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Après une dizaine de jours de tractations et de négociations à Ouagadougou, l’émissaire du président Traoré n’est finalement parvenu qu’à signer un accord de compromissions avec les groupes rebelles terroristes qui ont pris la ville de Kidal en otage. Un accord honteux et humiliant pour un pays qui se dit fier.

Onze jours après avoir entamé des négociations avec les groupes rebelles et terroristes, Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) et Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (Hcua), la délégation conduite à Ouagadougou par le conseiller spécial de la présidence, Tiébilé Dramé, a signé, le 17 juin, un « Accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali » qui devrait, en principe, permettre la tenue de l’élection présidentielle à Kidal. Cette ville est entre les mains des rebelles terroristes depuis sa libération, en janvier dernier, de la présence des forces jihadistes, Aqmi, Mujao et Ansar Eddine, des rebelles terroristes qui en avaient interdit l’entrée aux forces armées et de sécurité régulières.

Sous la pression de la communauté internationale, notamment la France et les Etats-Unis, le président a fini par céder et à ouvrir des négociations avec les occupants afin de parvenir à un accord. Ainsi, après moult tractations, le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, par l’intermédiaire de son conseiller spécial et de son ministre en charge de l’administration territoriale et de la décentralisation, en est venu à accepter des concessions qui frisent la compromission avec des terroristes dont les mains, les pieds et même la tête sont entachés du sang d’un peuple malien qui n’a pas encore fini de compter et de pleurer ses morts.

Ce document qui vient d’être signé sous l’égide du médiateur de la Cédéao dans la crise malienne et des représentants de la communauté internationale se présente sur douze pages, et s’articule autour de vingt-cinq articles. Il a été proposé par le président burkinabé, Blaise Compaoré puis amendé par son homologue malien. Il a tout faux. A commencer par son intitulé contenant la mention «inclusifs» alors que les représentants des autres communautés, les plus majoritaires de la zone, n’ont pas été associés aux négociations.

Celles-ci ont eu lieu essentiellement entre gouvernement malien et rebelles terroristes apatrides, en raison de quatre représentants par partie. C’est déjà honteux que le peuple malien entier ait la même représentativité (quatre) qu’une bande de pouilleux mais que ce soit un ministre de la République qui signe cela, c’est scandaleux.

Ce document dit aussi en substance que dès sa signature, les forces de défense et de sécurité peuvent se redéployer progressivement à Kidal alors que le même accord interdit aux deux parties toute tentative d’occuper de nouvelles positions. En outre, ce redéploiement de l’armée doit se faire sous la supervision des forces africaines et françaises.

Compromissions

Ce que le président Traoré doit expliquer au plus tôt au peuple malien, c’est pourquoi, en sa qualité de chef suprême des armées, il n’a pas donné l’ordre à l’armée de continuer sa progression sur la ville de Kidal alors que les militaires n’étaient qu’à une centaine de kilomètres, plus précisément à Anéfis, et qu’ils étaient également présents dans le reste de cette région. Etait-ce pour ouvrir des négociations qui aboutiraient à ce cessez-le-feu honteux et humiliant entre l’armée et des groupes rebelles terroristes et criminels qui pouvaient être définitivement vaincus, arrêtés et jugés pour crimes de guerre, crimes racistes, crimes de violence sexuelle, génocide, viols, vols, pillages, crimes contre le peuple malien ? Etait-ce pour prendre langue avec un Alghabass Ag Intalla, ancien haut responsable d’Ansar Eddine, ce groupe djihadiste qui a égorgé des soldats patriotes, qui a lapidé à mort des gens, qui a coupé des mains et des pieds, qui a fouetté et torturé des innocents, violé et volé des femmes ?

Dans quel pays autre que le Mali a-t-on vu un cessez-le-feu entre une armée régulière agressée et des criminels qui occupent irrégulièrement son territoire avec une volonté sécessionniste? Certainement pas en France, en Suisse ou aux Etats-Unis !

Dans le document, il est prévu la création d’une commission technique mixte de sécurité dirigée par le commandant de la Misma/Minusma et basée à Gao. Pourquoi dans cette région qui a été libérée de toute présence terroriste ? C’est à Kidal qu’il y a problème pourquoi Dioncounda Traoré et ses amis cosignataires n’amèneraient-ils pas leur joujou dans le grand nord, à Kidal où sévissent encore les rebelles terroristes ? C’est là-bas qu’il sera le plus utile si c’est réellement pour observer la mise en œuvre de l’accord.

Poursuites judiciaires

Une autre compromission, très dangereuse d’ailleurs avec des gens qui n’ont pas l’habitude de respecter leurs engagements dont ce cessez-le-feu, c’est de permettre le cantonnement des groupes rebelles terroristes avec leurs armes, matériels et logistiques de guerre. Il est de notoriété publique, en effet, que les éléments du Mnla et du Hcua ne constituent qu’une infime minorité des communautés touarègues de la région de Kidal (qui elles-mêmes constituent une minorité dans le nord du Mali). Pendant toute la crise, des déclarations ont été faites par des Touareg, à Bamako comme dans d’autres villes du pays y compris à Kidal même, par les ressortissants de cette région qui se sont vite désolidarisés de leur aventure criminelle et meurtrière. Certains habitants se seraient procuré le drapeau malien afin de le brandir le jour de l’entrée de l’armée malienne, en guise de preuve de leur attachement à l’intégrité territoriale et à la souveraineté nationale.

Laisser ces groupes se cantonner à Kidal avec leurs armes, c’est exposer les populations à tous les dangers pouvant provenir de quelques irrédentistes. D’autant plus que ceux-ci sont confortés dans leurs velléités séparatistes ou autonomistes par le fait que Bamako accepte le maintien de la mention Azawad dans le document qui a été signé, incitant les rebelles terroristes à considérer l’ensemble des trois régions septentrionales comme étant leur dû. Par cela, le pouvoir de transition vient d’encourager la partition du territoire national en nord Mali et sud Mali.

Mais malgré tous ces griefs qu’on peut légitimement nourrir contre le président Traoré et son conseiller spécial, il faut leur reconnaitre un point positif, un seul : le maintien des poursuites judiciaires. En effet, malgré les pressions de la France et du Burkina Faso qui, avec la Mauritanie, abritent et protègent majoritairement les rebelles terroristes, le Mali maintient les mandats d’arrêt internationaux lancés contre certains responsables du Mnla et du Hcua.
Reste à savoir maintenant si Français, Burkinabés et Mauritaniens, qui ont obtenu de Dioncounda Traoré les compromissions qu’ils voulaient, se montreront plus coopératifs sur le plan judiciaire et donneront au président malien ce que lui il veut. Ce qui est loin d’être sûr et dans ce cas, le président par intérim sera le dindon d’une farce particulièrement macabre.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 20 juin 2013.