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La mauvaise gestion du Complexe sucrier du Kala supérieur (Sukala-SA), les difficiles conditions de vie et de travail, la destitution du directeur administratif, le remboursement des 74 millions opérés sur les salaires au titre de l’Assurance maladie obligatoire (Amo), les licenciements arbitraires… sont des doléances que les délégués du personnel de Dougabougou et de Siribala défendent depuis plusieurs semaines.

Ces derniers temps sont chauds à Dougabougou et à Siribala. Marches et rencontres des travailleurs remontés contre la direction générale de Sukala-SA se multiplient. Le lundi dernier, à la veille du 1er mai, fête du travail, les délégués du personnel ont organisé à Dougabougou une assemblée pour faire le point d’exécution de leur cahier de doléances.

Les travailleurs des deux unités industrielles de sucre disent en avoir ras-le-bol de la mauvaise gouvernance qui a longtemps caractérisé Sukala-SA. « Nous demandons la destitution du directeur administratif des ressources humaines et de la logistique, Adama Bolézogola ». C’est l’une des neuf exigences d’une lettre en date du 1er avril 2012, adressée à la direction générale de Sukala.

Cette doléance du personnel n’est pas tombée dans des oreilles sourdes. Par décision n°00052/DG/Sukala, du 19 avril dernier, la directrice générale, une Chinoise, Mme Luxingeen, a relevé Adama Bolézogola de son poste de directeur administratif, fonction qu’il occupait depuis dix ans.

Le motif invoqué par la directrice est sans ambages : « indélicatesse dans la gestion ». La patronne de Sukala explique sa décision en évoquant les conclusions d’un rapport d’investigation du service juridique et d’audit, en date du 17 mai 2011. L’intéressé, selon des sources, s’en défend.

Il n’est pas d’accord avec cette accusation qui peut lui apporter des ennuis avec la justice. Les travailleurs reprochent néanmoins au responsable destitué divers agissements peu orthodoxes dans la gestion du personnel et de la logistique. Les délégués du personnel accusent M. Bolézogola du « vol de plus de 500 millions de F CFA dans la gestion de l’équipe volante et dans le cadre du contrat de gardiennage, entre 2005 et 2011″.

Autres griefs portés contre M. Bolézogola : « le vol et sa consommation abusive de carburant », le déploiement illégal de manœuvres pour le gardiennage de la foresterie en dépit d’un contrat passé avec une société rétribuée par Sukala.

Les travailleurs disent voir une connivence avec une personne morale dont le dessein est de s’enrichir frauduleusement sur le dos de l’entreprise. Une autre plainte portée par les délégués porte sur l’affectation de 15 autres manœuvres de « l’équipe volante » à des services privés domestiques et dont les pointages sont faits au compte de Sukala-SA.

Et les délégués n’oublient pas les licenciements abusifs des travailleurs, le non-paiement des heures supplémentaires. Dans une correspondance, datée du 23 avril 2012, adressée au nouveau ministre du Commerce, des Mines et de l’Industrie, les délégués du personnel exigent l’engagement des poursuites judiciaires afin de permettre à Sukala de recouvrer le manque à gagner occasionné par la mauvaise gestion de la direction générale.

Ils soulignent l’inanité d’un contrat d’assistance judiciaire de 17 millions de F CFA annuel, passé avec un cabinet d’avocat depuis le 29 septembre 2011 tandis que l’ancien contrat résilié à cause du népotisme de la direction ne dépassait guère les 2,1 millions de F CFA. Les travailleurs ont été informés par les délégués que les 74,130 millions, prélevés au titre de l’Amo seront remboursés ainsi que la rente des six accidentés du travail entre 2002 et 2006.

Les huit délégués du personnel qui pilotent la lutte actuelle affirment que la direction générale essaie par tous les moyens de les corrompre en leur proposant des cadeaux divers en nature comme en argent liquide. « Nous avons refusé leur sucre, leur thé et les propositions de primes. Nous n’allons jamais vous trahir, c’est l’intérêt du groupe et de tout le monde qui l’emporte et c’est ça notre lutte, notre objectif », a lancé haut et fort le délégué général du personnel, Fofana Alassane, sous un tonnerre d’applaudissements.

H. Diabaté

(correspondant local)

04 Mai 2012