Partager

 » Etre paysan est un métier qui mérite le respect, insiste Ibrahim Coulibaly. Et je suis heureux qu’on nous ait servi ce matin de la bouillie de maïs. Parce qu’il faut savoir une chose : boire du Coca-Cola plutôt que du jus de bissap, c’est contribuer à tuer l’économie malienne. »

Maurice Oudet ironise sur l’expression <> que les enfants des villes de l’Afrique de l’Ouest utilisent lorsque c’est la troisième fois dans la semaine que se retrouvent au menu du mil ou du sorgho, les céréales locales.

«  Personne n’est là pour leur faire comprendre qu’ils se trompent complètement. En tout cas, pas quand nous mangeons des pâtes alimentaires faites avec du blé dur italien, quand nous prenons un petit-déjeuner composé de lait européen et de pain fait à partir du blé français ou allemand. Pourquoi consommer tant de confitures venues d’Europe alors que nous avons du sucre et des fruits qui pourrissent ? Pourquoi consommer tant de “Vache qui rit” importée quand la population du Burkina par exemple comprend 10% d’éleveurs ? Pourquoi utiliser les cube Maggi ou Jumbo alors que le soumbala est parfaitement sain, et peut être développé de façon industrielle ? « .

Les ressources manquent qui permettraient aux paysans de diversifier leur production, d’assurer leur transformation et leur écoulement correct sur les marchés africains. De nombreux fruits et légumes pourrissent avant même d’être vendus.

 » Nous produisons souvent la même chose en même temps et tout arrive sur le marché au même moment, témoigne Togola Dédé Kounadé, présidente des femmes rurales de Sikasso. Nous avons besoin de soutien, d’appui, de formation « .

Face au poulet congelé d’Europe ou encore aux oignons, largement subventionnés, les productions locales ont bien du mal à résister.

L’avenir pour les Africains consiste alors à s’investir prioritairement dans l’élaboration d’un projet alternatif pour l’agriculture et la paysannerie qui favorise l’agriculture familiale, valorise les productions locales, assure à tous une protection sociale aujourd’hui réservée à une minorité des villes.

 » La solidarité familiale qu’on ne se lasse d’évoquer en parlant de l’Afrique n’est pas suffisante, tempête Mohamed Tabouré. Elle ne peut servir de prétexte à priver l’essentiel de la population d’une solidarité organisée. Les paysans ont droit à une retraite « .

Et parce qu’aujourd’hui, les Etats font davantage partie du problème que des solutions, qu’ils persistent à ne s’intéresser qu’aux villes, il y a urgence à ce que les paysans s’organisent, comme ils ont pu le faire en Asie et en Amérique Latine. Ceux qui étaient présents à Kita sont bien décidés à témoigner de leur détermination.

En cause, l’ouverture des marchés. «  Quelle chance ! ironise Bernard Founou-Tchuigoua, du Forum tiers monde à Dakar. On nous propose d’ouvrir notre marché agricole et que le paysan du Mali soit en concurrence directe avec le fermier américain ou allemand.
Et on nous dit que cette ouverture permettra aux paysans du Sud d’exporter vers le Nord. C’est un mensonge, une tromperie, un abus de pouvoir !
« .

Au Mexique, depuis l’accord sur l’ouverture des marchés locaux à la production agricole américaine (dans le cadre de (ALENA), la production de maïs a chuté de 50%. L’ouverture totale des marchés africains est programmée dans les accords de Cotonou.

Et si rien n’est encore fait, l’Europe espère signer en 2007 des accords qui installeront progressivement le libre échange avec différentes régions des pays ACP. Il y a donc grande urgence à réagir si l’on ne veut pas que les populations africaines soient sacrifiées.

Non solvables, sans pouvoir d’achat ne sont-elles pas des populations <> aux yeux du système libéral qui s’intéresse en revanche avec gourmandise aux terres et aux sous-sol sur lesquelles elles vivent ? <>, poursuit Bernard Founou-Tchuigoua. Faute de résistance et de mobilisation, qu’adviendra-t-il ?

«  Si on ne peut plus vivre comme paysan, on viendra tous dans les villes, prévient Ibrahim Coulibaly, coordonnateur du ROPPA (Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest) au Mali. Et qui nous nourrira ? Il ne nous restera plus qu’à nous manger entre nous  » Sauf à imaginer une Afrique sans paysan, ne s’alimentant que des excédents alimentaires du Nord…

Daba Balla KEITA

Source : Forum des peuples – CAD-Mali

12 juillet 2005