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Si l’Etat n’exécute pas notre grosse de justice, nous allons nous rendre justice”. Ces propos sont de certains compressés de l’ex-Régie des Chemins de Fer du Mali qui ne reculent devant rien pour se faire entendre. Parmi la demi centaine de compressés à qui l’Etat doit plus de 321 millions francs CFA, il y a Samballa Kanté, un des leaders du groupe. Avec toutes leurs familles – femmes et enfants – ils ont décidé de marcher le mardi prochain pour marquer leur désarroi.

C’est un travailleur compressé en rogne qui s’est présenté, hier, dans notre rédaction, muni d’une grosse de justice. Il se plaint de l’injustice qui sévit dans notre pays, preuve que le Mali sous ATT va mal.

Pourtant, il avait soutenu ATT à l’élection présidentielle. Aujourd’hui, il demande à ATT de ne pas le pousser à regretter son choix.

C’est donc un travailleur compressé de la Régie des chemins de fer du Mali très remonté contre ATT qui nous a rendu visite hier pour tirer la sonnette d’alarme contre la non exécution d’une décision de justice.

Samballah Kanté, c’est son nom, et une demi centaine de compressés menacent de prendre la rue, mardi prochain et s’il le faut, a indiqué M. Kanté, avec leurs femmes et leurs enfants, pour exprimer sur la place publique, leur colère. Samballah Kanté est un leader syndical de l’ex-régie des chemins de fer qui a été compressé en 2003, suite à la concession.

Militant de l’Adema, il s’est rendu au Canada en 2004 où il a milité au Mouvement citoyen pour soutenir ATT, le choix de son parti. Le candidat ATT rempile à plus de 70% des voix. Il a pensé qu’en soutenant ATT, il défendait en même temps la justice et l’Etat de droit dans notre pays. Malheureusement, aujourd’hui, il est en passe de regretter son choix en la personne d’ATT à cause de ce qu’il considère comme une grave injustice.

En fait, M. Samballah Kanté et la demi centaine de compressés sont munis d’une grosse de justice relative à l’audience publique ordinaire du 19 janvier 2006. Cette affaire oppose la RCFM, d’une part à Samballah Kanté et 46 autres compressés, d’autre part.

L’arrêt rendu par la Cour d’appel de Bamako, le 19 janvier 2007, ordonne le reclassement de Samballah Kanté et 46 autres à la catégorie B. Il condamne en conséquence la Régie des chemins de fer du Mali à leur payer la somme de 321 953 618 francs au titre des différentiels de salaires.

Dans une lettre datée du 15 mars 2006, l’avocate des compressés, Me Traoré Aminata s’est adressée au ministre des Domaines de l’Etat et des affaires foncières en ces termes “j’ai l’honneur de vous faire parvenir la grosse de l’Arrêt n°011 du 19 janvier 2006 rendu par la chambre sociale de la Cour d’appel de Bamako dans l’affaire citée en référence et par lequel la Régie des chemins de fer du Mali, représentée par votre ministère a été condamnée au reclassement des demandeurs, ainsi qu’au paiement des différentiels de salaires afférents audit reclassement.

Avec le ferme espoir que votre département sera sensible à la situation de ces travailleurs qui ont suffisamment été privés du fruit de leur travail, je vous prie, Mme le ministre, de croire en l’expression de ma très haute considération”. L’huissier de justice, Me Sylvain M.

Kéita, sur la requête de M. Samballah Kanté et ses camarades a fait commandement à la RCFM, le 11 juin 2007, d’avoir à payer, dans un délai de 8 jours les différentiels de salaires d’un total TTC de 345 150 534 Fcfa. L’huissier précise que le présent commandement est servi conformément aux articles 92 et suivants de l’Acte uniforme de l’OHADA portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution des articles 512, 695 et 698 nouveau CPCCS.

Faute de paiement dans un délai de 8 jours à compter du présent acte, indique l’huissier, la RCFM sera contrainte par tous les moyens et voies de droit, notamment par la vente forcée de leurs biens meubles et s’il y a lieu, l’exécution se poursuivra sur les biens immeubles. Aujourd’hui Samballah Kanté et les 46 autres sont désemparés, car ils attendent toujours.

Excédés de prendre leur mal en patience, ils ont décidé de prendre le taureau par les cornes, à l’image de M. Kanté, menaçant : ‘’ nous marchons mardi prochain, avec nos femmes et nos enfants, s’il le faut et si nous n’avons pas gain de cause, nous serons prêts à nous rendre justice et dans ce cas, nous serons pire que les rebelles touareg ‘’, a-t-il martelé.

Samballa Kanté a signalé qu’il avait rendu visite à ATT, 3 jours après son investiture. A cette occasion, il a lui a remis une copie de la grosse, main à main, pour que le président les aide à faire respecter la loi. ATT, a-t-il ajouté, leur avait promis d’en parler au ministre.

Ça fait un an, s’est plaint Samballah Kanté, je ne travaille pas, je ne dispose d’aucun revenu. Je cours toujours derrière cette grosse et jusqu’à présent, je n’ai vu aucun sou, il ne faut surtout pas qu’ATT me fasse regretter de l’avoir soutenu à l’élection présidentielle”.

La concession des chemins de fer ne finit donc pas de faire ses victimes. Après l’annonce de son échec, c’est au tour de ses compressés de courir derrière leurs droits, de surcroît, munis d’une grosse de justice. La non exécution des décisions de justice a déjà constitué le thème d’une rentrée judiciaire.

On se rappelle que Me Fanta Sylla, à l’époque, bâtonnier, avait eu des mots très durs à l’égard de la famille judiciaire et de l’Etat. La situation, si elle n’a pas empiré, n’a pas du tout évolué vers une amélioration. A entendre Samballah Kanté, elle a plutôt sombré dans les abîmes de l’injustice.

Ce qui, si l’on n’y prend garde, risque de pousser les populations, comme l’a si bien exprimé le travailleur compressé, à se rendre justice. En tout cas, Samballah et les 46 autres n’en sont pas encore là. Ils ont, malgré tout, décidé d’organiser une marche avec leur famille, mardi prochain, à partir de la Bourse du travail. Dépité, il a aussi proféré des menaces qui révèlent le désarroi et l’impuissance d’un père de famille totalement démuni.

Baba Dembélé

25 Juillet 2008