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Dix-huit ans de prison ferme ! C’est la peine dont écope l’ex-chef de guerre congolais, Jean-Pierre Bemba, reconnu coupable de crimes contre l’humanité et crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI). Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ex-patron du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) paie pour ses troupes, au nom de ce que l’on appelle « la responsabilité du commandant » puisque les juges estiment que ce dernier n’a pas pris « toutes les mesures nécessaires et raisonnables » pour éviter les exactions commises par ses hommes à l’encontre des civils.

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Rappelons que Jean Pierre Bemba est le troisième citoyen congolais à passer sous les fourches caudines de la CPI, après Thomas Lubanga et Germain Katanga qui avaient écopé respectivement de 14 et 12 ans de prison ferme. On savait bien que les chances de Jean Pierre Bemba d’échapper à une condamnation étaient très minces. Car, à la Tabaski, on ne se pose pas la question de savoir si un mouton sera tué, mais plutôt combien de moutons seront sacrifiés. Le suspense ici, était de savoir le nombre d’années de prison qui serait infligé à Jean Pierre Bemba et non sa condamnation qui, à tout point de vue, semblait évidente. Car, Jean-Pierre Bemba passe pour être l’un des plus grands seigneurs de guerre de l’Afrique centrale, et relaxer un tel apôtre de l’arbitraire et de la violence, pourrait constituer un précédent dangereux, une lourde faute pour la CPI, mais aussi et surtout un véritable choc pour tous les hommes épris de paix et de justice. Ce d’autant plus que les atrocités des hommes de Jean-Pierre Bemba avaient profondément traumatisé le peuple centrafricain, voire l’Afrique tout entière.

Joseph Kabila aurait tort de croire que l’impunité lui est garantie
Tel un loup fatigué de courir, l’ancien chef de guerre congolais n’attendait plus que l’addition. Ce fils à papa qui rêvait de se reconstruire une belle carrière politique peut désormais dire, pour les dix prochaines années, adieu à ses ambitions. Mais, il l’aura mérité puisqu’il aura pris un gros risque en franchissant les frontières congolaises pour voler au secours de Ange Félix Patassé qui, il faut bien le dire, était loin d’être un démocrate. Cela dit, Bemba récolte ce qu’il a semé. Seulement, c’est regrettable de savoir que sa condamnation profitera au dictateur Joseph Kabila qui veut, contre vents et marées, prolonger son bail à la tête de l’Etat congolais. Car il ne fait aucun doute que le prononcé de la sentence qui a retenti, l’après-midi d’hier 21 juin 2016, dans la salle d’audiences de la CPI à l’encontre de Jean-Pierre Bemba, a fait rire sous cape Joseph Kabila. Car l’actuel maître de Kinshasa n’aura plus à combattre ce redoutable adversaire qui, autrefois, a failli lui tailler des croupières. Une fois de plus, on aura constaté que si Bemba s’est retrouvé nu face à la Justice, ce n’est ni du fait de la Justice congolaise ni du fait des autres juridictions africaines mais grâce à l’implication de la Belgique. C’est pourquoi Joseph Kabila aurait tort de croire qu’avec l’éclipse de Jean-Pierre Bemba, l’impunité lui est désormais garantie au point de vouloir massacrer son peuple pour se maintenir au pouvoir à vie. Il doit plutôt tirer leçon de ce qui arrive à son adversaire Bemba qui aura fait preuve de naïveté en politique, en franchissant la frontière pour porter secours à un chef d’Etat qui n’était pas un modèle de démocratie.

Dabadi ZOUMBARA

Lepays.bf – Le 21 Juin 2016