Partager

Prévue pour l’après midi d’hier, dimanche 26 octobre, la clôture du 4ème congrès ordinaire de l’ADEMA – PASJ est reportée à cet après-midi. Et pour cause : la guerre des places fait rage au sein de la ruche. Ce sont l’incertitude et le grand cafouillage qui ont pris le dessus sur la sérénité. Au moment où nous mettions sous presse, seule la reconduction de Dioncounda Traoré était acceptée. Concernant les autres sièges, c’était la grande bagarre, les conciliabules interminables. Le congrès était incapable de trouver un consensus pour éviter le vote, destiné à départager les différents protagonistes. La nuit portant conseil, peut – être que ceux-ci accorderont leurs violons avant l’heure H.

Jamais un congrès de l’ADEMA n’a été aussi passionnant et passionné. Jamais un congrès des abeilles n’a été autant suscité l’intérêt. Tels les enjeux, les trahisons et les coups bas étaient de taille.

Ouvert dans une atmosphère de suspicion, le 4ème congrès ordinaire du Parti Africain pour la Solidarité et la Justice a frôlé la cassure parce qu’un groupe du Comité Exécutif dirigé par le deuxième vice – président, Ibrahima N’Diaye et le Secrétaire chargé de la décentralisation, Oumarou Ag Ibrahim, préparait une révolution de palais.

Le coup a foiré et les auteurs du putsch manqué ont pris le congrès en otage. Car après avoir reconnu leur forfait et demandé pardon à Dioncounda Traoré, ils ont mis en œuvre une stratégie d’encerclement du président sortant.

Elle consiste à accepter le leadership de ce dernier mais à l’entourer d’hommes et de femmes qui sont considérés comme hostiles à l’enfant de Nara.

C’est dans cette optique que les partisans de Iba N’Diaye ont concocté un Bureau dans lequel la première vice- présidence revenait au ministre de l’Emploi, la deuxième vice – présidence à Sékou Diakité, la troisième vice – présidence à Oumarou Ag Ibrahim, la quatrième vice – présidence à Mandé Sidibé, la cinquième vice – présidence à Soumeylou Boubèye Maïga et la sixième vice – présidence à Tiémoko Sangaré. Les hommes de Iba N’Diaye, dans leur frénésie, ont même mis le Pr Ali Nouhoum Diallo hors du Comité Exécutif.

Réputé être l’une des rares personnalités de l’ADEMA qui incarnent encore les vertus du parti, l’ancien président de l’Assemblée nationale et du Parlement de la CEDEAO, un icône pour la nouvelle génération est ravalé au second plan, voire rejeté par les auteurs du putsch manqué.

De plus, sur les désormais 77 membres du Comité Exécutif (c’est le nombre arrêté par les textes du parti, adoptés dans l’après – midi d’hier dimanche, 26 octobre), les adversaires de Dioncounda Traoré se sont donné les postes stratégiques, notamment ceux du Secrétariat Permanent. Avant de s’adjuger la majorité des postes du Nouveau Comité Exécutif.

Iba N’Diaye et ses camarades, comme Candide, croyaient que le fait d’avoir abandonné leur prétention à bousculer Dioncounda Traoré pourrait amener ce dernier et ses partisans à accepter toutes autres propositions de leur part. Mais, ils se sont heurtés à un niet catégorique. D’où les nombreux conciliabules entre vice – présidents, entre délégations régionales, entre clans dans les halls du CICB. Même le Comité Exécutif s’est réuni à Bamako – Coura, en marge du congrès.

Sans compter les différentes rencontres nocturnes chez certains responsables du parti. Ces nombreuses réunions n’ont pas servi à faciliter le déroulement du congrès, a fortiori à débloquer la situation. Au contraire, au fur et à mesure que les débats progressaient, le ciel de l’ADEMA s’assombrissait et l’incertitude continuait de planer sur l’issue favorable de ce 4ème forum. Au finish, c’était le cafouillage total. Des informations contradictoires circulaient dans les allées du CICB.

Tantôt, on apprenait que c’est Tiémoko Sangaré le premier vice – président, Tantôt, Oumarou Ag Ibrahim, Tantôt c’est Ibrahima N’Diaye. Ensuite, une folle rumeur s’est emparée du CCIB, selon laquelle Mandé Sidibé menaçait de démissionner si jamais Tiémoko Sangaré, deuxième derrière lui sur la liste de la coordination régionale de Sikasso pour entrer au Comité Exécutif, est classé devant lui. Approché par nos soins, l’ancien Premier ministre nous a déclaré :  » Je ne l’ai pas dit comme cela. Je n’ai rien contre Tiémoko Sangaré. Je veux la transparence et il me faut comprendre certaines situations « .

Au finish, la situation est bloquée et au moment où nous mettions sous presse (18heures) la commission d’investiture, qui devrait comprendre 5 membres du Comité Exécutif sortant et les Secrétaires généraux de toutes les sections, n’avait pas encore siégé. Et du coup, la clôture du congrès, initialement prévue à la même heure, a été reportée à cet après – midi.


La nuit devant porter conseils, il est fort possible que les candidats aux différents postes s’entendent avant le moment ultime. Mais à l’ADEMA, il ne faut rien exclure : le meilleur comme le pire.

A l’ouverture de ce congrès, le vendredi 24 octobre, le président Dioncounda Traoré a prononcé un discours de bonne facture : «  …Il est clair que l’ADEMA – PASJ, en parti responsable, ayant présidé, avec d’autres, aux destinées du Mali pendant 10 ans, en parti participant encore au gouvernement de ce pays et enfin, en parti ayant vocation, par la grâce d’Allah et avec la volonté du peuple malien, à conduire de nouveau la pirogue Mali dans la voie du développement économique, il est clair, dis-je, que l’ADEMA a l’ardente obligation de suivre avec attention les crises politiques, géopolitiques, économiques, financières, alimentaires et environnementales qui secouent le monde d’aujourd’hui. Il a l’ardente obligation de les analyser, d’en déterminer les causes immédiates et plus lointaines, plus profondes, de dégager leurs impacts sur la planète, sur notre continent, sur notre sous-région, sur notre pays, et de proposer les réponses idoines. Le présent congrès nous offre une bonne opportunité pour ce faire « .

En outre, Dioncounda Traoré a abordé la crise financière actuelle, les crises au Balkan, dont le paroxysme a conduit à l’indépendance du Kosovo, la guerre d’Irak, les révolutions caucasiennes (révolution géorgienne des roses en 2002, révolution orange ukrainienne en 2004), les mouvements séparatistes Ossète et Abkhaze, ayant conduit à l’actuel conflit russo – géorgien.

La question de la Palestine, les conflits de la Tchétchénie, de l’Afghanistan et les attentats terroristes enregistrés dans de nombreux Etats, l’évolution de la situation en République Démocratique du Congo, le Darfour, le mandat d’arrêt lancé contre le président Omar El Béchir par la CPI, la situation en Mauritanie sont au nombre des préoccupations évoquées par le président de l’ADEMA. Celui – ci n’a pas non plus oublié la flambée des prix des produits pétroliers, le phénomène de l’effet de serre et les déforestations anarchiques.

 » Loin des scories et dogmes qui ont obscurci ces débats au cours des 19ème et 20ème siècles, il urge que les démocrates africains avec lucidité, pragmatisme et courage politique, pensent et mettent en œuvre leurs propres propositions de stratégies de développement de leurs pays et de l’Afrique…  » a declaré le président de l’ADEMA.

Pour revenir au Parti Africain pour la Solidarité et la Justice, Dioncounda Traoré dira que la principale tâche des abeilles est, désormais, de revenir aux valeurs fondatrices de l’ADEMA, de réhabiliter le débat sain et constructif, «  de nous réapproprier notre projet de ramener l’unité, la cohésion, la confiance entre les militants, le travail, la discipline, la solidarité et la justice « .

A suivre

Chahana TAKIOU

27 Octobre 2008