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Ce 21ème siècle sera sans aucun doute une ère de mouvements de populations d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. Aujourd’hui, près de 200 millions d’hommes, de femmes et enfants vivent hors de leurs pays d’origine. Ce chiffre correspond pratiquement au nombre d’habitants au Brésil, cinquième pays au monde en termes de population. Il est plus que probable qu’à l’avenir, le monde devra s’adapter à des déplacements de populations et des mouvements de migration de plus en plus complexes.

Les changements climatiques et les catastrophes naturelles rendront la vie dans de nombreux endroits sur terre de plus en plus difficile. Par ailleurs, le fossé qui sépare les bénéficiaires et des « victimes » de la globalisation se creusera, poussant des millions de personnes au-delà des frontières de leurs pays, à la recherche d’un avenir meilleur.

Ces évolutions mettent la communauté internationale face à trois défis considérables.
Le premier défi est lié à la nature de plus en plus complexe de la mobilité des peuples. Les personnes qui se déplacent sont majoritairement des migrants qui quittent leur pays parce qu’ils n’y ont pas un niveau de vie acceptable, ou parce qu’ils pourraient trouver du travail – et donc des ressources – ailleurs.

D’autres sont contraints d’abandonner leur foyer et de chercher refuge dans un autre État, du fait de persécutions ou d’un conflit armé. En vertu du droit international, ces personnes sont considérées réfugiées et bénéficient de droits fondamentaux, parmi lesquels une protection contre un retour forcé vers leurs pays d’origine.

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) est chargée par la communauté internationale de sauvegarder ces droits. Dans de nombreuses parties du monde, en mer Méditerranée, le long des côtes africaines de l’Atlantique ou encore dans le golfe d’Aden, candidats réfugiés et migrants se côtoient, se déplaçant vers les mêmes destinations, utilisant les mêmes moyens de transport, sans passeports ni visas.

Ces mouvements migratoires « irréguliers» poussent les États à dresser de nouvelles barrières pour contrer l’arrivée de ressortissants étrangers. Ces barrières ont un effet pervers: elles empêchent les personnes qui ont droit à la protection internationale à trouver la sécurité dont elles ont besoin. Les contrôles aux frontières, aussi restrictifs soient-ils, doivent toutefois permettre aux personnes qui le demandent d’avoir accès à l’asile.

Le second défi – qui dépasse le mandat du UNHCR – est de créer davantage de conditions en faveur d’une migration sûre et légale. La plupart des États reconnaissent l’importance de la libre circulation des biens, des services, des capitaux et de l’information. Toutefois, les gouvernements sont plus réticents lorsqu’il s’agit d’appliquer ce même principe aux personnes, et ce malgré le besoin évident de main-d’œuvre étrangère.

Cette réticence a abouti à une forte croissance d’une véritable industrie qui tire ses profits du trafic et de la traite des êtres humains à l’échelle internationale. Les États devraient non seulement sévir contre de telles activités, mais également envisager l’établissement ou le renforcement de programmes de migration légale. De telles initiatives réduiraient le nombre de migrants irréguliers, dont certains sont tentés d’abuser du système d’asile ; elles génèreraient aussi un bénéfice économique substantiel en faveur des pays « hôtes », qui profiteraient d’une population jeune et active.

Il est à noter que les forces qui poussent de nombreuses personnes vers l’émigration sont profondément ancrées dans l’économie internationale. Croire que la migration diminuera grâce au dynamisme de la globalisation est une illusion.
Davantage d’attention doit être accordée à la prévention de situations – catastrophes naturelles, violations des Droits de l’Homme, conflits armés – qui forcent les populations à la migration.

Ce dernier défi ne pourra être relevé de manière efficace que par le biais de sérieux efforts en vue d’encourager un développement respectueux de l’environnement dans les pays où la lutte quotidienne pour la survie et l’accès aux ressources naturelles peut conduire à la violence généralisée.

Plus fondamentalement, il faut inciter les gouvernements dans toutes les régions du monde à protéger la vie et le bien-être des populations, de manière à ce que chaque citoyen puisse vivre en sécurité et dans de bonnes conditions dans son propre pays. Car lorsque les personnes se déplacent d’un pays à l’autre, elles devraient pouvoir le faire par choix et non parce que c’est l’unique manière de survivre.

*António Guterres est le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés


04 décembre 2007.