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Le commerce de sable est une véritable activité génératrice de revenus. Tout autour de l’activité gravite un melting-pot d’acteurs composé de plongeurs, d’exploitantes, de propriétaire et locataires de camions bennes, de coxeurs, d’acheteurs. Sans oublier ces charretiers, petits plongeurs, constructeurs et réparateurs de pirogues et tous ces autres petits commerces qui florissent sur les lieux.

Comme pour dire que l’exploitation du sable nourrit son homme et bien de bouches. Notre enquête au bord du Djoliba.

Les points de vente du sable, érigés aux abords des différentes berges de Bamako, s’agrandissent et s’auto-structurent de plus en plus pour dessiner un cadre socio-économique à caractère commercial singulier. De la berge de Kalaban-coura, à Sébénikoro en passant par celle de Djicoroni, les acteurs se définissent dans des réseaux de clientélisme fondés sur des relations de confiance, hors de tout cadre institutionnel et juridique.

A la centrale de Kalaban-coura, à l’instar des autres berges de Bamako, plusieurs activités d’ordre professionnel et commercial évoluent parallèlement à merveille autour du secteur principal qui reste l’activité de l’exploitation du sable.

Elle s’annonce à quelques mètres de marche par une longue file indienne de camions bennes, transporteurs de sables. Cachée par des buildings avec une seule entrée, on accède à la berge de Kalaban-coura par une route latéritique coincée entre de petits kiosques de revendeurs de cartes de recharges, de brochettes, de café, etc. et des hangars sous lesquels des « coxeurs de sable » sirotent du thé.


Un système bien rôdé

La présence d’un corps étranger en rajoute à l’atmosphère grouillante sous les hangars. Tous les occupants se ruent sur le visiteur, interpellé de toutes parts, au rythme de « Chef, patron, avez vous besoin du sable ? Venez par là ».

Au Mali, dans le milieu des affaires, à l’instar du domaine du sable, est considéré comme « coxeur« , toute personne qui joue le rôle de guide ou d’intermédiaire entre l’acheteur et le revendeur, avec pour objectif d’encaisser les retombés sur la vente du produit. N’ayant pas eux mêmes de sable, ils traitent directement avec les vendeurs de sable, qui sont à la fois leurs confidents et leurs clients potentiels.

Sur place, les choses bougent réellement. Les vendeuses de sable, de leurs côté tranquillement assises sous l’ombre d’un grand arbre ou sous un hangar, discutent et écoutent de la musique accompagnée du thé.

Les petits enfants défoulent de tous les côtés avec, en main, des paquets de cigarettes, de colas, des sachets de caoutchouc, entre des revendeurs de friperies, des étalagistes, des constructeurs et réparateurs de pirogues.

Un peu plus loin, au milieu des centaines de pirogues entrelacées les unes aux autres, on aperçoit un groupe de jeunes gens, appelées dans leur sociolecte « lapton« , occupés à décharger le sable des pirogues. Les « lapton« , sont généralement des saisonniers qui se sont spécialisés dans ce métier. Comme outil de travail, ils utilisent une planche de forme rectangulaire transportée par deux personnes.

Les enfants aussi sont actifs dans le système. Ils extraient le sable aux abords du fleuve ou à quelques mètres de la berge qu’ils revendent à des femmes assises pour la circonstance. Ces femmes, qui n’ont pas assez de moyens financiers pour s’acheter une ou des pirogues, proposent à leur tour leur marchandise aux charretiers et propriétaires de pousse-pousses, venus chercher des commandes passées par des gens.

Univers social et vertu du dialogue

Les contrats de travail et de location des places pour le sable se nouent de gré à gré entre les différents acteurs (propriétaires de pirogues, plongeurs, « lapton », locataires) en dehors de tout cadre légal ou juridique. Les différends et autres tensions d’ordre relationnel et professionnel sont gérés entre eux par des commissions de crises, mises en place pour la bonne marche de l’activité.

Dans cet univers social, où tout le monde se connaît, si la confiance vaut de l’or, les relations et les connaissances en sont autant. Car, pour s’y introduire, il faut compter sur la largesse d’une de tes connaissances, qui te servira de parrain.

Comme toute autre activité, dans ce cas précis, le néophyte a besoin d’être conseillé et orienté sur les techniques de ventes, la négociation du prix de transports du sable, la réservation des places pour le sable et surtout comment épargner pour se payer une pirogue.


Le sable nourrit son homme

Dally Diawara, une vendeuse de sable, est à la tête de sa propre structure avec pour ossature 4 pirogues attelées à une principale qui est dotée d’un moteur. Après une dizaine d’années de travail, elle avoue les avantages du métier : « Je ne me plains plus depuis que j’ai eu mon propre moteur.

Car, sans moteur, notre travail est très difficile à faire, puisqu’il faut transporter du sable depuis le village de Djoliba, situé à quelque 35 km de Bamako, jusqu’ici, à Bamako. Et tu peux transporter autant de quantités de sable, selon ton pouvoir financier, sans crainte puisqu’il s’agit d’une matière qui ne se détériore, ni se dissipe sous l’effet de la présence d’un quelconque corps étranger».

Awa Diarra, installée à la berge de Sébénikoro, trouve que le commerce du sable convient aussi bien à l’homme qu’à la femme. « Il ne s’agit pas d’un travail assez fatiguant. Comme au marché, chaque matin, tu viens pour surveiller ta marchandise, dans l’attente des clients. Sauf quelque rares fois, le tas de sable peut être éparpillé par le vent. Alors, si tu es assez courageuse, tu peux toi-même t’en occuper avec la pelle, sinon tu donne 200 FCFA à un jeune qui le fera à ta place », a-t-elle commenté.

Ténin Diarra, âgée d’une soixantaine d’année, est l’une de ces femmes qui trouvent leur compte en faisant marché avec les pousse-pousses. Elle, sa particularité réside dans le fait que, c’est elle-même qui, par manque de pouvoir financier de payer des ouvriers pour ramener le sable à bord, recueille son sable pour ensuite le proposer à la vente auprès des pousse-pousses.

Travaillant à la berge de Djicoroni-Para communément appelée « Nagnouman ka dangan« , elle nous fait partager son aventure. « Cela fait maintenant trois ans que je vis de ce travail. Un jour, Nagnouman, la propriétaire des places, m’a appelé pour me proposer de venir travailler ici en me promettant les places gratuitement.

Offre que j’ai acceptée, et depuis, je me débrouille ici pour gagner ma vie. Je descends moi-même dans l’eau pour recueillir le sable. Avec l’âge, je n’ai plus assez de force. Mais, je suis obligée, puisque mon mari, paysan de son état, ne tient plus du tout physiquement. Dès fois, c’est avec peine que j’arrive à avoir un chargement de pousse-pousse, qui coûte 1000 FCFA».

La saison des pluies est le moment idéal pour les entrepreneurs de sables, contrairement à la saison sèche, en ce sens qu’elle les met à l’abri des rochers qui percent les pirogues. En plus, c’est la décrue. C’est aussi le moment favori pour la vente du sable, d’autant que les Maliens attendent l’hivernage pour construire.

Habi Traoré, une vendeuse de sable à Djicoroni-Para, nous apprend que, même avec la saison des pluies, les exploitants de sable ne sont pas totalement en dehors de tout danger. Selon elle, « Certes, nous préférons la saison des pluies à la saison sèche, mais, force est de reconnaître qu’avec une forte pluie, accompagnée d’un vent violent, nous pouvons banalement perdre toute nos pirogues, avec les moteurs ».

Cependant, ce secteur à la quête de la construction d’un nouvel ordre social et de son cadre économique particulier illustre grandement le caractère évolutif du secteur libéral au Mali. Sans le moindre regard de l’autorité administrative et politique et sans programme de société, ils s’adaptent aux différents systèmes socio politiques du pays.


SOUMAÏLA CAMARA

STAGIAIRE

21 Aout 2008