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Les marchés de Médine et de Wolofobougou regorgent de mangues venues de la zone de Wassoulo. Les marchands de mangues sur place sont en grande majorité des femmes. En cette période d’hivernage, les catégories de mangues que l’on retrouve dans les paniers des dames, sont nommées « Kent, soumalé, ». Ces revendeuses prennent une importante quantité de mangues avec les chauffeurs, qu’elles revendent ensuite pour y chercher des bénéfices. La plupart des femmes que nous avons rencontrées font ce commerce de mangue au même marché depuis plusieurs années.

Bien que les revendeuses disent très peu gagner dans ce commerce, elles n’ont pourtant pas l’intention de changer de commerce.

Salimata Fofana, assise derrière plusieurs paniers contenant des mangues, les moins mûres comme la plupart des mangues de ce marché, elle se fait aider par une autre dame dans sa besogne de laver les mangues venues des champs. Cet exercice occupe toutes les vendeuses de ce marché qui lavent au savon les mangues reçues pour ensuite les replacer dans d’autres paniers avant la venue des clients.

Salimata Fofana dit qu’elle exerce dans le commerce des ventes en provenance du Wassoulou depuis plus d’une vingtaine d’années. Elle a amené ses petites sœurs et sa fille qui assurent désormais pour elle la relève. A ses dires, la vente de cette catégorie de mangue est un métier à risque, elle prend trois à quatre gros paniers de mangues avec des distributeurs, des camionneurs.

Elle leur donne une avance sur la somme convenue, le prix des mangues est un marchandage consensuel entre les femmes et les chargeurs, donc on ne peut parler de tarif fixé. Les revendeuses peuvent avoir 4 à 5 mangues à 200fca et elles les revendent à 400fcfa aux détaillantes ou aux consommatrices les 4 ou 5.

Quant à Mariam, qui est revendeuse au même marché, notre enquête a coïncidé à son mauvais jour : elle a perdu 25 000fcfa ce jour là, l’équivalant d’un chargement de pousse pousse.

Binta, une nouvelle dans le métier, est à son premier essai. Elle dit être venue au commerce des mangues pour ne pas rester inactive à la maison. Elle a déclaré qu’elle a du payer à ce coût les mangues avec les distributeurs au comptant et qu’elle espère faire des bénéfices sur la vente de ses mangues.

Affaire et amour font bon ménage

Sira Doumbia avoue ne pas connaître d’autre métier que la vente de ce fruit. Elle a épousé un des camionneurs qui lui fournit les mangues, de son côté elle garde un magasin dans le marché et cherche des clientes avant l’arrivée des camions du Wassoulou. Une méthode jugée prudente par le couple. Car comme l’a souligné son mari, il est imprudent d’apporter des chargements sans avoir au préalable des clients qui vont prendre la marchandise.

Les camionneurs vont négocier les mangues dans le Wassoulou avec des paysans qui possèdent des champs ou de petits espaces de cultures de mangues. Et quand ils parviennent à un accord, ils chargent les mangues pour les emporter à Bamako.

Moussa Diakité, représentant du syndicat des camions du marché et membre de Gié Benkan Sougou import- export fruits –légumes- tubercules, se trouve dans ce métier depuis plusieurs années. M. Diakité qualifie son travail peu rentable quand on considère tous les efforts qu’ils font dans le transport de ces fruits. En plus des désagréments du voyage, Moussa Diakité, avoue que son plus grand souci réside dans le péage sur les routes, qu’il trouve élevé pour leurs camions de transports de fruits que tout autre gros véhicule.

« Nous pouvons payer jusqu’ à 75 000fcfa sans y ajouter les autres dépenses du véhicule», s’exclama-t-il. M. Diakité a 15 à 20 chargements dans la semaine malgré les difficultés qu’il peut rencontrer sur la route. Le représentant des syndicats de Wolofobougou, nous apprend qu’il y a environ 200 camions sur la route Bamako -Wassoulou pour transporter les mangues. Les camionneurs peuvent gagner de la vente de leurs mangues entre 400 000fcfa à 500 000fcfa.

Le commerce de mangues est un métier à risque, aux dires des revendeuses, beaucoup de mangues contiennent des vers qui ne sont pas visibles sur le coup mais une fois qu’elles ont les mangues chez elles, elles peuvent se décomposer. Ce problème serait dû à la culture des mangues qui devrait être améliorée.

L’exportation des mangues se fait à partir de ce marché, les mangues sont amenées dans d’autres régions du pays, au nord, à Kayes, et autres où les fruits coûtent plus chers. Certains camions quittent le marché de Wolofobougou pour se rendre en Mauritanie et autres pays de la sous région.

A Médine, Awa Sidibé, dite Awabléni de Wassoulou, a débuté dans la vente de fruits il y a plus d’une vingtaine d’années. Elle ne cache pas son gain dans la vente des fruits en gros au marché de Médine. Les camions apportent les mangues de Wassoulou et livrent aux femmes qui tiennent leur commerce en gros à une partie du marché de Médine où beaucoup de revendeuses reviennent acheter les mangues non mûres à 3 ou 4 pour 200fcfa. Après, elles vont les couvrir avec du carbone afin de les revendre à 50 ou 75 FCFA l’unité.

Tout comme au marché de Wolofobougou, les commerçantes de mangues se plaignent de la culture des mangues de cette année qui semblent infectées de vers. Et elles ne découvrent ce faut que tardivement. Elles avouent rencontrer des problèmes de conservation.

Les femmes de Médine ne louent que le service du camionneur, la plupart d’entre elles, sont soit entièrement propriétaires des mangues contenues dans le camion ou elles cotissent pour faire venir les fruits de Wassoulou. Selon Awa, la période des mangues tire vers sa fin et les femmes du marché vont se convertir en revendeuses d’oranges.


Khadydiatou Sanogo

18 Juin 2010