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La semaine dernière, le pays a vécu une recrudescence de la violence et de la terreur. Plus précisément, c’est le Nord qui est entré en ébullition, les bandits armés ayant décidé, unilatéralement, de rompre la trêve conclue avec le gouvernement depuis près de six mois.

C’est le jeudi dernier, jour saint de l’islam puisque commémoratif de la naissance du prophète Mahomet, seulement quelques jours après la libération des otages, que Ibrahima Ag Bahanga et sa bande ont choisi pour (re)déclencher les hostilités. En attaquant un convoi militaire de ravitaillement qui revenait de Tinzawaten. Très au courant des déplacements de l’armée dans cette zone, les bandits ont tendu une embuscade, entre deux collines, à un convoi de plus de vingt véhicules dont deux BRDM (véhicule blindé de reconnaissance de fabrication russe).

Sans crier gare et sans sommation, ils ont tiré sur les militaires, lesquels se sont défendus dignement et courageusement. Malgré le surnombre de leurs adversaires, venus à bord d’une soixantaine de véhicules équipés d’armements lourds, et malgré l’effet de surprise causé en ce temps de trêve, les militaires ont tenu trois jours. Il y eut néanmoins des blessés et c’est ce fait qui sera ignominieusement exploité par la racaille en bleu.

Selon plusieurs sources, en effet, la croix rouge et le comité de suivi de l’Accord d’Alger qui s’étaient rendus sur les lieux, après avoir constaté l’ampleur des dégâts, avaient demandé aux belligérants d’observer un arrêt des combats pour permettre l’évacuation des blessés sur Kidal. Proposition aussitôt acceptée par les deux parties. Les blessés ont donc été embarqués et dirigés sur Kidal.

C’est alors que les bandits ont révélé au monde leur face encore cachée. Un petit détachement a suivi le convoi de blessés, l’a arrêté en chemin et a enlevé les militaires blessés, une trentaine, qui sont devenus désormais des otages aux mains de ces criminels. Par cet acte, Bahanga et sa meute enragée viennent de gravir un degré de plus dans l’horreur de la criminalité.

Longtemps considérés comme des bandits tout court, ils sont devenus désormais des criminels de guerre, car cet acte a été commis en violation de toutes les conventions internationales dont celle de Genève. Contrairement au Gouvernement malien qui, malgré la gravité de la situation, se montre très discret, les bandits armés ne se sont pas privés, sur un ton jubilatoire, d’un abject triomphalisme.

Le porte-parole des criminels, un certain Hamad Ag Sidi Ahmed, terré en Mauritanie, sur les antennes d’une radio étrangère, a commenté les évènements, en omettant toutefois de souligner leur côté de la traîtrise et de l’ignominie. Par contre, il avouera que si ses frères de sang et d’armes ont rouvert les hostilités, c’est parce que le gouvernement malien a refusé de satisfaire à leurs doléances et a multiplié les actes de provocation.

En clair, que Bamako refuse de donner l’ordre à l’Armée d’évacuer le Nord. Principal point de revendication des insurgés. La racaille en bleu, en effet, depuis longtemps exige en vain de l’armée d’avoir un nord expurgé de toutes forces armées et de sécurité. Les desseins inavoués sont pourtant clairs : utiliser le nord malien pour divers trafics, notamment d’armes et de drogues, comme bases arrières de diverses rebellions armées, comme camps d’entraînement pour terroristes de différents horizons. Et aussi comme asile pour différents preneurs d’otages, otages de rebelles comme ceux de terroristes.

La racaille en bleu de Bahanga et la cellule maghrébine d’Al Qaïda ont pu cacher leurs otages dans de rares poches d’insécurité échappant encore au contrôle de l’armée nationale. La menace se précisant pour eux, les criminels associés veulent encore plus d’espace et de mobilité. Mais l’opinion nationale et internationale est d’accord avec le gouvernement malien que dans aucun pays du monde, un pareil fait ne peut être accepté nulle part dans le monde, un gouvernement n’a accepté de céder, ne serait ce qu’une partie de sa souveraineté pour satisfaire aux appétits sanglants et criminels de quelques individus.

Et, en l’occurrence, Bahanga et Fagaga sont bien des individus sans attaches et assises communautaires. Depuis l’Accord d’Alger, les quelques rares communautés touarègues et arabes qui les toléraient encore les ont lâchés. Elles ont choisi de saisir la chance d’une paix durable, élaborée dans l’Accord avec le gouvernement ces différentes communautés viennent d’ailleurs de condamner les derniers évènements. La racaille en bleu, plus va t-en guerre que jamais, l’a si bien compris qu’elle s’est accoquinée depuis avec des mercenaires recrutés ailleurs, principalement au Niger, au Tchad, au Soudan, en Algérie.

Sur le plan politique, la racaille en bleu s’est forgée des relais même à Bamako. Les colonnes de certains journaux locaux sont régulièrement mises à profit par le porte-parole des criminels pour distiller sa haine d’un territoire intègre, paisible et souverain, pour proférer des menaces et intimidations à l’endroit du pouvoir central, pour s’acheter une respectabilité à peu de frais. Toutes ces manœuvres, militaires et politiques, tendent à faite fléchir le pouvoir central dont beaucoup d’observateurs ne comprennent plus, surtout depuis la semaine dernière, l’obstination, du reste inutile maintenant, à aboutir à une paix négociée.

Inutile maintenant parce que la racaille en bleu, en passant de simples voleurs d’animaux et de véhicules, de déserteurs, de vulgaires criminels preneurs d’otages, en odieux criminels de guerre contre l’humanité, cette racaille en bleu donc vient de prouver que tout dialogue ou négociation est inutile. La seule solution pour le gouvernement est de traquer cette vermine, de l’arrêter, de la traduire devant les tribunaux appropriés et de la faire exterminer avant l’abolition de la peine de mort. Comme le dit l’autre, qui veut la paix prépare la guerre. C’est le moment.

Cheick Tandina

27 mars 2008.