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Le Mali est envahi ces derniers temps par des verres correcteurs de très mauvaise qualité. On en trouve dans les rues de Bamako, dans des boutiques, et chez des vendeurs ambulants. A moindre prix ! La situation, une fois encore, est de plus imputable à la mondialisation.

Mais il ne faut pas perdre de vue que les frontières maliennes sont très perméables, ce qui permet à n’importe quel importateur d’emmener des verres correcteurs dans le pays sans être inquiété. Pour un domaine aussi sensible, les mêmes exigences en matière d’importation et de commercialisation des produits pharmaceutiques doivent être appliquées.

On peut assimiler l’importation et la vente des verres correcteurs à l’expansion et la vente des médicaments de la rue. Un véritable problème de santé publique aux yeux de l’autorité qui n’entreprend rien pour protéger la santé des populations. L’œil est un organe sensible et important pour l’homme. Le plus immédiat est de sensibiliser les populations sur le danger de ces faux verres correcteurs pour les yeux à long terme. Le prix relativement à la portée de tous n’est qu’une illusion.

Une répression de ceux qui commercialisent ces produits serait un acte de salut public et permettrait d’assainir le milieu. Il existe des spécialistes dans le domaine de l’optique. Ils travaillent sur la base d’autorisations délivrées par une autorité compétente. Selon des opticiens, ceux qui vendent les faux verres correcteurs ne font l’objet d’aucun contrôle par les autorités. Et ces derniers se demandent si l’autorité sait faire la différence entre les bons et les mauvais verres correcteurs. Une réorganisation du métier d’opticien est nécessaire. Cela passe dans un premier temps par les opticiens eux-mêmes qui doivent extirper de leur milieu la mauvaise graine.

La filière nigériane

L’expansion et la commercialisation des faux verres correcteurs ont deux origines : une sénégalaise et une nigériane. Mais elles s’appuient sur des prescripteurs qui sont essentiellement des ophtalmologues des structures de santé. Et c’est ce qui est le plus révoltant. Des docteurs proposent aux malades des verres à un moindre prix. Le travail du prescripteur est pourtant différent de celui de l’opticien qui doit se baser sur la prescription du spécialiste pour proposer des verres après un contrôle de la qualité.

Les choses se passent comme si on permettait à chaque médecin de disposer d’un lot de médicaments personnels qu’ils vendraient à vil prix aux malades. En ce moment, à quoi serviront les dépôts pharmaceutiques et quelle sera la réaction des personnes autorisées à ouvrir des officines pharmaceutiques ? Ces prescripteurs «commerçants de verres correcteurs» se ravitaillent, selon nos sources, auprès de commerçants nigérians. Après vente, chacune des parties tire un profit.

Les prescripteurs les plus audacieux usent d’autres moyens. Dès la prescription de l’ordonnance, ces derniers prennent le soin de marquer sur le dos de l’ordonnance, le nom de la personne ou de la boutique de vente où le malade pourrait avoir des verres correcteurs à moindre prix. Ces personnes n’ont aucune qualification professionnelle, ni le matériel adéquat de contrôle pour exercer leur métier.

Les verres proposés dans ces circuits proviennent pour la plupart du Nigeria. Les verres achetés à 1 000 F CFA l’unité sur le marché nigérian sont revendus à 7000 F CFA au Mali sans la monture, et 10 000 F CFA avec une monture.

Gnimadi Destin

18 Février 2008.