Partager

On peut dire que la Compagnie minière canadienne IAMGOLD, créée en 1990 par deux associés et actionnaires principaux (totalisant jusqu’à 27% des parts), est née sous le signe du cyanure. Elle est « dirigée par deux Canadiens un peu spéciaux », comme le disait François Xavier Verschave.

« Le premier, William Pugliese, a bâti sa fortune sur une activité qui confine à l’escroquerie. Elle a fait Florès en France, avant d’y être interdite: une société envoie un courrier en nombre aux entreprises inscrites sur les » pages jaunes« , avec une facture qui ressemble étrangement à celle du concessionnaire officiel.

En bas, une formule juridiquement floue menace d’un contentieux en cas de retard de paiement. Sans lire le détail, nombre de destinataires règlent immédiatement un service… inexistant ou presque. Car la diffusion suggérée n’a strictement rien avoir avec celle d’un annuaire distribué à plusieurs millions d’exemplaires.

Pugliese a acquis tellement de soutiens en tous genres qu’il n’a jamais été condamné par la justice canadienne.


Son associé d’origine australienne, Mark Nathanson, a jadis vendu sa société Zentraco international SA des équipements de sécurité à la police secrète du dictateur nigérian Ibrahim Babangida, coutumière du meurtre et de la torture. Nathanson possède également une société d’investigation privée international, FIA holdings Limited (FIA pour Forensic Investigative Associates, centre d’étude sur le crime organisé et la corruption qui a son siège au paradis fiscal de Bahamas).

C’est à ces deux personnages que le prédécesseur d’Amadou Toumani Touré, Alpha Oumar Konaré, a confié la plus belle mine du Mali. Leur confierez-vous votre portefeuille? »

Mark Nathanson explique dans sa biographie: « j’ai passé ces vingt cinq dernières années à travailler avec de multiples gouvernements, dont beaucoup en Afrique, principalement dans les secteurs de la sécurité nationale et de la communication (…). L’Afrique de l’Ouest a toujours résonné en moi comme un appel spécial. Durant mes nombreuses années d’exploitation de la région, j’en suis venu à croire fermement à la fois dans la promesse de la terre, et dans le potentiel de son peuple.

 » Il s’attribue la découverte de gisement de Sadiola en 1988, sous le régime dictatorial de Moussa Traoré, et en obtient les droits d’exploitation via sa société AGEM, qui a une filiale dans le paradis fiscal de la Barbade.
Ajoutons que Mark Nathanson, a été décoré en 1995 par le président du Sénégal pour
« bienfaits rendus au peuple sénégalais« .

Il est également membre bienfaiteur de la section canadienne de Transparency international, à coté de personnes morales comme les compagnies minières Alcan, Placer Dome, Barrick gold et…

L’Agence canadienne de développement international (ACD), elle aussi très critiquée pour ses soutiens financiers aux multinationales de l’or.

Transparency international et un ONG qui se donne pour mission de dénoncer la corruption et la criminalité financière. Un domaine où Mark Nathanson apparaît en spécialiste. Une recherche plus fouillée montre justement que les premiers associés du tandem Plugliese-Nathanson ont eu plusieurs démêlées avec la justice américaine.

Un allié de la première heure, John A. Boultbee, a été poursuivi en 2005 par la commission de sécurité de l’Ontario pour fraude fiscale estimée à 84 millions de dollars US impliquant sa société hollinger Inc., basée à Chicago. Boultbee a plaidé non coupable. Il a aussi demandé une exemption lui permettant ses activités à la direction d’IAMGOLD.

Elle lui a été refusée. William Pugliese, son ami depuis vingt ans, l’a provisoirement sorti d’affaire contre une caution de 1,5 million de dollars, et lui a donné congé des fonctions qu’il occupait chez IAMGOLD depuis 1994.

Deux autres membres de la direction d’IAMGOLD (jusqu’en 2002) méritent notre intérêt: l’ancien officier de la gendarmerie royale du Canada Rodney stanler, qui travaille également pour la FIA de Nathanson. Outre des rapports de circonstances pour défendre les intérêts des géants Nord américains du tabac, Rodney Stanler a mené en 1997 une enquête pour le compte de la société minière Bre-X Minerals Ltd,une société canadienne qui prétendait avoir découvert le plus grand gisement d’or du monde en Indonésie.

Grâce à cette découverte Bre-X a attiré de nombreux investisseurs… qui ont vite déchanté en découvrant la supercherie. Rodney Stanler a « démontré » dans un rapport de 430 pages que la surestimation de la quantité de minéral était imputable à des employés philippins, déchargeant ainsi la compagnie d’extraction de toute responsabilité.

Ce rapport fut démolit par le journaliste Brian Hutchinson, auteur d’un livre sur le scandale Bre-X. Pour compléter le tableau, Lord Robert Armstrong est un ancien des services secrets britanniques (de 1987 à 1997). On le retrouve lui aussi à la direction de la FIA.

Rappelons maintenant les buts et objectifs de la compagnie IAMGOLD: « rechercher d’une manière agressive une croissance de haute qualité« , « adhérer aux plus hauts standards d’excellence opération (…) en prudence financière et en matière environnementale », « poursuivre les initiatives de réduction des coûts« , « soutenir et améliorer la réputation de la compagnie par des pratiques d’entreprise éthiques, responsables et transparentes, en accord avec les intérêts de tous les actionnaires« , et enfin « continuer d’établir et de forger de bonne relation avec les gouvernements et les dépositaires des pays d’accueil« .

IAMGOLD se définit aujourd’hui comme « un producteur d’or intermédiaire de premier ordre » côté en Bourse à Toronto, à New York, en Australie, et au Botswana, avec des exploitations en Afrique et en Amérique du sud.

Son capital minier comprends des participations extrêmement élevées dans cinq mine d’or: 100% de la mine Mupane au Botswana; 38% de Sadiola et 40% de Yatéla, situées au Mali; 18,9% des mines Tarkwa et de Damang, au Ghana. La plupart de ces exploitations sont des mines à ciel ouvert ou les minerais sont traités au cyanure. Elles bénéficient de soutiens financiers de la Banque mondiale du gouvernement canadien.

Dans une étude de cas sur l’actionnariat responsable et les entreprises minières canadiennes, la chercheuse Gisele Belem conclu par cette recommandation : « les caisses de retraite sous réglementation fédérale pourraient utiliser des critères d’investissement socialement responsable afin de sélectionner les entreprises au sein des quelles elles souhaitent investir.

Le Canada doit encourager une plus grande transparence et faciliter la reddition de compte pour les entreprises afin de permettre aux investisseurs (institutionnels et individuels) d’être mieux éclairés dans leur choix d’investissement.

Pour démontrer l’engagement canadien à assurer le suivi et la surveillance des entreprises minières à l’étranger, le respect de l’obligation de reddition de compte pourrait également être une condition pour ses entreprises aux différentes formes de soutiens gouvernementaux. »

Hélas, le gouvernement canadien n’est pas très exigeant en ce qui concerne les activités des compagnies minières à l’étranger, ou les rapatriements de capitaux terminant leur course dans les paradis fiscaux. Même son ancien ministre des Finances a choisi d’inscrire ses affaires aux Caraïbes pour échapper aux impôts.

Source : Or africain

18 Mai 2008