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Avec l’urbanisation croissante du district de Bamako, le commerce de sable et de gravier devient de plus en plus une véritable activité génératrice de revenus pour les femmes.

Toute chose qui a donné naissance à d’autres activités non moins importantes (plongeurs, exploitantes, propriétaires et locataires de camions bennes et pirogues, constructeurs et réparateurs de pirogues). Les uns et les autres gagnent leur quotidien d’une manière générale.

De Kalabancoro à Magnambougou en passant par Djicoroni et la berge de Sébénikoro, les points de vente du sable et de gravier s’agrandissent mettant en place un espace socio-économique, hors de tout cadre institutionnel et juridique.

Il faut signaler que la plupart des exploitantes de sable et de gravier ne possèdent ni pirogues, ni camions pour travailler de façon autonome. Elles sont donc dépendantes des propriétaires de ces engins. Du coup, nombre d’entre d’elles ne sont pratiquement que de simples intermédiaires et vendeuses.

Mariam Diabaté et Kadia Cissé sont toutes deux membres de l’Association des femmes exploitantes de sable et gravier de Djicoroni. Elles expliquent que l’exploitation de sable leur permet au moins de gagner leur quotidien.

«C’est un travail dur pour une femme. En plus, l’activité présente beaucoup de risques comme par exemple lorsqu’on grimpe dans le camion benne rempli de sable. Dès fois, on peut passer une nuit entière en rase campagne quand la benne tombe en panne. Souvent nous avons des problèmes avec nos maris», témoignent-elles en faisant remarquer qu’auparavant, on trouvait du sable de qualité à Bamako sur les berges du fleuve. Mais le besoin croissant des clients a fait que le sable se fait de plus en plus rare.

Selon elles, pour répondre aux besoins du marché, il faut parcourir plus d’une cinquantaine de kilomètres avant d’avoir du sable et du gravier.

Si certaines femmes sont dépendantes des propriétaires de pirogues et de camions, certaines d’entre elles disposent de moyens pour faire face aux besoins. C’est le cas de Mme Diallo Oumou Traoré à Kalabancoro. Elle dispose d’une petite entreprise au bord du fleuve.

Mme Diallo a à son actif deux camions pour la location et trois pirogues pour l’exploitation du sable et du gravier. Malgré les préjugés dont les femmes sont victimes et les difficultés économiques, Mme Diallo avoue les avantages du métier : «Je ne me plains plus depuis que j’ai eu mon propre moteur.

Car, sans moteur, notre travail est très difficile à faire, puisqu’il faut transporter du sable depuis le village de Djoliba, situé à quelque 35 km de Bamako, jusqu’ici, à Bamako. Et tu peux transporter autant de quantité de sable, selon ton pouvoir financier, sans crainte puisqu’il s’agit d’une matière qui ne se détériore, ni se dissipe sous l’effet de la présence d’un quelconque corps étranger».

Avec les difficultés économiques, il n’est pas facile pour ces femmes d’avoir des clients. Dans cette concurrence, les coups bas ne sont pas rares. Surtout de la part des maçons et autres intervenants sur les chantiers. «Nous sommes victimes des patrons de chantiers, des chauffeurs de bennes, des maçons, des briquetiers et même des simples manœuvres qui nous volent nos marchés. Ces derniers n’hésitent pas à détourner nos clients en proposant du sable prétendument de «meilleure qualité» et à un prix moins élevé», a expliqué Mme Diallo.


A en croire Mariam Diabaté, le prix des chargements varie selon les distances et les saisons.

Le chargement de sable d’une benne de 10 m3 est cédé entre 70 000 F Cfa et 110 000 et le chargement de 7 m3 de sable entre 60 000 et 80 000 F Cfa. Malgré les taxes et impôts qu’elles paient, ce secteur informel qui contribue à la lutte contre la pauvreté ne bénéficie d’aucune assistance des autorités administratives et politiques.


Nouhoum Dicko

12 Janvier 2009