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Les deux individus qui se sont fait appréhender le vendredi dernier par la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ) ont ceci en commun leur tendance à se faire passer pour des musulmans pieux. Mais derrière leurs masques respectifs se cachaient de vulgaires voleurs.

jpg_AboubacarSangar852.jpgA Garantiguibougou, le sieur Aboubacar Sidiki Sangaré passait pour l’homme le plus respectable du quartier. Commissaire de police de son Etat, il se faisait passer et ne ratait aucune séance de prière les vendredis à la mosquée. Il a séjourné trois ans durant en Arabie Saoudite et a effectué au moins un pèlerinage à la Mecque. Puisque circulant au même moment à bord d’un véhicule de luxe, il passait aux yeux de ses voisins, pour le policier idéal : courtois, sérieux, sobre, croyant… Mais cette perception changea très vite.

Dans la nuit du mardi 21 avril dernière, décrétée journée citoyenne pour cause d’élections, deux individus vont opérer dans cinq familles avoisinantes. Profitant de cette période de canicule où les gens préfèrent la belle étoile, les deux malfrats vont escalader les murs et s’infiltrer jusque dans les chambres à coucher de leurs victimes.

Ils déroberont tous ce qui leur tomba sous la main : portefeuilles contenant de l’argent (250.000 F CFA environ), ordinateur portable… ils préférèrent de loin les téléphones portables à cause de la facilité d’écoulement de cette marchandise. Ils purent enlever une vingtaine d’appareils . Cette femme eut de la chance.

Elle, dormait du sommeil du juste dans sa chambre à coucher pendant que le mari se trouvait à l’extérieur quand les deux individus sont vénus opérer. Fort heureusement, pour elle : nos deux malfrats ne sont ni violents ni pervers. Ils sont plutôt genre gentlemen cambrioleurs. Ils se contentèrent de voler et de se retirer discrètement partout où ils sont passés.

C’est seulement le lendemain que les nombreuses victimes constatèrent les dégâts. Après consultation, elles se rendirent compte qu’elles avaient toutes été visitées par le ou les mêmes voleurs durant la même nuit. Une femme put même témoigner. Elle a aperçu deux silhouettes et a crié afin de les faire fuir. Mais elle n’était sûre de rien. Etait-ce son imagination ? Elle ne fit donc la révélation que lorsque le coup fut découvert le lendemain.

Parmi les victimes figure un responsable d’une haute administration malienne. Ce dernier fit recenser la liste de toutes les victimes, les adresses, numéros de téléphones et références qu’il communiqua à l’Inspecteur Principal de police Papa Mambi Keïta au niveau de la Brigade d’Investigation Judiciaire.

De fil en aiguille, l’enquêteur chevronné remonta lentement mais sûrement la piste à travers les références des téléphones portables dérobés. L’éventail était large.

Avec une vingtaine de téléphones en effet, les chances de retrouver l’auteur du vol étaient en effet grandes. Un premier, second, puis troisième suspect furent arrêtés. Les résultats des interrogatoires et recoupement convergèrent vers un même individu censé être l’auteur principal de tous les vols. La suite confirmera les allégations.

L’individu en question fut à son tour interpellé et mis devant les faits accomplis, c’est-à-dire, en présence des receleurs et des appareils récupérés. Il avoua. Le suspect n’était autre que Aboubacar Sidiki Sangaré, le présumé Commissaire de police, le musulman pieu et irréprochable.

Lors de la perquisition effectuée à son domicile suivie de la reconstitution des faits, les policiers coïncidèrent avec les voisins du quartier qui n’en crurent pas leurs yeux. Ces derniers s’étaient inquiétés de n’avoir pas aperçu leur coreligionnaire à la prière du vendredi et ont, par conséquent fait un détour chez pour s’enquérir de ses nouvelles. Etait-il malade ? Et voilà que la triste réalité s’offrait à leurs yeux.

Leur pieu musulman n’était qu’un vulgaire voleur. Ils remercièrent Allah de les avoir sauvés par anticipation. Il ressort des confidences qu’un des fidèles était même disposé à lui accorder la main de sa fille. Il paraît que les voies du Seigneur sont impénétrables.


Chasseur de Sheïtane et représentant de la famille SODOUF ?

jpg_MLGakou62.jpgMême si le sieur Gakou n’était pas la personnification de Ibliss (Satan) qu’il s’évertuait à chasser, ses incantations ne servaient cependant pas à le faire fuir. Au contraire. Ses «Aouzzou Bilahi mina Shéïtane Razhim » (Vade retro Santana) ne serviront qu’à l’enfoncer davantage.

Interpellé par la brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ) pour vol, cet homme ne cessait de crier son innocence et de procéder à des incantations susceptibles de chasser le Sheïtane qui, à son entendement, lui chercherait noise en ce moment. Mais plus il s’enfonçait dans les prières, plus les charges et témoignages devenaient accablants contre lui. Et si c’était lui-même le Shéïtane en personne ?

L’affaire commence par un banal vol de téléphone portable mais avec une méthode digne d’Arsène Lupin. Quelques jours auparavant, un revendeur de véhicules d’occasion s’était rendu à la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ) pour porter plainte contre un individu ayant dérobé son appareil d’une valeur avoisinant les 200.000 F CFA. Le voleur s’était fait passer pour un potentiel acheteur de voiture. Il faisait sérieux avec son grand boubou Bazin…

Question de faire un tour afin de tester le moteur du véhicule, il profita de cette ballade pour enlever l’appareil que le vendeur avait déposé dans la boîte à gants. Il quitta plus tard le revendeur avec la ferme promesse de revenir payer le véhicule qui, manifestement l’avait séduit. Le malheureux se rendit compte plus tard que son client n’était qu’un voleur.

Son intention de payer un véhicule n’était que pure diversion. La victime porta alors l’affaire à la Brigade d’Investigation Judiciaire et plus précisément à l’Inspecteur Principal Papa Mambi Keïta surnommé l’Epervier du Mandé. Commença l’enquête.

Les investigations (avec l’aide très précieuses des sociétés de téléphonie) permirent d’interpeller deux premiers suspects.

Ceux-ci ne se firent pas prier. Ils avaient, tour à tour, acquis l’appareil avec un individu répondant au nom de Gakou. Lui aussi fit interpellé pour les besoins de l’enquête. Il ponctua son entrée dans les locaux de la Brigade par des incantations du genre «Aouzzou Bilahi mina Shéïtane Razhim» et autres litanies censées éloignées le mal de lui. Mais très vite, les preuves furent rassemblées contre lui.

La victime le reconnut et identifia formellement le téléphone portable, objet du vol. Il finit alors par avouer mais continuait toujours à appeler le Tout Puissant afin qu’Il détourne Satan de lui. Mais le Sheïtane semblait bien décidé à l’habiter durant toute la nuit de ce vendredi saint.

Dans la même journée, un autre plaignant résidant à Sébénicoro s’était présenté à la même Brigade pour évoquer son cas. Lui aussi est revendeur de véhicules d’occasion et de téléphones portables. Un homme bien mis et visiblement dans le monde des affaires l’avait abordé le matin dans l’intention de payer sa voiture.


Ils discutèrent le prix et se mirent d’accord.
Il proposa au revendeur de se rendre ensemble à sa boutique SODOUF (Société Doucouré et Frère) afin de retirer l’argent. Et, pendant qu’ils y étaient, il profita pour admirer les trois nouveaux téléphones portables encore dans leurs emballages que son client détenait. Des appareils de bonne marque !


De passage,
il demanda à son accompagnateur de lui permettre de régler une affaire à son domicile dans le quartier. Ils se dirigèrent vers un immeuble et notre homme s’en alla discuter quelques moments avec les voisins, tapota le capot du véhicule 4X4 garé là et rejoignit le revendeur à qui il confiera que l’Immeuble en question et le véhicule tout terrain lui appartenaient. Mais puisqu’il n’est pas aisé de circuler aujourd’hui à Bamako pour cause d’embouteillages…


Bref,
Ils continuèrent leur route jusqu’au magasin SODOUF sis au Grand Marché. Ici, il proposa encore à son accompagnateur de l’attendre en face de la boutique. Il descendit de la moto sur laquelle ils avaient fait le déplacement, se rendit auprès de ses frères lesquels, en ce moment, prenaient leur plat de midi.

Il dégusta le repas avec eux, sympathisa quelques instant avec certains, se fit ensuite remettre un document et rejoignit ensuite le revendeur de véhicule qui avait tout suivi des yeux. Il n’y avait pas de doute : ce type est un boss !

Il revint avec l’air profondément désolé pour annoncer qu’un parent venait de décéder et qu’il faille pour lui se rendre aux obsèques en promettant d’aller récupérer le véhicule au plus vite.

Ils échangèrent les numéros de téléphones après fait appeler l’un par l’autre. Et notre boss s’en alla à bord d’un taxi. C’est du moins ce qu’aperçut son client. Ce dernier constata seulement, deux minutes plus tard la disparition de ses trois nouveaux téléphones. Mais comment diable !

Il chercha son boss des yeux et aperçut le taxi qui filait loin. Commença une course poursuite. Il parvint à rejoindre le taxi, mais à bord, pas un seul client. Le taximan lui indiqua que le monsieur qui l’avait hélé avait renoncé à se faire conduire après être presque monté dans le véhicule. La diversion avait marché là aussi. C’est sur ces faits que la victime porta plainte auprès de la Brigade d’Investigation Judiciaire.

Les policiers feront plus tard le rapprochement entre les deux affaires. L’auteur était la même et unique personne. Mais comment le sauront-ils ?

En plus des points convergents entre les deux dossiers (les descriptions faites de l’auteur, la méthode utilisée), il fallait maintenant vérifier si le numéro d’appel du second plaignant était enregistré dans le téléphone du suspect et à partir de quel moment ce, dans la mesure où ils avaient échangé les numéros de téléphone avant de se quitter.

Et bingo ! Les numéros d’appel et d’enregistrement correspondaient de part et d’autres. C’était bien lui. Acculé, il finit par tout avouer.

Un complément d’informations permit d’élucider tous autres points noirs : le sieur Gakou est un pro. Il ne connaitt ni d’Eve ni d’Adam les membres de a famille SODOUF. Le personnel de la boutique était surpris de son comportement, mais entre frères…

Il s’est fait remettre une facture pro format en guise de document et n’a absolument rien payé. Les habitants de l’immeuble sis à Sébénicoro eux, l’ont pris pour un farceur, voire un malade mental puisqu’il leur confia être le véritablement propriétaire des lieux et s’apprêtait dès le lundi prochain, à expulser les occupants.

Evidemment le véhicule tout terrain non plus ne lui appartenait pas. En clair, tous ces manèges et détours n’avaient que pour but de préparer psychologiquement sa victime qui pouvait juste le voir (et non l’entendre) entrain de discuter amicalement avec les protagonistes.

A la brigade, il ne se calma définitivement qu’après avoir tout avoué. C’est en ce moment que le Sheïtane décida enfin de quitter son corps et son esprit.


B.S. Diarra

Aurore du 11 Mai 2009