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La corruption à ciel ouvert et le trafic de cartes d’électeurs ont fait le lit à la fraude massive, lors des élections maliennes de proximité du 26 avril 2009. Faible mobilisation et interpellations de personnes impliquées dans la fraude à Bamako ; bagarres à l’arme blanche dans certaines localités de l’intérieur, ce scrutin frise l’impréparation et la légèreté dans le traitement du dossier électoral.

Le vote du 26 avril a eu lieu. Le scrutin n’a pas été l’occasion d’un choix démocratique des représentants des populations, car les voix ont été massivement achetées ou volées. Alors qu’elles devaient faire figure de test, trois ans avant la présidentielle de 2012, ces communales ont confirmé le grand malaise qui entoure le système électoral malien.

Ils étaient plus de 7 millions d’électeurs inscrits (inscription automatique) appelés aux urnes pour élire plus de 10 780 conseillers municipaux. Le scrutin s’est déroulé dans les 703 communes que compte le Mali, mais le constat est amer car aucune amélioration n’est visible par rapport aux dernières législatives en juillet 2007.

Si le taux de participation est plus élevé dans le nord du pays, le scrutin y a été marqué par des incidents, perturbant ainsi la sérénité du vote, notamment dans les régions de Kidal et Tombouctou. Selon des sources dignes de foi, des actes crapuleux ont été perpétrés dans certaines communes où des urnes ont été portées disparues.

C’est le cas du cercle de Bourem qui aura connu des perturbations entrainant la disparition des urnes de près de dix bureaux de vote et d’un important lot de cartes d’électeurs. Des bagarres à l’arme blanche auraient occasionné des blessés dans d’autres communes, a indiqué Rfi.

Les affrontements à Ber, non loin de Tombouctou, entre électeurs de partis politiques différents qui se sont battus à l’arme blanche auraient fait trois blessés. Il y a eu des arrestations.

Dans le cercle de Macina, au centre du pays, une bagarre entre électeurs aurait dégénéré dans la commune de Sobori.

L’attention avait été pourtant attirée sur certaines imperfections dans notre processus électoral qui auraient pu être corrigées. Les mêmes erreurs continuent de se répéter depuis la présidentielle de 2007. Au nombre de celles-ci, la circulation des bulletins avant le jour du scrutin, la prolifération des duplicata et le surnombre des cartes d’électeurs.

A qui incombe la responsabilité de la circulation des bulletins de vote avant le jour du vote ? Ni le Gouverneur, ni les maires, encore moins le ministère de l’Administration territoriale ne peuvent dégager leur responsabilité dans ce cafouillage électoral qui frise le grand malaise de la démocratie en construction au Mali.

Or depuis l’élection présidentielle dernière, les partis politiques ne se sont jamais tus sur ces imperfections, mais le scrutin du 26 avril vient confirmer qu’aucune disposition sérieuse n’a été prise par l’Administration et la DGE pour éviter la circulation des bulletins et des cartes parallèles utilisés dans le bourrage des urnes par leurs malveillants détenteurs.

Qu’est ce que la DGE a fait dans le sens de la purge des cartes d’électeurs dont personne ne connaît finalement le nombre. Pourtant la structure dirigée par Siaka Sangaré, la DGE en avait donné l’assurance. D’où sont sortis toutes ses cartes d’électeurs trouvées en circulation entre les mains de ceux qui en sont les vrais faux titulaires.

Certains de ces fautifs ont été conduits par les forces de l’ordre et mis à la disposition de la justice.

Au cours du scrutin du 26 avril, la fraude a atteint une proportion jamais égalée. Quand la corruption s’en mêle, l’achat des voix donne lieu au vote censitaire qui est une antithèse de la démocratie. Certains ont été vus avec un lot de cartes d’identité vierges et des cartes d’électeurs proposées aux électeurs, ainsi qu’un billet de 5000 Fcfa : achat de conscience.

C’est une autre forme de bourrage des urnes, mais en faisant voter des voix achetées. Ces communales qui ont levé un coin de voile sur le grand malaise de notre démocratie, ont également révélé au grand jour que notre processus est en danger mortel.

Puisque si le vote qui a pour but de choisir des représentants légitimes est entaché et en proie à la déviation, la voie ainsi choisie est celle de l’impasse. Avec à la limite, des maires, des conseillers, des députés et même un président qui ne mériteraient pas d’occuper leurs fonctions. Ces représentants pourraient-ils s’accommoder à régime de « pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple » ? Avec de tels élus pour gérer les affaires publiques et celles de la Nation, si on doit retenir que chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite, le nôtre ne mériterait-il pas encore une prise en main.


B. Daou

28 Avril 2009