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La force de l’ONU composée de 12 600 casques bleus à déployer au Nord-Mali, sera dirigée par un Rwandais. Le général Jean-Bosco Kazura du Rwanda a été choisi au grand dam du général tchadien Bikimo. Pourquoi le Tchad qui a le plus gros contingent au Mali a-t-il perdu le commandement de la MUNISMA au profit du Rwanda qui n’a pas de contingent au Mali ? Ce choix crée la surprise chez certains qui s’attendaient certainement à ce que ce soit le Tchadien qui prenne le commandement de la MINUSMA. L’on s’interroge donc sur les raisons de l’échec du général tchadien ou, plutôt, l’échec du Tchad. Car, à y voir de près, cet échec n’est pas à mettre au passif du seul général Bikimo. Son pays, à travers son président, en est quelque part responsable.

Des arguments en faveur du Tchad

Des arguments militaient pourtant en faveur du Tchad. Et pour cause. Ce pays a envoyé les plus nombreuses troupes au Nord-Mali. Elles ont payé le plus lourd tribut (38 soldats tués et de nombreux blessés). Comparativement au Rwanda qui n’a aucun contingent sur le sol malien, le Tchad a mis à la disposition du Mali des soldats avec à leur tête le candidat malheureux, le général Oumar Bikimo. Ces bidasses se sont bien battus aux côtés des Français. Au regard de ces faits, le Tchad méritait le poste. A défaut, il devait avoir un poste d’adjoint. Mais, commandant en titre, commandant adjoint, rien de tout cela ! De quoi amener à penser que la communauté internationale a fait preuve d’ingratitude envers Idriss Déby et les siens.

Choix justifié du général rwandais ?

Mais, même n’ayant pas de troupe au Mali, le Rwanda a une « assise » onusienne qui a dû militer en sa faveur. Le président Kagamé a aussi des entrées à l’ONU. Il se rend régulièrement aux USA. Avec un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, ce petit pays a une grande force diplomatique. Il y a également des troupes rwandaises qui oeuvrent avec efficacité et discipline, au Darfour. En sus, le général rwandais a de hauts faits d’armes à son actif, reconnus par la communauté internationale. (Il a déjà l’expérience des missions de maintien de la paix. Il a été commandant adjoint de la force de l’Union africaine au Darfour avant le déploiement des Casques bleus).

Au total, le Rwanda a plus de poids auprès de l’opinion internationale que le Tchad. Subjectivisme ? Tout choix est subjectif, peut-on arguer. Mais, l’on ne doit pas non plus verser dans le sentimentalisme. L’on peut dire que le Tchad n’est pas un exemple de démocratie, pas plus que le Rwanda. Toutefois, la récente chasse aux sorcières n’as pas aidé le Tchad. Mais la communauté internationale n’est pas avare en critiques pour ce qui concerne la politique rwandaise en RDC. Chacun a donc ses casseroles. Mais le Rwanda est depuis belle lurette courtisé par Paris qui cherche à normaliser ses relations avec Kigali. En tout état de cause, c’est le choix d’un panel d’un jury « souverain ». Le test psychotechnique n’a pas été favorable au général tchadien.

La victoire rwandaise est à la fois politique et stratégique

C’est peut être finalement un bon choix, si l’on s’interroge sur les intentions de Déby en envoyant ses soldats sur le front malien. Déby n’est pas un bon démocrate et est à la recherche d’une virginité politique aux yeux de l’opinion internationale. Au total, même si l’on se dit qu’on aurait pu au moins laisser le Tchad accompagner le Rwanda dans le commandement de la MINUSMA, l’on doit éviter de verser dans le sentimentalisme. Dans les relations internationales, ce ne sont pas les sentiments qui prévalent. Si l’on avait considéré la tête des dirigeants, aucun de ces deux pays n’allait passer. L’expertise rwandaise n’a pas encore servi dans la guerre contre les djihadistes au Mali, mais ses qualités politiques et techniques ont fait le reste.

Boureima DEMBELE

Publié le mercredi 12 juin 2013

Source : Le pays