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1. A l’invitation de Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso, Médiateur de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans la crise malienne, une délégation du Comité National de Redressement de la Démocratie et de la Restauration de l’Etat (CNRDRE), conduite par le Commandant Abdoulaye Makalou, a séjourné du 2 au 4 mai 2012 à Ouagadougou et a eu des entretiens avec le Médiateur

2. Cette rencontre de concertation, qui s’inscrit dans le cadre du processus de médiation confié par la CEDEAO au Président Blaise COMPAORE, intervient à la suite du sommet extraordinaire de la CEDEAO, tenu le 26 avril 2012 à Abidjan, et au lendemain des affrontements armés survenus dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2012 à Bamako

3. Au cours des entretiens qu’elle a eus avec le Médiateur, la délégation du CNRDRE a réaffirmé sa volonté de poursuivre le dialogue avec la CEDEAO conformément à l’Accord cadre du 6 avril 2012, malgré les événements sus-évoqués. Elle a saisi l’occasion pour donner des informations au Médiateur de la CEDEAO sur la situation engendrée par cette tentative de déstabilisation du processus de la normalisation en cours

4. Les deux parties ont salué les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord cadre et ont exprimé leur ferme volonté de poursuivre le dialogue et la collaboration dans la recherche d’une solution à la double crise institutionnelle et sécuritaire que vit la République du Mali. A cet égard, la délégation a soumis au Médiateur de la CEDEAO les préoccupations du Comité par rapport aux décisions prises par le sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO tenu à Abidjan le 26 avril 2012

5. La délégation du CNRDRE a, par ailleurs, réaffirmé l’attachement du Comité au respect de l’Accord cadre du 6 avril 2012 qui demeure le socle fondamental d’un partenariat constructif avec la CEDEAO dans la recherche d’une solution durable à la double crise malienne

6. Elle a appelé une mise en œuvre complète et diligente de l’Accord cadre. A cet effet et afin de garantir la réalisation des objectifs dudit Accord, elle a souhaité l’adoption, dans les meilleurs délais, d’un chronogramme de mise en œuvre comprenant, notamment les actions suivantes :- l’adoption des lois prévues par l’Accord cadre (loi d’amnistie, loi d’indemnisation des victimes de la guerre et du mouvement insurrectionnel du 22 mars 2012, loi de prorogation du mandat des députés, loi d’orientation et de programmation militaire, loi de création d’un Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité) ;- la détermination des acteurs de la transition et la définition de leurs champs de compétence

7. Concernant la présidence et la durée de la transition, la délégation du CNRDRE a marqué la disponibilité du Comité à poursuivre le dialogue avec le Médiateur afin de trouver, dans les meilleurs délais, une solution définitive tenant compte de l’intérêt supérieur du Mali. A cet égard, le Médiateur a rappelé à la délégation la décision de la Conférence des Chefs d’Etat fixant la période de transition à 12 mois. La délégation a souligné la nécessité de tenir compte dans la détermination de la durée de la transition, du temps nécessaire à la restauration de l’intégrité territoriale et au parachèvement du processus électoral

8. Concernant la situation dans le Nord du Mali, la délégation du CNRDRE encourage la CEDEAO à engager avec le Gouvernement de transition du Mali, un dialogue visant à favoriser la restauration de l’intégrité territoriale du Mali et le redéploiement de l’administration dans cette partie du pays

9. Les deux parties lancent un appel pressant à la communauté internationale pour apporter un accompagnement accru au Mali dans ces efforts de sortie de crise

10. Au terme des entretiens, la délégation du CNRDRE a exprimé sa profonde gratitude et sa haute reconnaissance à Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso et Médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne, pour sa disponibilité, son hospitalité et pour ses efforts inlassables visant à ramener la paix au Mali et lui a réitéré ses encouragements pour la poursuite de ces efforts

11. Elle a également adressé ses sincères remerciements au Président en exercice de la CEDEAO, Son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA, ainsi qu’à l’ensemble des Chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté pour leurs efforts continus en faveur de la paix au Mali

Fait à Ouagadougou, le 4 mai 2012

22 Septembre du 7 Mai 2012


Sommet extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, Dakar, 3 mai 2012

Communiqué final

1. Une Session Extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO s’est tenue le 03 mai 2012 à Dakar, République du Sénégal, sous la présidence de S.E.M. Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire et Président en exercice de la CEDEAO.

2. Cette session a été convoquée pour examiner la situation politique et sécuritaire en Guinée-Bissau et au Mali depuis la tenue de la dernière Session Extraordinaire du 26 avril 2012.

3. Etaient présents les Chefs d’Etat et de Gouvernement suivants ou leurs représentants dûment accrédités: Son Excellence Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso; Son Excellence Jose Maria Pereira Neves, Premier Ministre, Chef du Gouvernement de la République du Cap Vert; Son Excellence Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire; Son Excellence Sheikh Prof. Alh. Dr. Yahya A.J.J. JAMMEH, Président de la République de Gambie; Son Excellence John Evans ATTA-MILLS, Président de la République du Ghana; Son Excellence Ellen JOHNSON SIRLEAF, Président de la République du Libéria; Son Excellence Dioncounda TRAORE, Président par Intérim de la République du Mali; Son Excellence Mahamadou ISSOUFOU, Président de la République du Niger; Son Excellence Goodluck Ebele JONATHAN, Président de la République Fédérale du Nigeria; Son Excellence Macky SALL, Président de la République du Sénégal; Son Excellence Faure Essozimna GNASSINGBE, Président de la République Togolaise; Son Excellence Nassirou BAKO-ARIFARI, Ministre des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine, de la Francophonie et des Béninois de l’Extérieur de la République du Bénin; Son Excellence François Lonseny FALL, Ministre d’Etat, Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République de Guinée; Son Excellence Khadijatu BASSIR, Ambassadeur Plénipotentiaire de la République de Sierra Leone au Sénégal.

4. Les représentants des organisations et des Etats suivants ont également pris part à cette session en qualité d’observateurs: L’Union Africaine; L’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA); L’Organisation des Nations Unies (ONU); L’Union Européenne (UE); La Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP); L’Algérie; L’Allemagne; L’Autriche; La Grande Bretagne; La France; Les Etats Unis d’Amérique; Le Portugal.

5. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont pris note du compte rendu de S.E.M. Blaise Compaoré, Médiateur de la CEDEAO pour la crise au Mali ainsi que du rapport du Président de la Commission de la CEDEAO sur l’évolution récente de la situation politique et sécuritaire au Mali et en Guinée-Bissau. Ils ont également pris note du rapport du Président du Groupe Régional de Contact sur la Guinée-Bissau (GRC-GB), S.E.M. Goodluck Ebele Jonathan portant sur les consultations du Groupe avec les protagonistes de la crise Bissau-guinéenne.

6. Après une analyse attentive des rapports, la Conférence a écidé de ce qui suit:
Sur le Mali

7. La Conférence condamne avec fermeté les affrontements débutés le 30 Avril 2012 à Bamako et déplore leur impact négatif sur la vie et la sécurité des populations maliennes traumatisées déjà par les récents événements dans le pays.

8. La Conférence a entendu le Président par Intérim S.E.M. Dioncounda TRAORE et Le Premier Ministre et prend acte de leur exposé sur l’évolution de la situation au Mali. La Conférence les encourage à continuer leurs efforts visant à consolider les Institutions Républicaines et, en liaison avec le Médiateur, à faciliter la coopération entre le Gouvernement du Mali et la CEDEAO.

9. A cet égard, le Sommet demande aux autorités de transition d’accélérer l’élaboration de la feuille de route de transition, avec un chronogramme d’actions (dispositions législatives, organisationnelles et opérationnelles) devant conduire à la tenue d’élections présidentielles et à la restauration totale de l’ordre constitutionnel y compris la mise en place d’un cadre de concertation sur les questions importantes relatives à la mise en oeuvre de la transition avec la facilitation du Médiateur.

10. La Conférence renouvelle son appel aux forces armées du Mali à se consacrer aux missions régaliennes de protection de l’intégrité territoriale et des populations. A cet égard, le Sommet demande au Médiateur de procéder à la revue du rôle du CNRDRE dans la transition en consultation avec les autorités de transition et, dans le respect de l’Accord cadre, faire des recommandations appropriées à la Conférence.

11. La Conférence rappelle que toute personne qui déstabiliserait le processus de transition s’exposera aux sanctions ciblées telles que contenues dans sa décision du 29 mars 2012.

12. Le Sommet instruit la Commission de transmettre cette décision au Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, au Conseil de Sécurité des Nations Unies et aux autres partenaires à l’effet de solliciter leur appui sur la question.

13. La Conférence instruit la Commission de préparer la Force en Attente de la CEDEAO (FAC) en vue de son déploiement immédiat dès que les Autorités maliennes en feront la requête. A cet égard, la Conférence instruit la Commission de définir, en consultation avec les Autorités maliennes, les modalités de coopération militaire entre l’armée malienne et la FAC en vue dudit déploiement. La Conférence instruit également la Commission de prendre contact avec tous les partenaires au développement en vue de les amener à participer au financement effectif et rapide de cette intervention.

14. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement expriment leur gratitude à S.E.M. Blaise Compaoré, Médiateur pour la crise au Mali, pour les inlassables efforts qu’il déploie dans la résolution de la double crise au Mali et l’encouragent à persévérer dans cette direction, y compris le maintien des contacts avec la rébellion dans le nord. A cet égard, le Sommet salue la disponibilité S.E.M. Goodluck Ebele Jonathan à assister le Médiateur dans la recherche d’une solution négociée à la crise au nord.

15. La Conférence mandate le Groupe des Six Chefs d’Etat chargé du suivi du dossier malien de se saisir de toute question pertinente relative à ce dossier.
Sur la Guinée-Bissau

16. La Conférence salue la libération du Premier Ministre M. Carlos Gomes Junior et du Président par Intérim M. Raimundo Pereira le 27 Avril 2012 et demande au Commandement Militaire de libérer toutes les autres personnalités encore illégalement détenues dans le pays.

17. La Conférence salue les efforts déployés par le Médiateur de la CEDEAO dans la crise Bissau-guinéenne, S.E.M. Alpha Condé, Président de la République de Guinée et félicite le Groupe de Contact Régional pour les initiatives diligentes prises en vue de trouver les solutions appropriées à la crise.

18. La Conférence remercie S.E.M. Sheikh Prof. Alh. Dr. Yahya A.J.J. JAMMEH Président de la République de Gambie, pour avoir abrité et dirigé les consultations sur la crise en
Guinée-Bissau à Banjul le 29 Avril 2012.

19. La Conférence réitère sa ferme condamnation du coup d’état survenu le 12 avril 2012 et rappelle son principe de «tolérance zéro» pour toute accession ou maintien au pouvoir par des voies non constitutionnelles.

20. En conséquence, le Sommet réitère son exigence pour un retour immédiat à l’ordre constitutionnel.

21. Après un examen attentif du contexte national et des positions des différentes parties prenantes à la crise, la Conférence confirme sa décision antérieure d’instaurer une transition de douze (12) mois au cours de laquelle il sera procédé à une révision des textes légaux (constitution, code électoral etc.) pour une plus grande efficacité; à la réforme du secteur de défense et de sécurité et à d’autres réformes avec l’assistance de la CEDEAO, afin de préparer le terrain pour la tenue de nouvelles élections visant à choisir un Président titulaire au bout de la transition.

22. Pour diriger la transition et tout en se conformant à la Constitution, la Conférence recommande que l’Assemblée Nationale procède au renouvellement, par vote, de son bureau et le nouveau Président de l’Assemblée Nationale ainsi élu assurera la fonction de Président par intérim.

23. Le nouveau Vice-Président élu deviendrait alors le Président de l’Assemblée Nationale.

24. Un Premier Ministre de consensus doté de pleins pouvoirs sera désigné pour conduire un gouvernement de large ouverture chargé de conduire à son terme la transition.

25. Le Président intérimaire et le Premier Ministre de la transition ne seront pas candidats aux élections présidentielles à venir.

26. Le mandat des députés de l’Assemblée sera prorogé selon les mécanismes appropriés pour couvrir la période transition.

27. La Conférence décide que la Force en Attente de la CEDEAO, conformément au nouveau mandat approuvé, sera déployé dans le pays pour: garantir le retrait de la Mission Angolaise d’Assistance Technique (MISSANG); assurer la sécurité de la transition et aider à la mise en oeuvre du Programme de réforme du secteur de défense et de sécurité parallèlement à la transition.

28. La Conférence charge la Commission de la CEDEAO de rechercher l’assistance de l’Union Africaine, de l’Organisation des Nations Unies et de la Communauté Internationale pour la mise en oeuvre de ces initiatives en Guinée-Bissau.

29. Le Sommet décide de maintenir les sanctions décidées jusqu’à l’acceptation par tous les protagonistes des modalités de retour à l’ordre constitutionnel.

30. La Conférence demeure saisie de la situation en Guinée-Bissau et mandate le Groupe de Contact Régional pour prendre, en son nom, les mesures urgentes nécessaires pour l’application de ses décisions.

Fait à Dakar, le 03 mai 2012, LA CONFERENCE

22 Septembre du 7 Mai 2012