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La Commission de l’Uémoa est-elle en train de devenir la boîte de recyclage des ministres et autres cadres dont la compétence et la probité ont été mises à rude épreuve dans leur pays ? La question mérite d’être posée, au vu des rumeurs de nominations prochaines qui circulent çà et là.

En effet, il nous est revenu que le Mali s’apprêterait à proposer au prochain Sommet des chefs d’Etat de l’Uemoa, prévu à Dakar les 4 et 5 juin 2016, la candidature de son ex-ministre des Finances, Mme Boiré Fily Sissoko, celle-là même dont la tête a été réclamée et obtenue par le FMI et la Banque mondiale en 2014, suite à un rapport d’audit accablant du bureau du Vérificateur général du Mali, actionné par ces deux institutions financières, suite à l’acquisition d’un aéronef et de matériels pour l’armée du Mali pour un montant avoisinant les 100 milliards de Fcfa. Ce rapport que nous avons en notre possession et qui est consultable en ligne (www.bgv-mali.org) a mis en évidence une incompétence avérée de l’ex-ministre des Finances, Mme Boiré, doublée de manœuvres suspectes et frauduleuses au détriment des finances publiques du Mali.
Ainsi, à la page 15 dudit rapport, on peut lire : »Le ministre de la Défense et des Anciens combattants et le ministre de l’Economie et des Finances ont irrégulièrement passé, exécuté et réglé les deux contrats d’acquisition et de fourniture ». À la page 27, on peut lire : »Le ministre de l’Economie et des Finances a irrégulièrement accordé une garantie au titulaire du marché dans le cadre de la fourniture des matériels et équipements destinés aux forces armées. L’équipe de vérification a constaté que le titulaire du marché n’a pas pu honorer son engagement contractuel, en ne parvenant pas à mobiliser le financement. À l’effet de cette défaillance, le ministre de l’Economie et des Finances a fourni une garantie autonome à première demande de 100 milliards de Fcfa à la banque de ce dernier pour assurer le financement du protocole d’accord. Or, dans le cadre d’un marché public, lorsque sa nature le requiert, la garantie est toujours fournie par le titulaire et non l’autorité contractante, a fortiori, une autorité qui n’est pas partie prenante au protocole d’accord. Cette pratique est une distorsion aux principes de la commande publique « . On ne peut être plus clair !
En page 31 du rapport, on peut lire : « Le ministre de l’Economie et des Finances, en accommodant le financement des deux acquisitions, n’a pas respecté des dispositions relatives à la Loi des finances ». En page 33 : »Le ministre de l’Economie et des Finances, en accommodant le financement des deux acquisitions, n’a pas respecté les dispositions relatives à la comptabilité publique ». Et en conclusion, le Vérificateur général a dénoncé au Procureur de la République les faits suivants : détournement et complicité de détournement de fonds publics par l’engagement irrégulier des finances publiques ; utilisation frauduleuse de deniers publics d’un montant de 9 350 120 750 Fcfa ; délit de favoritisme ; faux et usage de faux ; trafic d’influence ; fraudes fiscales portant sur le non-paiement des droits d’enregistrement et des redevances de régulation, en l’absence de toute autorisation légale d’exemption.
Que dire de plus sur l’incompétence et la moralité douteuse de cette personne que l’on veut imposer au sein de la Commission de l’Uemoa qui, à notre humble avis, devrait être le temple de la compétence, de l’intégrité et de la probité, une vitrine de notre espace économique.

Awa SYLLA, Journaliste

Le Reporter du 7 Juin 2016