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La mise en demeure du maire de la Commune VI a semé un fort émoi dans les familles menacées.

La démolition annoncée des concessions illicites de Yirimadio et Missabougou oppose de manière irrémédiable les différents protagonistes.

D’un côté, on trouve les autorités communales qui désirent procéder à un rétablissement sans faiblesse la légalité, surtout dans un domaine où un précédent de laxisme pourrait générer à l’avenir d’autres situations ingérables.

De l’autre, on rencontre les partisans de la solution sociale, celle qui éviterait de plonger dans la tragédie des ménages sans recours. Dans les deux camps, on s’affirme prêts à la discussion. Mais on ne s’accorde pas sur l’objectif final des négociations à mener.

Présentement la situation est donc très tendue entre la mairie de la Commune VI et les occupants illégaux des 95 hectares de Yirimadio et des 18 hectares de Missabougou.
Ces deux zones abriteraient plus de 6000 (et non 5000, comme précédemment indiqué dans notre parution du 25 janvier dernier) maisons bâties sans autorisation. Ce qui veut dire que si l’opération de démolition se réalisait, elle serait la plus grande jamais entreprise dans notre capitale.

L’ampleur de l’action ne trouble guère les responsables municipaux de la Commune VI qui se disent déterminés à faire respecter la légalité. Et donc disposés à passer à l’action à tout moment. Car le temps n’est plus à la répétition des mises en garde. Le conseil municipal avait déjà adressé une sommation à chaque occupant illicite pour le sommer de déguerpir des lieux avant la fin du mois de janvier passé.

La mise en demeure du maire de la Commune VI a semé un fort émoi dans les familles menacées. Et déclenché depuis janvier dernier un branle-bas fébrile au sein des occupants illicites. Ceux-ci font feu de tout bois pour éviter la démolition de leurs maisons. Dès l’annonce de l’opération, ils ont mis en place l' »Association des bons voisins » pour la défense de leurs intérêts. Deux avocats ont été commis pour démarcher les autorités de la mairie de la Commune VI. Avec une seule, mais pressante consigne : empêcher la destruction des concessions.

Lorsque des rumeurs ont circulé qui fixaient sur le commencement des démolitions au 9 février dernier, les avocats ont introduit une requête au niveau de la juridiction compétente pour empêcher l’opération. Ils souhaitent obtenir un délai de grâce qui permettrait engager les négociations avec les autorités. Les conseils ont dans un premier temps rencontré le maire de la Commune VI.

Mais les négociations ont rapidement tourné court. Les défenseurs se sont alors tournés vers le gouverneur du district de Bamako. Ce dernier aurait préféré porter le litige à la connaissance de son ministère de tutelle. Les deux avocats ont exploré cette nouvelle voie et ont ainsi été reçus en audience par le général Kafougouna Koné courant février. Cette démarche visait surtout à faire retarder la démolition, le temps de dégager une solution satisfaisante pour toutes les parties.

Prêts aux sacrifices

Un responsable du ministère qui a préféré garder l’anonymat assure avoir participé à l’entretien. Il a révélé que le ministre a souhaité que l’affaire soit traitée dans le cadre du respect de la légalité. « Le ministre a été clair et catégorique, nous a expliqué notre informateur. Il a constaté qu’il s’agit d’une occupation illicite à laquelle il faut mettre fin. Cette pratique n’a que trop sévi dans le district de Bamako. L’autorité de tutelle souhaite que la mairie récupère ses biens en respectant toutes les procédures d’usage en la matière« .

Le président de l' »Association des bons voisins« , Souleymane Thiam, nous a indiqué avoir lui aussi participé à l’audience. Mais son compte-rendu est différent. « Le ministre, a-t-il assuré, est favorable à une solution à l’amiable. Il a même proposé de procéder à une expertise et à une contre-expertise des sites concernés, afin de se faire une idée claire sur ce litige foncier. Ces expertises ont pour but final de refaire le lotissement de la zone. Notre interlocuteur a aussi pris l’engagement de recaser ceux dont les maisons seront détruites. En attendant, il a demandé à tous les occupants d’arrêter de construire« .

Souleymane Thiam a assuré que cette recommandation a été suivie à la lettre. « Vous pouvez aller le constater, a-t-il dit. Les maçons ont quitté les sites. Notre association a toujours privilégié le dialogue et n’a à aucun moment emprunté la voie de la violence« .

Le plaidoyer du premier responsable de l' »Association des bons voisins » est poignant. « C’est vrai que les gens ont peur de se retrouver dans la rue, a-t-il reconnu. Ce qui serait une catastrophe. Mais nous restons ouverts au dialogue avec les autorités. Nous gardons l’espoir qu’une solution est possible pour éviter le pire. Il est vrai que la mairie ne veut plus nous écouter. Mais nous n’allons pas tomber dans la violence par désespoir. Ceci n’a jamais été notre intention« .

Souleymane Thiam a ajouté que les occupants sont prêts à tous les sacrifices pour sauver leurs maisons. « La mairie peut nous faire des propositions. S’il s’agit par exemple de payer des droits et des pénalités, nous sommes prêts à nous soumettre à cette sanction. Nous n’avons pas le choix puisqu’il s’agit de sauvegarder ce dans quoi nous avons investi« , a-t-il indiqué.

Mais ces assurances de bonne volonté laissent de marbre la mairie de la Commune VI. Celle-ci n’entend pas reculer sur la démolition programmée. Il s’agit pour la municipalité de recouvrer l’usage de ses disponibilités foncières. Le maire Souleymane Dagnon a laissé entendre que les terrains, une fois récupérés par la mairie, seront mis à la disposition des agences immobilières, hormis la zone qui sera affectée aux 165 foyers inondés de Missabougou.

Ceux-ci doivent être précisément installés sur un espace de 16 hectares. L’édile ne mâche pas ses mots pour donner sa position. « La démolition, a-t-il assuré, peut intervenir à tout moment puisque les occupants illégaux ont été déjà avertis. Toutefois, cette démolition ne concernera pas les gens qui ont une notification en bonne et due forme« .

Le maire Souleymane Dagnon hausse encore le ton pour marteler le fond de sa pensée. « Il n’est pas question d’annuler l’opération de démolition pour plusieurs raisons. Il faut y procéder pour restaurer l’autorité publique. Il faut y procéder aussi pour mettre fin aux occupations illicites des biens domaniaux publics dans le district de Bamako. Il faut y procéder enfin pour que les gens sachent que c’est un délit de s’accaparer des terres de l’État ou de la collectivité« .

Notons qu’une éventuelle opération de destruction n’épargnerait qu’une infime proportion d’occupants : ceux qui peuvent brandir la précieuse notification.

M. KEITA – L’Essor

06 Mars 2008.