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Le 15 octobre 1987, l’assassinat de Thomas Sankara fit l’effet d’une bombe sur le continent africain. Au Burkina Faso et un peu partout ailleurs, tout le monde est resté sur sa faim. La consternation était générale notamment au sein de la jeunesse. L’espoir placé en ce jeune officier de 38 ans s’est brisé.

Arrivé au pouvoir 4 ans plus tôt à la suite d’un coup d’État mené par un groupe de jeunes officiers, le capitaine Thomas Sankara avait engagé une révolution pour changer les mentalités dans son pays, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), l’un des États les plus pauvres de la planète.

Il encourageait ses frères et sœurs à compter sur leurs propres forces. Pour ce faire,Thomas Sankara engage le pays sur de vastes chantiers de développement: éducation, santé, logement, infrastructures, etc. Ses successeurs dresseront un bilan positif des quatre années de révolution.

Ce jeune officier reprend à son compte les discours panafricanistes de Kwamé N’krumah ou de Patrice Lumumba. Il pourfend l’impérialisme dans ses discours et appelle à de nouveaux rapports entre le Nord et le Sud.

Invité au sommet France Afrique de Vittel quelques mois après son arrivé au pouvoir en 1983, il refuse de serrer la main à Guy Penne, le conseiller du président français François Mitterrand venu l’accueillir à l’aéroport pour protester ainsi contre le manque de considération à un chef d’État africain.

Il s’attaque avec force à l’apartheid. A la tribune de l’OUA, des Nations Unies, ses discours dérangent .Thomas Sankara tranchait avec l’attitude des autres présidents par sa simplicité et la rigueur imposée aux membres de son gouvernement.

Pour inciter à la consommation locale, il imposait des tenues en cotonnade tissées à la place des costumes occidentaux. La corruption avait disparu dans le pays qu’il avait rebaptisé en 1984 Burkina Faso : pays des hommes intègres en langues locales.

La révolution prônée par Thomas Sankara multiplie les victoires mais aussi les erreurs, comme la décision de rendre gratuit les loyers, ou les dérives des Comités de Défense de la Révolution (CDR) qui faisaient la loi dans les quartiers et les services ou encore les nombreux «dégagements» des fonctionnaires pour manque d’engagement dans la révolution.

Il sera assassiné par un coup d’État organisé par son frère d’arme, le capitaine Blaise Compaoré le 15 octobre 1987.

Né à Yako le 21 décembre 1949, en Haute – Volta et issu d’une famille catholique, Thomas Sankara était un « peul mossi ». Son père était un ancien combattant et prisonnier de guerre de la seconde mondiale. Après ses études secondaires, Thomas Sankara suivi une formation d’officier à Madagascar et devient en 1976 Commandant du centre de Pô.

La même année, il fait la connaissance de Blaise Compaoré avec lequel il formera le Regroupement des Officiers Communistes dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo et Jean baptiste Lingani.

Il fut secrétaire d’Etat à l’information sous le régime du président Saye Zerbo (1981) d’où il démissionna .Il devient Premier ministre sous la présidence de Jean Baptiste Ouédraogo (1983), mais fut limogé et mis aux arrêts, avant d’évincer ce dernier et prendre les rênes du pays.

Il est à relever que la commémoration de l’assassinat de Thomas Sankara sera marquée par diverses manifestations dont l’arrivée à Dakar et pour la première en Afrique, de la caravane « Thom Sank 2007 », en provenance d’Amérique latine et d’Europe.

Arborant un T-shirt frappé de l’effigie de son frère avec le message « « Sankara, il dérange toujours », Odile Sankara, sœur du défunt président, exprime sa fierté d’accompagner la caravane dans ce pays où le Capitaine compte encore beaucoup d’amis restés fidèle à la mémoire du disparu.

Se prononçant sur le passage prévu, de la caravane, au Burkina, Odile confie à APA n’avoir « aucune crainte quant à l’accueil, qui devrait lui être réservée le 15 octobre prochain dans son pays.»

« Sankara est toujours dans les cœurs, même 20 ans après, malgré le mutisme imposé pour des raisons de sécurité », a-t-elle affirmé, s’appuyant sur un titre de presse, pour soutenir qu’il y a « autant de Sankara que de Burkinabé ».

Selon elle, « cette affaire (la mort de Thoma Sankara) a créé un malaise au Burkina et il faut que la lumière soit faite sur ce qui s’est passé et que justice soit rendue ».

Se prononçant sur la décision des autorités burkinabé de célébrer les 20 ans d’exercice du pouvoir (par Blaise Compaoré) à une période coïncidant avec la commémoration de l’anniversaire de la mort de Sankara, la sœur ce dernier avoue ne pas connaître la suite qui sera donnée à ce chevauchement d’agenda.

On indique en outre que, pour la première fois depuis 19 ans, la veuve de l’ancien Président, Mme Mariam Serme Sankara, qui réside en France avec ses 2 fils, foulera le sol de son pays pour célébrer le 20ème anniversaire de la disparition de son défunt mari.

Gnimadi Destin

15 octobre 2007.