberté de presse ou d’opinion n’a jusque-là connu aucune dérive. « La démocratie, acquise au prix du sang, a été aussi possible grâce à la presse qui s’est levée comme un seul homme pour se battre contre certaines pratiques, informer l’opinion nationale et internationale afin que les uns et les autres prennent conscience. C’est ce qui a conduit au 26 mars 1991 ».

Pour le défenseur des droits de l’Homme, les arrestations d’un journaliste et des 4 patrons de presse n’ont pas été faites conformément aux textes en vigueur. Au Mali, il y a une loi sur les délits de presse. Tout journaliste, aux dires de Me Koné, qui pose un acte dans le cadre de l’exercice de sa fonction devrait normalement être poursuivi sous l’égide de cette loi.

Or, constate-t-il, cette loi réglemente la procédure de sorte qu’on ne peut pas banalement mettre un journaliste en prison. « C’est ce combat que la presse a mené. Sauf si c’est pour d’autres fins ».

Malheureusement, Me Koné affirme que le procureur Sombé a péché par le fait d’avoir poursuivi les journalistes sur la base du délit d’offense au chef de l’Etat, ce qui est extrêmement grave et constitue pour lui une autre face de la justice. Devant cette violation flagrante des droits de la liberté de presse, les défenseurs des droits de l’Homme, selon Me Koné, tirent la sonnette d’alarme, dénoncent avec la dernière énergie cette dérive liberticide qui n’honore aucunement le Mali.

« Nous exigeons la libération sans condition et nous entreprenions toutes les démarches au plan national et international pour que la justice, le droit et la liberté de la presse triomphent au Mali ». Avant de conclure, il avertit que si nous ne prenons garde, le Mali, notre cher pays, dont des enfants ont sacrifié leurs vies pour l’avènement de la démocratie, risque de glisser vers une dictature qui ne dit pas son nom.

Amadou Sidibé
(envoyé spécial à Accra)

29 juin 2007.