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Longuement attendues, les modalités de désignation et de répartition des membres du Conseil national de transition sont désormais disponibles. Favorables aux militaires, elles jouent en défaveur du camp du mouvement hétéroclite. Ces modalités de désignation exhibent d’office et sans détour, le rejet de la demande adressée aux nouvelles autorités par les membres du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP).

Encore une fois, le cri de cœur venant du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques n’a pas été entendu par les nouvelles autorités du pays. Ainsi, on peut irréfutablement se permettre d’annoncer que le rêve du mouvement protestataire sera difficilement réalisable dans un « Mali nouveau et refondé » dont il prétendait construire. Déception sur déception, le M5-RFP  qui se disait fier du parachèvement de sa lutte par les militaires du CNSP s’est finalement retrouvé esseulé, fractionné et sous-estimé de nos jours par son ancien allié (CNSP). Cela, tant dans la désignation du Président de la transition, la nomination du Premier ministre, la formation du gouvernement, que dans la composition du Conseil national de la transition. En l’occurrence, si ces membres se plaignaient par rapport à toutes les étapes de désignations de l’équipe de la transition, nous dirons que leur sort  est aussi connu de tous dans la formation du présent conseil. Noir sur blanc, ce décret N°2020-0142 du 9 novembre 2020  fixant les conditions de désignation des membres du Conseil national rejette, comme ça a été toujours le cas, toute demande venant des membres du M5.

Suivant l’article 1er du décret de désignation, les militaires se taillent la part du lion avec 22 représentants dans le Conseil national. Quant aux membres du M5-RFP, le décret ne prévoit que huit (8) postes au total à répartir entre les composantes du mouvement hétéroclite. Ce décret vient ainsi foirer le plan et la politique fixés par le mouvement anti régime IBK qui tenait à l’occupation de plusieurs postes du CNT. Par-là, il va de soi que nous rappelons la conférence de presse tenue en mois d’octobre 2020 par le camp M5. Lequel évènement permet aux responsables de dénoncer la continuité du système «  IBK sans IBK » par les militaires. Avec à sa tête Choguel Kokalla Maiga, président du comité stratégique du M5, les conférenciers avaient vivement plaidé pour l’occupation d’une grande partie du Conseil national de transition. En plus, Choguel Kokalla et ses partenaires  sollicitaient  à ce que le poste de présidence du Conseil national de transition leur soit revenu, en tant que force du changement. Cette demande pourtant adressée aux nouvelles autorités vient  d’être déboutée. Cela, pour simple raison que le mouvement n’a droit qu’à huis(8) postes à se le partager parmi le reste.

Vus et considérés au départ comme deux poumons dans un même corps, le comité national pour le salut du peuple (CNSP) et le M5-RFP n’ont plus la même vision de gérer le pays. Les membres de ce dernier ont toujours crié à la trahison et  à la ruse de l’autre au détriment de l’intérêt du peuple. Par ce même scénario, les militaires ont désigné Bah N’Daw, l’actuel président de la transition et le Premier ministre Moctar Ouane .suite à l’attelage du gouvernement, on se souvient encore que les responsables du mouvement sont sortis pour dire qu’ils n’ont aucun représentant dans le gouvernement. Sans ambages, l’analyse de ces situations donne lieu à des interrogations : pourquoi les militaires s’accrochent-ils autant au pouvoir ? Sont-ils vraiment décidés à transmettre le pouvoir à celui qui le mérite ? Qu’est-ce qui motive leur différente décision ? Ont-ils d’autres ambitions que la gestion de cette transition ? En tout cas, celles-ci sont des questions qui taraudent l’esprit de bon nombre de patriotes maliens. Sans faire de préjugé, nous dirons que l’avenir nous éclaircira, puisque le temps est le meilleur, juge, dit-on dans nos proverbes. Mais ce qui est sûr, tout sera tiré au clair un jour, et le peuple saura  tôt au tard la vérité dans cette histoire.

Mamadou Diarra

Source: Le Pays