Partager

Par Décret N° 8490 PM-RM du 19 Août 2008, le Président de la république, Amadou Toumani touré, en homme averti et aguerri, a nommé un spécialiste en Sciences Politiques et en Droit International à la tête de la Commission d’Organisation des festivités du Cinquantenaire de l’Indépendance du Mali : le Professeur Oumar HamMadoun Dicko.

Il n’en fallait pas plus pour susciter des aigreurs et des pavés jetés dans la mare… du Parti pour la Solidarité et le Progrès présidé justement par le Pr Dicko. A croire que ce parti n’a jamais existé ou que ses responsables sont des apatrides, proteste-t-on au PSP. En effet, il ne se passe plus de jour sans que, par médias interposés, les “jeteurs de pavés” tentent de falsifier l’histoire politique du parti.

Pourtant, des personnes existent encore qui, de 1946 à nos jours, ont été les témoins oculaires de la vie politique malienne. Par ailleurs, le repos des âmes des victimes qui ont succombé de 1956 à 1968, en passant par l’indépendance et le premier régime, mérite respect et considération.

Des partis opposés, mais avec le même idéal

Depuis la nomination du président du PSP, Oumar Hammadoun Dicko, à la tête de la présidence de la Commission d’Organisation du Cinquantenaire de l’Indépendance, le 19 Août 2008, des campagnes de diffamation fusent de partout, traitant de tous les noms les héritiers du Parti Progressiste Soudanais, et ignorant délibérément que ce parti, devenu Parti pour la Solidarité et le Progrès (PSP) en 1996, est le premier créé au Soudan Occidental Français (actuel Mali) le 12 Février 1946 par Fily Dabo Sissoko, Mamadou MBodge et Hammadoun Dicko, entre autres…

C’est huit mois plus tard -soit en Octobre 1946 que fut créée l’Union Soudanaise pour le Rassemblement Démocratique Africain (US-RDA). Il est donc tout à fait normal que bien qu’opposés, les deux partis nourrissent le même idéal, c’est-à-dire l’amour de la patrie. Mais en tant que Professeur de Lettres et fin stratège politique, Fily Dabo Sissoko était adulé par l’Administrateur colonial, Louveau. Cette préférence, en plus d’avoir suscité jalousies et égoïsmes au sein de l’US-RDA, sera utilisée comme alibi pour maltraiter les militants et sympathisants du PSP.

Pourtant, en dépit de l’opposition due à leur appartenaire politique, Fily Dabo Sissoko et Mamadou Konaté furent de grands amis et confidents. Aussi, dans le souci d’assurer l’indépendance du pays, Mamadou Konaté fera quitter Fily Dabo Sissoko de Bafoulabé, son village natal, pour Bamako. Il mènera ensuite une campagne auprès des familles fondatrices de Bamako -à leur tête, Maridjé Niaré- pour que Fily Dabo Sissoko soit élu député à l’Assemblée constituante de l’Afrique Occidentale Française (AOF).

Malgré l’opposition farouche des partisans de Mamadou Konaté dont Modibo Keïta-, Fily Dabo Sissoko sera élu député, ainsi que Mamadou MBodge et Hammadoun Dicko. Toute chose qui ne sera pas pardonné à Mamadou Konaté, surtout qu’il était sur le point de devenir le Président de la République du Mali indépendant. Malheureusement, il décèdera avant le fait. Et la rumeur de l’histoire nous apprend qu’il a été empoisonné, à cause de ses relations amicales avec les responsables du PSP.

Des actions du PSP

Il faut pourtant reconnaître, au grand dam de ses détracteurs, que Fily Dabo Sissoko a joué un rôle de première importance dans la scène politique malienne de l’époque. Ce qui, quoi qu’on dise, doit du coup conférer mérite et respect à ses héritiers politiques.

Pour rappel, pendant dix ans, soit de 1946 à 1956, le Parti pour la Solidarité et le Progrès avait mené des activités politiques avant d’être interdit par l’US-RDA qui, disait-on, voyait d’un mauvais oeil l’ascension fulgurante du PSP à travers tout le pays.

Au nombre des initiatives du Parti pour la Solidarité et le Progrès figurent l’Hôtel de l’Amitié, le Pont des Martyrs et le chemin de fer. Certes, l’US-RDA a eu à diriger les premiers pas de l’indépendance du Mali en 1960. Mais cela ne pouvait se faire autrement, car à l’époque, ses responsables avaient interdit, à tout autre parti, l’exercice d’activités politiques.

Contrairement à une certaine idée faisant croire qu’elle a été acquise “dans la douleur et le sang”, l’indépendance du Mali a, en fait été obtenue sur un plateau d’argent. Excepté le cas de la Guinée Conakry, tous les autres pays ont attendu pendant longtemps pour être libérés, sans accrocs, du joug colonialiste.

Certes, le parti de la “charrue” (l’US-RDA) est le parti de l’indépendance qui a été voulue à l’époque. Mais du point de vue historique, le PSP a aussi participé, en amont, à l’accession du pays à l’indépendance. En effet, le vote de la Loi-Cadre à l’Assemblée constituante avait enregistré participation de responsables du PSP tels que Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et Mamadou MBodge . C’est à la suite de cette Loi-Cadre qu’il a été décidé de donner leur indépendance aux colonies françaises.

De sombres évènements

En effet, des évènements sombres avaient marqué l’histoire politique malienne, avec l’arrestation de nombreuses têtes pensantes et éminences grises du pays, parmi lesquelles Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et Mamadou MBodge qui, après avoir été arrêtés le 20 Juillet 1962, perdirent la vie le 30 Juin 1964 à Taoudéni.

Cette époque avait également enregistré le massacre de Ouélessébougou, avec des centaines de morts et de disparus, sans oublier celui des populations touarègues en 1962, l’arrestation et la mort de certains commerçants -dont El Haj Kassoum Touré dit “Marraba Kassoum”, de transporteurs, d’écoliers ou de simples citoyens. A l’époque, c’est surtout le zèle des milices populaires qui avait été fortement décrié.

Après la mort de Mamadou Konaté, initialement choisi pour présider aux destinées du pays, Modibo Keïta apparaît comme le premier Président de la République. Mais aux dires de certains témoins de l’époque, celui qui est considéré comme le Père de l’indépendance n’a pas été élu Président de la République si Mamadou Konaté avait vécu ce temps. Et selon certains citoyens, autant la période 1960-1968 a également été douloureuse, autant le règne de l’US-RDA n’a pas été exempt de fautes relatives à l’exercice du pouvoir.


Le mérite d’ATT

Malgré la volonté du premier Président démocratiquement élu en 1992 (en l’occurrence, Alpha Oumar Konaré), la classe politique s’était complètement disloquée. Aussi, depuis son investiture à la magistrature suprême en Juin 2002, un des grands mérites du Président de la République, Amadou Toumani Touré, a été de rassembler toute la classe politique, et surtout, de reconcilier l’US-RDA et le PSP.

Du coup, les Maliens ont apprécié, voire admiré le rapprochement de ces deux partis jadis rivaux, grâce au consensus prôné par ATT. C’est ainsi que le PSP et l’US-RDA, en tant que membres de l’Alliance Démocratique pour le Progrès (ADP) ont soutenu la candidature d’ATT, lors de la présidentielle d’Avril 2007.

En confiant la présidence de la Commission d’Organisation du Cinquantenaire du Mali à un héritier politique de Fily Dabo Sissoko, de Hammadoun Dicko et de Mamadou MBodge, le Chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, rend ainsi hommage à ces éminents responsables politiques qui ont eu à poser les premiers jalons de l’indépendance, après les édifices publics baptisés aux noms de ceux qui ont œuvré pour la cause nationale : dont Modibo Keïta, Fily Dabo Sissoko, Mamadou Sarr, Mamadou MBodge, Hammadoun Dicko, Mamadou Konaté.

Bien d’autres personnalités ont été immortalisées dans maints domaines. Dans celui du sport : la construction des stades Babemba Traoré, Baréma Bocoum, Amary NDaou, Bassi Coulibaly, Abdoulaye Macoro Coulibaly. Dans le domaine de la culture : le Palais de la Culture Amadou Hampaté Bâh, le Centre Aoua Keïta…

Peut être que dans dix ou vingt ans, ou moins, on verra des édifices baptisés des noms d’Amadou Toumani Touré, d’Alpha Oumar Konaré, de Moussa Traoré… Qui sait, puisque n’en déplaise à leurs détracteurs, la roue de l’histoire continuer de tourner?

Le Mali, un bien de tous les Maliens

Seuls pourraient donc être taxés de provocateurs les Maliens mal inspirés qui veulent remuer les vieilles plaies de l’histoire politique du pays. Le Mali n’a pas pourtant pas besoin de revanchards, ni de nostalgiques du passé, encore moins de falsificateurs de l’histoire, mais de rassembleurs.

Le Mali n’appartient ni à un parti politique, ni à un groupe d’hommes, de femmes ou de jeunes, mais à tous ceux qui ont œuvré, œuvrent et œuvreront pour l’avancée du pays avant, pendant et après son indépendance.

Sadou BOCOUM

25 Septembre 2008